‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 10 sur 632 · acte i, scène · texte numérisé non relu

acte i, scène

Mademoiselle de Vaudrey.

Tenait-il plus à son honneur d'homme qu'à sa vengeance de mari, d'amant trompé ?

La Duchesse.

Vous me glacez !

Mademoiselle de Vaudrey.

Votre mari, ma chère, est d'une maison exclusivement vouée à la diplomatie, on y est ambassadeur de père en fils, il a un cœur ardent et une tête froide, c'est la pire espèce d'homme que je sache, il a pu se jouer de vous.

Mais en m'offrant l'alternative de savoir mon pauvre enfant mort loin de moi au cas où je persisterais à me dire innocente ou de le savoir abandonné sans nom dans un pays étranger, mais vivant, si je ne m'avouais coupable, je n'ai pas hésité, toute mère en eût fait autant, elle eût livré son honneur pour sauver son fils ; j'étais seule en pays étranger, vous gardiez ici nos biens, et en proie à la faiblesse, à la fièvre, sans conseils, j'ai perdu la tête ! Mais si Fernand avait péri, Monsieur de Montsorel ne redouterait pas de me voir faire des démarches pour le retrouver ?... j'étais si joyeuse en rentrant que j'ai oublié de vous donner l'acte de naissance de Fernand, vous le cacherez sur vous, jusqu'à ce que nous puissions le remettre à l'abbé Giraud9.

Mademoiselle de Vaudrey.

Le duc sait donc ?

La Duchesse.

Ces papiers ont été envoyés avec les dépêches, l'ambassadeur qui fait le mariage d'Inès et de Ferdinand aura peut-être su que nous avions eu un premier enfant... De là des questions bien naturelles dans les circonstances où nous sommes10.

Mademoiselle de Vaudrey.

Ma nièce, si votre fils existe, les démarches que vous venez de

faire pour obtenir ces papiers auront une triste influence sur sa destinée... Depuis son retour le duc s'est mis à travailler et travaille encore.

La Duchesse.

Si je me lève du fond de l'opprobre où je me suis laissée plonger, si je renonce à pleurer dans le silence, ne croyez pas que je plie ; ici je ne suis plus en Espagne ni en Angleterre, livrée à un diplomate rusé comme un tigre, je suis Louise de Vaudrey, j'ai ma charge à la cour, je puis parler à la famille royale, j'ai des parents, je saurai ce qu'est devenu le vicomte de Langheac, je prouverai que trois mois avant mon mariage, je ne l'ai plus revu... je dirai au roi, le crime commis par un père sur l'héritier de deux grandes maisons. Je suis femme, je suis mère, je suis enfin la duchesse de Montsorel, nous sommes riches, nous avons un vertueux prêtre pour conseil et le bon droit pour nous ! je ne poserai les armes qu'après la victoire, et si j'ai demandé l'acte de naissance de mon fils11...

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