‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 109 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Et ton prédécesseur, pourquoi fut-il renvoyé ?

Je ne sais, je ne l'ai pas connu. Ils n'ont monté leur maison que depuis le second retour du roi.

Vautrin.

Voici les avantages de la société nouvelle : il n'y a plus de liens entre les maîtres et les domestiques ; plus d'attachement, par conséquent, plus de trahisons possibles. (A Joseph.) Se dit-on des mots piquants à table ?

Joseph.

Jamais rien devant les gens.

Vautrin.

Que pensez-vous d'eux, à l'office, entre vous ?

Joseph.

La duchesse est une sainte.

Vautrin.

Pauvre femme ! Et le duc ?

Joseph.

Un égoïste.

Vautrin.

Oui, un homme d'état. (A part.) Il doit avoir des secrets, nous verrons dans son jeu. Tout grand seigneur a de petites passions par lesquelles on le mène ; et si je le tiens une fois, il faudra bien que son fils23... (A Joseph.) Que dit-on du mariage du marquis de Montsorel avec Inès de Christoval ?

144 vautrin, ii.

Joseph.

Pas un mot. La duchesse semble s'y intéresser fort peu.

Vautrin.

Et elle n'a qu'un fils ! Ceci n'est pas naturel.

Entre nous, je crois qu'elle n'aime pas son fils.

Vautrin.

Il a fallu t'arracher cette parole du gosier comme on tire le bouchon d'une bouteille de vin de Bordeaux ! H y a donc un secret dans cette maison ! Une mère, une duchesse de Montsorel24 qui n'aime pas son fils, un25 fils unique ! Quel est son confesseur ?

Joseph.

Elle fait toutes ses dévotions en secret.

Vautrin.

Bien ! je saurai tout : les secrets sont comme les jeunes filles, plus on les garde, mieux on les trouve26. Je mettrai deux de mes drôles de planton à Saint-Thomas-d' Aquin27 : ils ne feront pas leur salut, mais... ils feront autre chose. Adieu.

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