‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 108 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

rable. Tu le peux, tu n'as que des défauts, et c'est la moitié de la vertu. Moi, j'ai eu des vices, et je les regrette... comme ça passe ! Et maintenant, plus rien ! Il ne me reste que les dangers et la lutte. Après tout, c'est la vie d'un Indien entouré d'ennemis, et je défends mes cheveux16.

Joseph.

Et les miens ?

Vautrin.

Les tiens ?... Ah ! c'est vrai. Quoi qu'il arrive ici, tu as la parole de Jacques Collin de n'être jamais compromis ; mais, tu m'obéiras en tout ?

Joseph.

En tout ?... Cependant...

On connaît son code17. S'il y a quelque méchante besogne, j'aurai mes fidèles, mes vieux. Es-tu depuis longtemps ici ?

Joseph.

Madame la duchesse m'a pris pour valet de chambre en allant à Gand, et j'ai la confiance de ces dames.

Vautrin.

Ça me va ! J'ai besoin de quelques notes sur les Montsorel. Que sais-tu18 ?

Joseph.

Rien.

Vautrin.

La confiance des grands ne va jamais plus loin. Qu'as-tu découvert ?

Joseph.

Rien.

Vautrin, à part.

Il devient aussi par trop honnête homme. Peut-être croit-il ne rien savoir ? Quand on cause pendant cinq minutes avec un

homme, on en tire toujours quelque chose19. (Haut.) Où sommesnous ici ?

Joseph.

Chez Madame la duchesse, et voici ses appartements ; ceux de Monsieur le duc sont ici au-dessous ; la chambre de leur fils unique le marquis est au-dessus, et donne sur la cour20.

Je t'ai demandé les empreintes de toutes les serrures du cabinet de Monsieur le duc, où sont-elles21 ?

Joseph, avec hésitation.

Les voici.

Vautrin.

Toutes les fois que je voudrai venir ici, tu trouveras une croix faite à la craie sur la petite porte du jardin : tu iras l'examiner tous les soirs. On est vertueux ici, les gonds de cette porte sont bien rouilles ; mais Louis XVIII ne peut pas être Louis XV ! Adieu, mon garçon, je viendrai la nuit prochaine. (A part.) Il faut aller rejoindre mes gens à l'hôtel de Christoval22.

Joseph, à part.

Depuis que ce diable d'homme m'a retrouvé, je suis dans des transes...

Vautrin, revenant.

Le duc ne vit donc pas avec sa femme ?

Joseph.

Brouillés depuis vingt ans.

Vautrin.

Et pourquoi ?

Joseph.

Leur fils lui-même ne le sait pas.

JOSEPH. VAUT1UN

•le t'ai demandé les empreintes de toutes les serrures.

vaitrin.

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