‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 115 sur 632 · acte i, scène · texte numérisé non relu

acte i, scène

La Duchesse.

Vous l'entendez, ma tante, et vous témoignerez de ceci.

Mademoiselle de Vaudrey.

Mais, Monsieur, n'avez-vous jamais pensé que Louise est innocente ?

Le Duc.

Mademoiselle de Vaudrey, vous devez le croire, vous43 ! Et que ne donnerais-je pas pour avoir cette opinion ? Madame a eu vingt ans pour me prouver son innocence.

Depuis vingt ans, vous frappez sur mon cœur, sans pitié, sans relâche. Vous n'étiez pas un juge, vous êtes un bourreau.

Le Duc.

Madame, si vous ne me remettez pas cet acte, votre Fernand aura tout à craindre. A peine rentrée en France, vous vous êtes procuré cette pièce, vous voulez vous en faire une arme contre moi44. Vous voulez donner à votre fils un nom et une fortune qui ne lui appartiennent pas, vous voulez le faire entrer dans une famille où la race a été conservée pure jusqu'à moi par des femmes sans tache, une famille qui ne compte pas une mésalliance...

La Duchesse.

Et que votre fils Albert continuera dignement.

Le Duc.

Imprudente ! vous excitez de terribles souvenirs. Et ce dernier mot me dit assez que vous ne reculerez pas devant un scandale qui nous couvrira tous de honte. Irons-nous dérouler devant les tribunaux un passé qui ne me laisse pas sans reproche45, mais où vous êtes infâme ? (Il se tourne vers Mademoiselle de Vaudrey.) Elle ne vous a sans doute pas tout dit, ma tante ? Elle aimait le vicomte de Langeac, je le savais, je respectais cet amour, j'étais si jeune ! Le vicomte vint à moi : sans espoir de fortune, le dernier

des enfants de sa maison, il prétendit renoncer à Louise46 de Vaudrey pour elle-même. Confiant dans leur mutuelle noblesse, je l'accepte pure de ses mains. Ah ! j'aurais donné ma vie pour lui, je l'ai prouvé. Le misérable fait, au 10 août, des prodiges de valeur qui le signalent à la rage du peuple, je le confie à l'un de ses gens, il est découvert, mis à l'Abbaye. Quand je le sais là, tout l'or destiné à notre fuite, je le donne à ce Boulard, que je décide à se mêler aux septembriseurs pour arracher le vicomte à la mort, je le sauve ! (A Madame de Montsorel.) Et il a bien payé sa dette, n'est-ce pas, Madame ? Jeune, ivre d'amour, violent, je n'ai pas écrasé cet enfant ! Vous me récompensez aujourd'hui de ma pitié comme votre amant m'a récompensé de ma confiance. Eh bien ! voici les choses au point où elles en étaient, il y a vingt ans — moins la pitié. Et je vous dirai comme autrefois : Oubliez votre fils, il vivra.

Mademoiselle de Vaudrey.

Et47 ses souffrances pendant vingt ans, ne les comptez-vous donc pour rien ?

Le Duc.

La grandeur du repentir accuse la grandeur de la faute.

La Duchesse.

Ah ! si vous prenez mes douleurs pour des remords, je vous crierai pour la seconde fois : Je suis innocente ! Non, Monsieur, Langeac n'a pas trahi votre confiance, il n'allait pas mourir seulement pour son roi ; et depuis le jour fatal48 où il me fit ses adieux en renonçant à moi, je ne l'ai jamais revu.

Le Duc.

Vous avez acheté la vie de votre fils en me disant le contraire.

La Duchesse.

Un marché conseillé par la terreur peut-il compter pour un aveu ?

Le Duc.

Me donnez-vous cet acte de naissance ?

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