acte i, scène
La Duchesse.
Avez-vous tenu le vôtre jusqu'aujourd'hui ?
Le Duc.
Oui, Madame.
La Duchesse, à Mademoiselle de Vaudrey.
Vous l'entendez, mon fils existe !...
Le Duc.
Elle est mère pour un enfant qu'elle n'a jamais vu.
La Duchesse.
Jamais ?... il ne s'est pas écoulé de jour que je n'aie...
Où est-il ?
Mademoiselle de Vaudrey, à la duchesse.
Il ne vous a pas comprise !...
La Duchesse.
Cet homme peut-il comprendre une mère après ce qu'il a fait.
Le Duc.
Madame, si dans vingt-quatre heures je n'ai pas l'acte de naissance de votre Fernand, il aura tout à craindre.
La Duchesse, à Mademoiselle de Vaudrey.
Vous l'entendez, ma tante et pourrez témoigner de ceci ?
Mademoiselle de Vaudrey.
Monsieur, n'avez-vous jamais pensé que ma nièce pouvait être innocente.
Le Duc.
Mademoiselle, vous devez le croire ! eh ! que ne donnerais- je pas
pour avoir cette opinion ! Madame a eu vingt ans pour me prouver son innocence.
La Duchesse.
Vous n'avez jamais été juge mais bourreau ; et vous m'avez frappée depuis vingt ans tous les jours.
Le Duc.
Imprudente ! pourquoi réveiller des souvenirs si péniblement endormis où est le vicomte de Langheac. Ah ! je n'ai rien oublié, Madame !...
La Duchesse.
Et moi je n'ai rien appris12.
Avais-je été assez généreux ?... c'est à vingt-cinq ans que nous faisons toutes les folies du cœur ? Avec quelle noble confiance Langheac et moi nous étions amis ! nous vous adorions tous deux, il était aimé lui, je le savais ! dernier enfant de sa maison, sans fortune, il renonça à vous, soi-disant pour vous-même... je crus à ce dévouement... et j'aurais donné ma vie pour lui car je vous aimais autant...
La Duchesse, vivement.
Autant que vous me haïssez peut-être.
Le Duc.
Ce misérable vicomte fait dans la journée du 10 août des prodiges qui le signalent à la fureur du peuple, il est trahi je ne sais par qui, découvert dans l'asile que lui avait offert ce Philippe Boulard, un de ses gens devenu révolutionnaire de bas étage ; quand je le sais à l'Abbaye, je donne tout l'or destiné à notre fuite en Espagne afin de décider cet homme à se mêler aux septembriseurs pour arracher ainsi le vicomte à la mort. Il n'y a que vous, Madame, qui pouvez dire le reste et vous avez gardé le silence... le vicomte était libre en 1792 quatre mois avant notre mariage et ce Fernand est venu sept mois après13... Vos dernières lettres, Madame, je les