ACTE I, SCÈNE
ai encore, voulez-vous les relire !... et jeune, ivre d'amour, violent ! je n'ai pas écrasé cet enfant !... aujourd'hui je vous dirai comme il y a vingt-deux ans, qu'ordonnez-vous de lui, Madame ?...
Mademoiselle de Vaudrey.
Et sa vie pendant vingt ans ne la comptez-vous pour rien ?
Le Duc.
Le repentir accuse la faute.
La Duchesse.
Ah ! si vous prenez mes douleurs pour des remords, je vous crierai pour la seconde fois, je suis innocente ! non Monsieur, je n'ai jamais revu le vicomte de Langheac depuis la veille du 10 août qu'il vint me faire ses adieux croyant mourir pour son roi ; j'étais hélas ! pour quelque chose dans ce dévouement !...
Vous avez acheté la vie de votre enfant le 13 juillet 1793 en me disant le contraire.
La Duchesse.
Un marché conseillé par la terreur peut-il compter pour un aveu ?
Le Duc.
Me donnez-vous son acte de naissance ?
La Duchesse.
Je ne l'ai plus, il est en mains sûres.
Le Duc.
Je ne réponds plus de votre fils, Madame.
La Duchesse.
Avez-vous bien pesé cette parole ?
18 vautrin, i.
Le Duc.
Vous me connaissez, Madame.
La Duchesse.
Vous ne me connaissez pas, vous !... vous ne répondez plus de mon fils !
Le Duc.
Non.
La Duchesse.
Eh ! bien, je ne réponds plus du vôtre... Ferdinand me répond des jours de Fernand, si vous surveillez mes démarches, je ferai surveiller les vôtres, si vous avez la police du royaume, moi j'aurai mon adresse et le secours de Dieu ! Si vous portez un coup à mon Fernand, j'en porterai dix à votre Ferdinand, blessure pour blessure, allez...
Infâme !
La Duchesse.
Quand vous vous parlez à vous-même, Monsieur, ne parlez pas si haut14.
Le Duc.
Je suis ici chez moi.
La Duchesse.
Alors, sortons ma tante.