‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 131 sur 632 · acte ii, scène · texte numérisé non relu

acte ii, scène

La Duchesse de Christoval.

Et nous voudrions bien avoir le droit de médire de vous.

Raoul.

Il est de mon intérêt de conserver vos bonnes grâces.

La Duchesse de Montsorel.

Je connais un moyen sûr84.

Et lequel ?

La Duchesse de Montsorel.

Restez le personnage mystérieux que vous êtes.

Le Marquis, revenant avec un journal*5.

Voici, Mesdames, quelque chose d'étrange : chezlefeld-maréchal, où vous étiez sans doute, on a surpris un de ces soi-disant seigneurs étrangers qui volait au jeu.

Inès.

Et c'est là cette grande nouvelle qui vous absorbait ?

Raoul.

En ce moment, qui est-ce qui n'est pas étranger ?

Le Marquis.

Mademoiselle86, ce n'est pas précisément la nouvelle qui me préoccupe, mais l'inconcevable facilité avec laquelle on accueille des gens sans savoir ce qu'ils sont ni87 d'où ils viennent.

La Duchesse de Montsorel, à part.

Veulent-ils l'insulter chez moi ?

Raoul.

S'il faut se défier des gens qu'on connaît peu, n'en est-il pas qu'on connaît beaucoup trop en un instant ?

Le Duc.

Albert, en quoi ceci peut-il nous intéresser ? Admettons-nous jamais quelqu'un sans bien connaître sa famille ?

Raoul.

Monsieur le duc connaît la mienne ?

Vous êtes chez Madame de Montsorel, et cela me suffit. Nous savons trop ce que nous vous devons, pour qu'il vous soit possible d'oublier ce que vous nous devez. Le nom de Frescas oblige, et vous le portez dignement.

La Duchesse de Christoval, à Raoul.

Ne voulez-vous pas dire en ce moment qui vous êtes, sinon pour vous, du moins pour vos amis88 ?

Raoul.

Je serais au désespoir, Messieurs, si ma présence ici devenait la cause de la plus légère discussion ; mais comme certains ménagements peuvent blesser autant que les demandes les plus directes, nous finirons ce jeu, qui n'est digne ni de vous ni de moi89. Madame la duchesse ne m'a pas, je crois, invité pour me faire subir des interrogatoires. Je ne reconnais à personne le droit de me demander compte d'un silence que je veux garder.

Le Marquis.

Et nous laissez-vous le droit de l'interpréter ?

Raoul.

Si je réclame la liberté de ma conduite90, ce n'est pas pour enchaîner la vôtre.

La Duchesse de Montsorel.

Il y va, Monsieur, de votre dignité de ne rien91 répondre.

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