‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 130 sur 632 · LES MÊMES, JOSEPH, RAOUL · texte numérisé non relu

LES MÊMES, JOSEPH, RAOUL

Joseph, à la duchesse de Montsorel.

Mademoiselle de Vaudrey n'y est pas, Monsieur de Frescas se présente, Madame la duchesse veut-elle le recevoir ?

Raoul, ici !

Déjà chez elle !

Le Marquis, à son père.

Ma mère nous trompe.

La Duchesse de Montsorel.

Je n'y suis pas.

Le Duc.

Si vous avez déjà prié Monsieur de Frescas de venir, pourquoi commencer par une impolitesse avec un si grand personnage ? (La duchesse de Montsorel fait un geste.) (A Joseph.) Faites entrer ! (Au marquis.) Soyez prudent et calme80.

La Duchesse de Montsorel, à part.

En voulant le sauver, c'est moi qui l'aurai perdu.

Joseph.

Monsieur Raoul de Frescas.

Raoul.

Mon empressement à me rendre à vos ordres vous prouve,

Madame la duchesse, combien je suis fier de cette faveur et désireux de la mériter.

La Duchesse de Montsorel.

Je vous sais gré, Monsieur, de votre exactitude, (à part, bas) mais elle peut vous être funeste.

Raoul, saluant la duchesse de Christoval et sa fille, à part. Comment, Inès chez eux ?

Raoul salue le duc, qui lui rend son salut; mais le marquis a pris les journaux sur la table et feint de ne pas voir Raoul81.

Je ne m'attendais pas, je vous l'avoue, Monsieur de Frescas, à vous rencontrer chez Madame de Montsorel ; mais je suis heureux de l'intérêt qu'elle vous témoigne, puisqu'il me procure le plaisir de voir un jeune homme dont le début obtient tant de succès et jette tant d'éclat. Vous êtes un de ces rivaux de qui l'on est fier82, si l'on est vainqueur, et par lesquels on peut être vaincu sans trop de déplaisir.

Raoul.

Partout ailleurs que chez vous, Monsieur le duc, l'exagération de ces éloges auxquels je me refuse serait de l'ironie ; mais il m'est impossible de ne pas y voir un courtois désir de me mettre à l'aise, (en regardant le marquis qui lui tourne le dos)8* là où je pouvais me croire importun.

Le Duc.

Vous arrivez, au contraire, très à propos, nous parlions de votre famille et de ce vieux commandeur de Frescas que Madame et moi avons beaucoup vu jadis.

Raoul.

Vous aviez la bonté de vous occuper de moi ; mais c'est un honneur qui se paie ordinairement par un peu de médisance.

Le Duc.

On ne peut dire du mal que des gens qu'on connaît bien.

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