‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 136 sur 632 · LES MÊMES, VAUTRIN · texte numérisé non relu

LES MÊMES, VAUTRIN

Vautrin est habillé tout en noir, il affecte un air de componction et d'humilité pendant une partie de la scène.

Monsieur le duc, daignez m'excuser d'avoir forcé votre porte, mais (bas et à lui seul) nous venons d'être l'un et l'autre victimes d'un abus de confiance... Permettez-moi de vous dire deux mots à vous seul.

Le Duc, il fait un signe à son fils, qui se retire.

Parlez, Monsieur.

Vautrin.

Monsieur le duc, en ce moment c'est à qui s'agitera pour obtenir des emplois, et cette ambition a gagné toutes les classes. Chacun en France veut être colonel, et je ne sais ni où, ni comment on y trouve des soldats. Vraiment, la société tend à une dissolution prochaine, qui sera causée par cette aptitude générale pour les hauts

grades et par ce dégoût pour l'infériorité. Voilà le fruit de l'égalité révolutionnaire105. La religion est le seul remède à opposer à cette corruption.

Le Duc.

Où voulez-vous en venir ?

Vautrin.

Pardon, il m'a été impossible de ne pas expliquer à l'homme d'état avec lequel je devais travailler, la cause d'une méprise qui me chagrine. Avez-vous, Monsieur le duc, confié quelques secrets à celui de mes gens qui est venu ce matin à ma place dans la folle pensée de me supplanter, et dans l'espoir de se faire connaître de vous en vous rendant service ?

Le Duc.

Comment... vous êtes le chevalier de Saint-Charles ?

Vautrin.

Monsieur le duc, nous sommes tout ce que nous voulons être. Ni lui ni moi n'avons la simplicité d'être nous-mêmes... nous y perdrions trop.

Le Duc.

Songez, Monsieur, qu'il me faut des preuves...

Vautrin.

Monsieur le duc, si vous lui avez confié quelque secret important, je dois le faire immédiatement surveiller.

Le Duc, à part.

Celui-ci a l'air en effet bien plus honnête homme, et plus posé que l'autre.

Vautrin.

Nous appelons cela de la contre-police.

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