‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 139 sur 632 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

VAUTRIN, LAFOURAILLE.

Vautrin paraît en pantalon à pied, de molleton blanc, avec un gilet rond de pareille étoffe, pantoufles de maroquin rouge, enfin, la tenue d'un homme d'affaires, le matin*.

Lafouraille ?

Monsieur.

Où vas-tu ?

Chercher vos lettres.

Vautrin.

Lafouraille.

Vautrin.

Lafouraille.

Vautrin.

Je les ai. As-tu encore5 quelque chose à faire ?

Lafouraille.

Oui, votre chambre...

Vautrin.

Eh bien ! dis donc tout de suite que tu désires me quitter6. J'ai

toujours vu que des jambes inquiètes ne portaient pas de conscience7 tranquille. Tu vas rester là, nous avons à causer.

Lafouraille.

Je suis à vos ordres.

Vautrin.

Je l'espère bien. Viens ici ? Tu nous rabâchais sous le beau ciel de la Provence8 certaine histoire peu flatteuse pour toi. Un intendant t'avait joué par-dessous jambe : te rappelles-tu bien ?

L'intendant ? ce Charles Blondet, le seul homme qui m'ait volé ! Est-ce que cela s'oublie ?

Vautrin.

Ne lui avais-tu pas vendu ton maître, une fois ? C'est assez commun.

Lafouraille.

Une fois ? Je l'ai vendu trois fois, mon maître.

Vautrin.

C'est mieux. Et quel commerce faisait donc l'intendant ?

Lafouraille.

Vous allez voir. J'étais piqueur à dix-huit ans dans la maison de Langeac...

Vautrin.

Je croyais que c'était chez le duc de Montsorel.

Lafouraille.

Non, heureusement le duc ne m'a vu que deux fois, et j'espère qu'il m'a oublié.

Vautrin.

L'as-tu volé ?

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