ACTE I, SCÈNE
DUPRÈ.
Sont celles de l'extrême-gauche, mais vous n'êtes que les cousins des libéraux, vous appartenez au parti Bonapartiste.
De Vassy.
Nous devons tout à Napoléon et nous ne sommes pas ingrats, voilà tout.
Duprè.
Vous vous intéressez beaucoup à mon client ?
De Vassy.
Beaucoup.
Duprè, à part.
Cet homme a perdu le pauvre Jules... Questionnons-le...
De Vassy, à part.
L'avocat doit maintenant savoir comment se comporte Jules Rousseau, je vais essayer d'avoir quelque lumière24. (Haut.) Vous connaissez sans doute l'instruction.
Depuis trois jours seulement nous communiquons avec les accusés.
De Vassy.
Et que pensez-vous de l'affaire ?
Duprè.
D'après l'habitude que j'ai du Palais, je crois deviner qu'on espère obtenir des révélations importantes en offrant des commutations de peine aux condamnés25.
De Vassy.
Les26 accusés sont tous des gens d'honneur.
DUPRÈ.
Le caractère change en face de l'échafaud, surtout quand on a beaucoup à perdre.
De Vassy, à part.
On ne devrait conspirer qu'avec des gens sans le sou.
Duprè.
J'engagerai mon client à tout révéler.
De Vassy.
Il n'y a donc aucune autre chance de salut pour lui !
Duprè.
Aucune, le parquet peut démontrer27 qu'il était du nombre de ceux qui ont commencé l'exécution du complot.
De Vassy.
J'aimerais mieux perdre la tête que de perdre l'honneur.
C'est selon28, si l'honneur ne vaut pas la tête.
Vous avez des idées...
Duprè.
Elles29 sont celles du plus grand nombre, j'ai vu faire beaucoup de choses pour conserver sa tête, il y30 a des gens qui mettent les autres en avant, qui ne risquent rien et qui recueillent tout après le succès. Ont-ils de l'honneur ceux-là ? Est-on tenu à quelque chose envers eux.
De Vassy.
A rien, c'est des misérables.