ACTE I, SCÈNE
De Vassy.
Et49 la patrie, Monsieur ?
Duprè.
Ah ! C'est bien peu de chose, Monsieur, depuis qu'on a inventé les peuples, l'humanité50.
De Vassy.
Monsieur n'est sans doute pas marié !
Duprè.
L'éducation que m'a donnée la douleur a précisément été commencée par une femme, mais un bon misanthrope, puisque vous me donnez ce titre51, devient52 trop ridicule en se plaignant pour que je vous ennuie de mes malheurs, il faut avoir bien souffert et avoir vu d'étranges choses, Monsieur, pour arriver53 où j'en suis. Aussi, croyez-moi, rien n'excite plus ma sympathie et ma curiosité54 qu'une personne vertueuse sans intérêt55. A Paris, le vrai est si rare que je ne suis pas insensible au spectacle de la douleur d'une famille menacée de perdre un fils unique, et cette raison est encore entrée en ligne de compte56.
De Vassy, à part.
Comment influencer un pareil homme ! (Haut.) Mais Monsieur vous avez57 cependant besoin des autres.
Duprè.
Jamais.
De Vassy.
Vous souffrez quelquefois.
Duprè.
J'aime alors à être seul.
De Vassy.
Et si vous étiez dangereusement malade.
DUPRÈ.
A Paris, tout s'achète, même les soins58.
De Vassy.
Et que ferez-vous de votre fortune.
Duprè.
Je ne sais... Je suis capable de la laisser à mes héritiers, ils se la disputeront et alors elle rentrera dans le domaine des idées par le fait des gens de justice59.
De Vassy.
Ainsi vous voyez dans votre client un jeune enthousiaste.
Duprè.
Non, Monsieur, un problème à résoudre, il a fait ce que font tous les clients60, il ne m'a pas tout dit, mais je saurai bientôt la vérité, je ne vous crois pas étranger à tout ceci...
Monsieur...
Duprè.
Vous prenez moins intérêt à ce jeune homme qu'au procès...