ACTE II, SCÈNE
ne lui rend pas son salut. Il salue le marquis qui feint de ne pas le voir et prend un journal.15) Ah !
La Duchesse de Montsorel.
Je vous sais un gré infini, Monsieur, de m'avoir comprise, il n'y a rien qui soit de meilleur goût que de nous obéir à la lettre.
La Duchesse de Christoval.
Mais ce jeune homme est le rival de votre fils !...
La Duchesse de Montsorel.
Monsieur de Frescas n'est pas dangereux, Madame.
La Duchesse de Christoval.
Inès l'aime.
La Duchesse de Montsorel.
Mon avis est de ne point gêner les inclinations et de laisser le champ libre aux rivaux, il y a je ne sais quoi de chevaleresque à être recherchée, disputée, qui plaît à toutes les jeunes filles et donne plus de prix au triomphe de celui qu'elles choisissent.
La Duchesse de Christoval.
Le duc n'est point de votre avis, Madame.
La Duchesse de Montsorel.
Ah ! depuis bien longtemps...
Inès, à Raoul.
Raoul, je vous aime autant que vous m'aimez, j'ai juré de n'épouser que vous, mais il vous faut un rang, un nom, une famille, justifiez-vous de toutes les accusations qui se dressent autour de vous, afin que nous puissions être heureux sans blâme !...
Raoul.
Inès, vous me faites trouver le plus grand bonheur dans la
plus extrême misère, il n'y a que les malheureux qui connaissent la vérité des affections !...
La mienne est infinie...
Le Marquis, au duc.
Mon père, la police a pris chez le feld maréchal un filou déguisé qui trichait au jeu ! Vraiment j'admire l'imprudence avec laquelle on accueille aujourd'hui les gens, sans savoir d'où ils viennent !...
Le Duc.
Ceci n'arrive qu'aux personnes qui reçoivent une société mêlée et ne nous regarde point. ( A la duchesse de Christoval.) Madame, les Frescas d'Aragon sont éteints ?...
La Duchesse de Christoval.
Oui, Monsieur.
Le Marquis.
N'y avait-il pas une branche à Naples ?
La Duchesse de Christoval.
Ma mère a hérité de la maison de Sicile16 !...
Le Marquis.
Il n'y a donc plus de vrais Frescas ?...
La Duchesse de Montsorel, à Raoul.
Au nom de Dieu et de votre mère, contenez-vous, Monsieur de Frescas, vous êtes chez moi, cela doit vous suffire.
Raoul, à part.
Insulté devant elle !... et Vautrin qui m'a fait jurer de garder le plus profond secret sur ma vie, la moindre révélation nous perdrait. Ah ! tout mon sang bout dans mes veines !...