acte ii, scène
La Duchesse [de Christoval]17.
Où êtes-vous né, Monsieur de Frescas ?...
Vous répondre en ce moment, Madame, serait accepter une accusation brutale...
Inès.
Et s'il me plaisait, Monsieur, de le savoir ?
Le Duc.
Vous ne seriez pas la seule...
Le Marquis.
Insistez, Mademoiselle, il s'agit de toute votre vie !...
Raoul.
Au risque de perdre tout mon bonheur, je me tairais, Mademoiselle.
La Duchesse de Montsorel.
Vous avez un rare courage, Monsieur.
Le Duc.
Nous appelons cela de l'effronterie.
Le Marquis [, à part].
Il est perdu.
Inès.
J'aime qu'il me résiste, il a du caractère.
La Duchesse de Montsorel.
A moi ne direz-vous pas où s'est écoulée votre enfance, je vous jure que votre secret mourra là... si vous avez besoin de secours vous trouverez en moi une fidèle amie...
Raoul, à part.
Ah ! Vautrin, pourquoi m'as-tu dit de me défier des plus douces paroles.
La Duchesse de Christoval, à Inès.
Vous voyez, Inès !...
Raoul.
Madame la duchesse, un serment me ferme la bouche.
Inès.
Bien!
Le Duc, à la duchesse de Montsorel.
Madame, je sais trop ce que l'on doit aux femmes pour trouver mauvais que vous soyez maîtresse chez vous, mais vous avez des manières d'agir qui m'en chassent18...
La Duchesse.
Vous venez si rarement !...
Raoul.
Monsieur le duc, quoique vous ne m'ayez pas fait l'honneur de m'adresser la parole et quoique vous n'ayez pas accepté mes respects, je me dois à moi-même de vous faire observer que je suis ici sur une invitation de Madame la duchesse de Montsorel et que je suis à ses ordres...
Le Duc.
C'est pour que vous ne croyez pas être chez moi que je sors.
Raoul.
Votre réponse me dicte ma conduite, je ne dois pas être entre Madame la duchesse et vous, l'occasion d'un débat que je saurais faire cesser s'il me regardait seul...
Le Duc, ironiquement.
On n'est jamais très en sûreté chez sa femme.