acte ii, scène
Joseph Binet.
Oui, grand homme !... (Il le prend à part.) Elle s'est faite à l'idée de la déportation.
Il sort.
Duprè.
Vous aimez10 ce brave jeune homme.
Paméla.
Monsieur, je sais que les avocats sont comme des confesseurs.
Duprè.
Oui, mon enfant, et tout aussi discrets. Dites-moi bien tout.
Paméla.
Eh bien, Monsieur, je l'aimais, c'est-à-dire je croyais l'aimer, et je serais11 bien volontiers devenue sa femme. Quoique mon père et ma mère m'aient souvent dit, en m'engageant à rester sage, que je ferais un beau mariage, je pensais qu'avec son activité Joseph, aidé par son oncle Dumouchel, s'établirait et que nous mènerions une vie de travail. Quand la prospérité serait venue, eh bien nous aurions pris avec nous mon père et ma mère... C'était bien simple, c'était une vie tout unie12...
Duprè, à part.
Elle me touche presque, voyons si elle sera vraie. (Haut.) A quoi pensez-vous13.
Paméla.
A ce passé qui me semble très-innocent en le comparant au présent. En quinze jours de temps, la tête m'a tourné. Quand j'ai vu Monsieur Jules, je l'ai aimé comme nous aimons nous autres pauvres filles, comme j'ai vu quelques-unes de mes amies se mettre à aimer des jeunes gens, oh mais les aimer à se laisser marcher dessus et dire c'est bien. Est-ce que je serai jamais ainsi ; ah bien, je ne sais pas ce que je ne ferais pas pour Jules14 ! aus^i. Monsieur, si cinquante mille francs peuvent le sauver, ils sont ici
à vous... c'est-à-dire à lui... Je les ai gardés pour essayer de le sauver... Oh Monsieur, le sauver c'est me sauver la vie, je l'ai livré en doutant de lui15 ! j'en mourrais s'il lui arrivait le moindre mal16 ! Lui si confiant, si sûr de moi, moi si défiante...
Duprè.
Il vous a donné cinquante mille francs.
Paméla.
Ah ! Monsieur, pour qui me prenez-vous ?... il me les a déposés... ils sont là... Je les remettrais à sa famille17 s'il mourait, mais il ne mourra pas, dites, vous devez le savoir.
Duprè, à part.
Quelle ingénuité ! elle m'intéresse. (Haut.) Mon enfant, songez que toute votre vie, peut-être votre bonheur, dépendent de la vérité de vos réponses. Répondez comme si vous étiez devant Dieu...
Paméla.
Oui, Monsieur.
Duprè.
Vous n'avez aimé personne...
Paméla.
Personne.
Duprè.
Là, vous n'avez pas eu la moindre petite aventure...
Mais puisque je vous dis que je n'ai aimé personne. Songez donc que j'ai vingt et un ans...
Duprè.
Et c'est bien pour cela !