acte v, scène
Paméla.
Ma mère, Monsieur revient à nous, cela ne suffit-il pas...
Jules Rousseau.
Paméla, mon cœur27...
Madame Giraud, à Jules.
Vous permettez. (A son cuisinier.) Mon cher, vous ne savez pas faire la soupe aux choux. Monsieur Giraud et moi nous l'aimons, quand nous n'avons personne à dîner28. Faites-la mijoter29 avec du petit salé30 et toutes sortes de légumes... ça tourne en purée, et... vous comprenez... (A Jules.) Monsieur, cette fois, vous permettrez à une mère...
Le Chef.
De la soupe aux choux, mais Madame, c'est déshonorant pour un élève de Robert31...
Madame Giraud.
Hein ! allez, mon cher... [Sort le chef.] (A Jules.) Vous permettrez à une mère de veiller au bonheur de sa fille.
Monsieur Giraud.
Si nous étions sans fortune, Monsieur nous demanderait-il
Paméla.
Paméla en mariage
Mon père...
Madame Giraud.
Taisez-vous Paméla, et vous aussi Giraud, nous aurons bien les moyens de savoir si Monsieur n'en veut qu'à nos écus... Paméla32, depuis quelques mois, a fait des progrès. Elle est devenue une jeune personne très-distinguée.
Jules Rousseau.
Je le sais, Madame, j'ai eu le bonheur d'admirer Mademoiselle
votre fille au Bois, aux Italiens, et34 de remarquer qu'elle est au milieu de sa fortune, ce qu'elle était dans son atelier de fleuriste35...
Monsieur Giraud.
Que dites-vous là ?... ma fille est mieux.
Laissez-le dire papa.
Simple, naturelle, pleine de grâce, sans affectation, et que tout en elle décèle une belle âme... Si j'ai cédé aux désirs de ma famille, c'était bien à contre-cœur, aussi ai-je tout fait pour suspendre l'alliance qui séduisait mes parents, car, Mademoiselle, comment ne pas vous préférer à Mademoiselle de Vassy. Vous l'avez vue.
Paméla.
Oui, grande, mince, sèche, une figure d'héritière.
Jules Rousseau.
Et impertinente...
Paméla.
Une pie grièche !
Jules Rousseau.
Qui m'aurait reproché36 d'être Monsieur Jules Rousseau !...
Paméla.
Voyez-vous !... Mais c'est un beau nom, et puis avec votre fortune et le désir d'être quelque chose, vous deviendrez...
Madame Giraud.
Ah ! Paméla, tu n'as pas plus de cœur que ça ; te voilà bête comme quand tu témoignais pour rien...