acte v, scène
Mademoiselle du Brocquard.
C'est de braves gens...
Madame Giraud.
Et moi, j'aime à donner du chenevis aux oiseaux, et à ce qu'on traite bien les bêtes. Si le cocher battait les chevaux, je le renverrais.
Duprè.
Mais, Madame, je suis stupéfait. Ne voyez-vous pas que la caque sent toujours le hareng70, et qu'ils sont restés ce qu'ils étaient... des portiers. Ils ont bon cœur, mais ils sont sans manières, sans éducation...
Monsieur Rousseau.
Cela viendra ; d'ailleurs, Monsieur, qui suis-je ?... Qu'ai-je été ? Je suis venu à Paris pour être commis chez un marchand de draps, fils d'un cultivateur des environs d'Amiens. Et pourquoi ferais-je le fier ? A cause de ma fortune ! Eh, celle de Monsieur vaut la mienne.
Votre femme, Monsieur, est une Du Brocquard.
Mais, il ne s'agit pas de tout ceci, Monsieur Duprè, n'allez pas embrouiller les choses. Mon fils aime Mademoiselle Paméla Giraud, qui est une fille charmante71, elle a su s'élever jusqu'à nous, elle me convient pour bru, et dès72 que ce mariage comble les vœux de mon fils, j'en suis heureuse.
Duprè.
Et si elle était sans fortune, vous choisiriez Paméla pour votre fille...
Madame Rousseau.
Monsieur, vous avez des façons de surprendre les gens...
DUPRÈ.
Encore faut-il savoir si la famille Rousseau spécule sur la famille Giraud ; ou si vous venez ici avec des intentions dénuées de calcul73.
Monsieur Rousseau.
Entièrement dénuées de calcul.
Duprè.
Ne vous faites-vous aucune illusion !
Monsieur Rousseau.
Aucune.
Duprè.
Mesdames. Regardez Madame Giraud ?... et son mari...
Madame Giraud.
Que voulez-vous dire, il me semble que pour un homme d'affaires, vous prenez...
Votre parti. Je veux connaître74 l'opinion de ces dames sur vos façons, sur vos idées, afin de savoir si vous pouvez vous entendre.
Mademoiselle du Brocquard.
Mais, Madame fait preuve d'un goût parfait, et nous avons eu tort de venir ici aussi simplement que nous le sommes... Il était matin.
Duprè.
Vous iriez ensemble au spectacle, dans le monde.
Madame Giraud.
Et pourquoi pas ?
Duprè.
Ainsi, vous resterez unis...