‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 285 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

pas des gens de ce faubourg qui sont arrivés aux honneurs, j'ai de l'ambition aussi moi.

Adeline.

Ta, ta, ta, ta, voulez-vous bien faire vos commodes50. Pour être général, il faut être soldat et vous seriez tué comme une mouche, monsieur le délicat.

Adrien.

Tu ne te sens donc pas le désir d'aller51 dans un équipage52, de vivre heureuse, sans soucis, dans un hôtel à toi, bien servie, de porter53 de charmantes robes, de pouvoir54 tous les soirs danser.

Adeline.

Danser !

Adrien.

D'avoir à toi tes gens, de ne rien faire, d'aller au spectacle.

Adeline.

Au spectacle !

Adrien.

De devenir une femme55 comme il faut.

Adeline.

Le pauvre garçon a la tête fêlée.

Adrien.

Oui, l'amour m'a tourné la tête. N'est-il pas naturel à un amant de vouloir que sa maîtresse soit heureuse56, de la voir habillée avec élégance57, servie comme une reine58 ; une femme, Adeline, mais c'est la joie d'une maison.

Adeline.

Bien cela59.

Adrien.

Elle y est pour y donner le bonheur.

Adeline.

Très bien.

Adrien.

Pour s'occuper sans cesse de son mari, de ses enfants60.

Adeline.

Je comprends bien ces leçons là.

Adrien.

Hé bien, pourrais-tu rester61 ainsi, dans un magasin, sans domestiques, à parler à ceux qui viendront, tu serais malheureuse, je veux que tu sois riche.

Adeline.

Laissez-moi donc, Adrien ! Écoutez. Je me ferai gentille, je m'habillerai proprement pour vous plaire toujours comme je suis là. Est-ce que je ne suis pas bien avec un petit tablier de soie, ces mitaines, cette petite robe rose, allons suis-je mal62 ?

Adrien.

Non63. Tu es64 simplement mise, et belle65 comme un ange.

Adeline.

Hé bien, je resterai comme ça, le matin, j'irai moi-même chercher les provisions, le marché est à deux pas, je vous ferai votre déjeuner, votre dîner. Vous ne savez pas combien il est doux en s'occupant66 des plus petites choses du ménage de savoir qu'on s'occupe du bien-être de celui qu'on aime. Est-ce que pour vous tout ne sera pas meilleur si j'y mets la main67. Puis je resterai dans mon comptoir à travailler et à surveiller les ouvriers. Vous, vous vous occuperez de diriger la maison, les commandes. Mais voilà la plus jolie vie du monde. Quand nous aurons fait68 de bonnes affaires, nous irons au spectacle69 et ces jours-là, hé bien, je me ferai bien belle70.

Adrien, à part.

Je71 ne pourrai donc jamais exciter un désir de richesse dans cette âme simple ! Mon dieu, vouloir faire son éducation, la rendre

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