SCÈNE PREMIÈRE
LE CAPITAINE DES GARDES, QUINOLA, enveloppé dans son manteau, UN HALLEBARDIER.
Le Hallebardier, il barre la porte à Quinola. On n'andre bointe sans en affoir le troide. Ki ê dû1 ?
Quinola, levant la hallebarde.
Ambassadeur. (On le regarde.)
Le Hallebardier.
T'où?
Quinola, il passe.
D'où ! Du pays de misère2.
Le Capitaine des Gardes.
Allez chercher le majordome3 du palais pour rendre à cet ambassadeur-là les honneurs qui lui sont dus. (Au hallebardier.) Trois jours de prison.
Quinola, au capitaine.
Voilà4 donc comment vous respectez le droit des gens ! Écoutez,
Monseigneur, vous êtes bien haut, je suis bien bas, avec deux mots, nous allons nous trouver de plain-pied.
Le Capitaine.
Tu es un drôle très drôle.
Quinola, le prend à part.
N'êtes-vous pas le cousin5 de la marquise de Mondéjar ?
Le Capitaine.
Après ?
Quinola.
Quoiqu'en très grande faveur, elle est sur le point de rouler dans un abîme... sans sa tête6.
Le Capitaine.
Tous ces gens-là font des romans !... Écoute ? tu es le vingtdeuxième, et nous sommes au dix du mois, qui tentes de s'introduire ainsi près de la favorite pour lui soutirer quelques pistoles. Détale... ou sinon...
Quinola.
Monseigneur, il vaut mieux parler à tort vingt-deux fois7 à vingtdeux pauvres diables, que de manquer à entendre celui qui vous est envoyé par votre bon ange ; et vous voyez, qu'à peu de chose près (il ouvre son manteau), j'en ai le costume.
Le Capitaine.
Finissons, quelle preuve donnes-tu8 de ta mission ?
Quinola, lui tend une lettre.
Ce petit mot, remettez-le vous-même pour que ce secret9 demeure entre nous, et faites-moi pendre si vous ne voyez la marquise tomber en pâmoison à cette lecture. Croyez que je professe10, avec l'immense majorité des Espagnols, une aversion radicale pour... la potence.
(JUINOLA.