‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 32 sur 632 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

tu as, tout en me passant ma pelisse, enlevé la montre de l'hetmann6 des cosaques.

Fil-de-Soie.

Tiens ! les ennemis de la France !

Vautrin.

Toi Buteux, vieil assassin, tu as volé la lorgnette de Mademoiselle Inès de Christoval pendant qu'elle jetait à la porte notre jeune homme !...

Elle était tombée.

Buteux.

Vautrin.

Tu devais la rendre avec respect !... mais l'or et les diamants ont réveillé tes griffes de chat-tigre.

Ah ! ça, l'on ne peut donc pas s'amuser un peu ? que diable Jacques, tu veux !...

Vautrin.

Hein !...

Lafouraille.

Vous voulez que nous servions ce jeune homme avec une fidélité qu'un honnête homme n'aurait pas ? avec vingt-cinq mille francs vous avez le train d'une maison de cent mille écus, mais pour y arriver il faut faire des économies. Voilà Fil-de-Soie, il va au marché, on a le cœur de lui vendre une poularde cinq francs, il est obligé d'en attraper une seconde pour diminuer la première ; voilà Philosophe...

Philosophe.

Moi, je vous ai eu les trois plus beaux chevaux de Paris pour cent écus, j'ai grisé le cocher d'un Anglais qui partait et je lui ai mis trois rosses à la place de nos chevaux, il avait nos chevaux cet Anglais, selon les bons auteurs on prend son bien où on le trouve.

42 vautrin, i.

Vautrin.

Ça n'est pas drôle de prendre, c'est trop facile, vous ne voulez donc pas faire de bonnes affaires ?... vous ai-je triés comme des graines sur un volet dans trois ports différents pour vous laisser tourner autour de l'échafaud comme des mouches autour d'une chandelle ?... allez, mes mignons, je ne vous retiens plus, brûlezvous-y, je prendrai de meilleurs valets7.

Philosophe.

Monsieur de Frescas va sortir, j'ai attelé le cabriolet, le cheval est capable de faire des farces.

Vautrin.

Va!...

Ouvrez et fermez la porte vous-même.

Lafouraille.

De meilleurs valets... tenez, Vautrin, vous ne me connaissez pas, je suis aussi fort que vous, mais je me suis compromis dans des niaiseries ; jusqu'en 1802 je n'ai jamais fait de coup qui ne m'ait rapporté vingt mille francs et sans donner une chiquenaude. Il est vrai que les circonstances étaient favorables à l'industrie.

Buteux.

Tu te servais des apothicaires, je te retire mon estime.

Lafouraille.

Cette vieille bête féroce ne sait qu'assassiner. Avant la révolution j'étais premier piqueur dans la maison de Langeac8 et ayant connu le joug des grands, je devins un chaud travailleur, je me nommai le citoyen Boulard, un nom propre, j'avais de l'ambition mais j'étais bon.

Buteux.

Sa bonté l'a perdu.

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