‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 325 sur 632 · LE GRAND-INQUISITEUR86, UN FAMILIER, FONTANARÈS · texte numérisé non relu

LE GRAND-INQUISITEUR86, UN FAMILIER, FONTANARÈS

Le Grand-Inquisiteur.

Eh ! bien, mon fils ? vous parliez87 de foi, peut-être avez-vous fait de sages réflexions. Allons, évitez au Saint-Office l'emploi de ses rigueurs.

FONTANARÈS.

Mon père, que souhaitez-vous que je dise ?

Le Grand-Inquisiteur.

Avant de vous mettre en liberté88, le Saint-Office doit être sûr que vos moyens sont naturels...

FONTANARÈS.

Mon père, si j'avais fait un pacte avec le mauvais esprit, me laisserait-il ici ?

Le Grand-Inquisiteur.

Vous dites une parole impie : le démon a un89 maître, nos autoda-fés le prouvent.

FONTANARÈS.

Avez-vous vu jamais un vaisseau en mer ? (Le Grand-Inquisiteur fait un signe affirmatif.) Par quel moyen allait-il ?

466 les ressources de quinola.

Le Grand-Inquisiteur.

Le vent enflait ses voiles.

FONTANARÈS.

Est-ce le démon qui a dit ce moyen au premier navigateur ?

Le Grand-Inquisiteur.

Savez-vous ce90 qu'il est devenu ?

FONTANARÈS.

Peut-être est-il devenu quelque puissance maritime oubliée... Enfin mon moyen est aussi naturel que le sien91 : j'ai vu comme lui dans la nature une force, et que l'homme peut s'approprier, car le vent est à Dieu92, l'homme n'en est pas le maître, le vent emporte ses vaisseaux, et ma force à moi est93 dans le vaisseau...

Le Grand-Inquisiteur, à part.

Cet homme sera bien dangereux94. (Haut.) Et vous refusez de nous la dire ?....

FONTANARÈS.

Je la dirai au roi, devant toute la cour ; personne alors ne me ravira ma gloire ni95 ma fortune...

Le Grand-Inquisiteur.

Vous vous dites inventeur, et vous ne pensez qu'à la fortune ! Vous êtes plus ambitieux qu'homme de génie.

Mon père, je suis si profondément irrité de la jalousie du vulgaire, de l'avarice des grands, de la conduite des faux savants96,

que si je n'aimais pas Marie, je rendrais au hasard ce que le

hasard m'a donné.

Le Grand-Inquisiteur.

Le hasard !

FONTANARÈS.

J'ai tort. Je rendrais à Dieu la pensée que Dieu m'envoya.

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