‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 346 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

QUINOLA

Eh bien, Monsieur ?

Lothundiaz.

Oh ! c'est ce brigand de Lavradi.

Quinola.

Mon maître a fait reconnaître mon innocence par le roi.

Lothundiaz.

M'anoblir est alors chose bien moins difficile...

Quinola.

Ah ! vous croyez qu'un bourgeois devient grand seigneur avec les patentes du roi. Voyons ? Figurez-vous que je suis marquis de Lavradi ? Mon cher, prête-moi cent ducats ?

Lothundiaz.

Cent coups de bâton ! Cent ducats ?... le revenu d'une terre de deux mille écus d'or.

Quinola.

Là ! voyez-vous ?... Et çà veut être noble70 ! Autre chose. Comte Lothundiaz, avancez deux mille écus d'or à votre gendre, pour qu'il puisse accomplir71 ses promesses au roi d'Espagne ?

Lothundiaz, à Fontanarès.

Et qu'as-tu donc promis ?

Le roi d'Espagne, instruit de mon amour pour votre fille, vient à Barcelone voir marcher un vaisseau sans rames ni voiles, par une machine de mon invention, et nous mariera lui-même72.

Lothundiaz, à part Ils veulent me berner. (Haut.) Tu feras marcher les vaisseaux

tout seuls, je le veux bien, j'irai voir ça. Ça m'amusera. Mais je ne veux pas pour gendres, d'hommes à grandes visées. Les filles élevées dans nos familles n'ont pas besoin de prodiges, mais d'un homme qui se résigne à s'occuper de son ménage, et non des affaires du soleil et de la lune. Être bon père de famille est le seul prodige que je veuille en ceci73.

FONTANARÈS.

A l'âge de douze ans, votre fille, Seigneur, m'a souri comme Béatrix à Dante74. Enfant, elle a vu d'abord un frère en moi ; puis, quand nous nous sommes sentis séparés par la fortune, elle m'a vu concevant l'entreprise hardie de combler cette distance à force de gloire. Je suis allé pour elle, en Italie, étudier avec Galilée. Elle a, la première, applaudi à mon œuvre, elle l'a comprise ! elle a épousé ma pensée avant de m'épouser moi-même ; elle est ainsi devenue pour moi le monde entier : comprenez-vous maintenant combien je l'idolâtre75 ?

Lothundiaz.

Et c'est justement pour cela76 que je ne te la donne pas ! Dans dix ans, elle serait abandonnée pour quelqu'autre découverte77 à faire...

Marie.

Quitte-t-on, mon père, un amour qui a fait faire de tels prodiges78 ?

Lothundiaz.

Oui, quand il n'en fait plus.

S'il devient duc, grand d'Espagne et riche.... ?

Lothundiaz.

Si ! si ! si !... Me prends-tu pour un imbécille. Les si sont les chevaux qui mènent à l'hôpital tous ces prétendus découvreurs de mondes.

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