ACTE I, SCÈNE
Fontanarès, à part
Combien de sourires semblables n'ai-je pas déjà dévorés95. (Haut.) Excellence, le roi ne me l'a pas demandé. Voici d'ailleurs sa lettre et celle de ses ministres....
Il remet un paquet.
Faustine, à Paquita.
Cet homme a l'air d'un roi.
Paquita.
D'un roi qui fera des conquêtes96.
Faustine, reconnaissant Monipodio.
Monipodio ! sais-tu quel est cet homme ?
Monipodio.
Un homme qui va, dit-on, bouleverser le monde.
Faustine.
Ah ! voilà donc ce fameux inventeur dont on m'a tant parlé97.
Monipodio.
Et voici son valet98.
Don Frégose.
Tenez, Sarpi, voici la lettre du ministre, je garde celle du roi. ( A Fontanarès.) Eh ! bien, mon garçon, la lettre du roi me semble positive. Vous entreprenez de réaliser l'impossible ! Quelque grand que vous vous fassiez, peut-être devriez-vous, dans cette affaire, prendre les conseils de don Ramon, un savant de Catalogne, qui, dans cette partie, a écrit des traités fort estimés...
Fontanarès.
En ceci, Excellence, les plus belles dissertations du monde ne valent pas l'œuvre.
500 les ressources de quinola.
Don Frégose.
Quelle présomption ! (A Sarpi.) Sarpi, vous mettrez à la disposition du cavalier que voici, le navire qu'il choisira dans le port.
Sarpi, au vice-roi.
Êtes-vous bien sûr que le roi le veuille ?
Don Frégose.
Nous verrons. En Espagne, il faut dire un pater entre chaque pas qu'on fait".
Sarpi.
On nous a d'ailleurs écrit de Valladolid.
Faustine, au vice-roi.
De quoi s'agit-il ?
Don Frégose.
Oh ! d'une chimère.
Faustine.
Eh ! mais vous ne savez donc pas que je les aime100.
Don Frégose.
D'une chimère de savant que le roi a prise au sérieux, à cause du désastre de l'Armada. Si ce cavalier réussit, nous aurons la cour à Barcelone.
Mais nous lui devrons beaucoup.
Don Frégose, à Faustine.
Vous ne me parlez pas si gracieusement, à moi ! (Haut.) Il s'est engagé sur sa tête à faire aller comme le vent, contre le vent, un vaisseau sans rames ni voiles...
Faustine.
Sur sa tête. Oh ! mais c'est un enfant ?