SCÈNE QUATRIÈME
Vautrin, seul.
Que cet enfant soit grand, glorieux, riche, aimé, heureux ! Ce petit, je le vois toujours sur la route de Toulon à Marseille quand en m'échappant je voyageais dans ma calèche à quatre chevaux avec le passe-port d'un général qui me suivait et qu'on a pris pour un filou25. Ce pauvre Giroflée était mon aide de camp. Lui, s'engager tambour, devenir soldat, se faire tuer comme un sot ! j'ai eu du mal à éteindre son courage, à en faire un homme froid, positif, à en faire un homme capable de mener les hommes ! et le voilà amoureux à en mourir et il me le cachait !... amoureux d'une fille à laquelle un mendiant venu de Gênes26 après s'être sauvé de Sardaigne, ne pouvait prétendre ! il avait fait quelques mauvais coups ! j'ai toujours gardé ses papiers, il faut agir avec son enfant comme avec son ennemi !... les autres cependant n'ont pas été ingrats, celui-ci ne le sera pas non plus, les belles amitiés sont rares, être amis n'est-ce pas réunir activement tous les sentiments, ne pas vivre pour soi, vivre pour un autre, qui ne vous trahit jamais ! quand on a goûté de ce fruit céleste27 !...