‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 370 sur 632 · FAUSTINE, MARIE · texte numérisé non relu

FAUSTINE, MARIE

Faustine.

Mon enfant, je vous aime et sais en quelle situation vous vous trouvez. Votre père veut vous marier à mon cousin Sarpi, tandis que vous aimez Fontanarès66.

Marie.

Depuis cinq ans, Madame.

Faustine.

A seize ans67 on ignore ce que c'est que d'aimer.

Marie.

Qu'est-ce que cela fait, si j'aime ?

526 les ressources de quinola.

Faustine.

Aimer, mon ange, pour nous, c'est se dévouer.

Marie.

Je me dévouerai, Madame.

Faustine.

Voyons ? renonceriez-vous à lui, pour lui, dans son intérêt !

Marie.

Ce serait mourir, mais ma vie est à lui.

Faustine, à part et en se levant.

Quelle force dans la faiblesse et l'innocence68 ! (Haut.) Vous n'avez jamais quitté la maison paternelle, vous ne connaissez rien du monde ni de ses nécessités, qui sont terribles ! Souvent un homme périt pour avoir rencontré soit une femme qui l'aime trop, soit une femme qui ne l'aime pas : Fontanarès peut se trouver dans cette situation. Il a des ennemispu issants69 ; sa gloire, qui est toute sa vie, est entre leurs mains : vous pouvez les désarmer.

Que faut-il faire ?

Faustine.

En épousant Sarpi, vous assureriez le triomphe de votre cher Fontanarès ; mais une femme ne saurait conseiller un pareil sacrifice, il doit venir, il viendra de vous. Agissez d'abord avec ruse. Pendant quelque temps, quittez Barcelone. Retirez-vous dans un couvent.

Marie.

Ne plus le voir ? Si vous saviez, il passe tous les jours à une certaine heure sous mes fenêtres, cette heure est toute ma journée.

Faustine, à part.

Quel coup de poignard elle me donne ! Oh ! elle sera comtesse Sarpi70!

Page 1