SCÈNE II
LES MÊMES, MONIPODIO.
QUINOLA
Les trois dernières pièces nous sont revenues, emporte les modèles, et fais-en toujours deux paires en cas de malheur.
Monipodio fait signe dans la coulisse : deux hommes paraissent.
Monipodio.
Enlevez, mes enfants, et pas de bruit, évanouissez-vous comme des ombres, c'est pire qu'un vol. (A Quinola.) On s'éreinte à travailler4.
Quinola.
On ne se doute encore de rien.
Monipodio.
Ni eux, ni personne. Chaque pièce est enveloppée comme un bijou, et déposée dans une cave. Mais il me faut trente écus.
Quinola.
Oh ! mon Dieu !
Monipodio.
Trente drôles bâtis comme ça, boivent et mangent comme soixante.
Quinola.
La maison Quinola et compagnie a fait faillite, et l'on est à mes trousses...
Monipodio.
Des protêts ?
QUINOLA
Es-tu bête ? de bonnes prises de corps. Mais j'ai pris chez un fripier deux ou trois défroques qui5 vont me permettre de soustraire Quinola aux recherches des plus fins limiers, jusqu'au moment où je pourrai payer.
Payer ?... c'te bêtise !
Quinola.
Oui : j'ai gardé un trésor6 pour la soif. Reprends ta souquenille de frère quêteur, et va chez Lothundiaz parlementer avec la duègne.
Monipodio.
Hélas ! Lopez est tant de fois retourné d'Alger, que notre duègne commence à en revenir.
Quinola.
Bah ! il ne s'agit que de faire parvenir cette lettre à la senorita Marie Lothundiaz. (Il lui donne une lettre.) C'est un chef-d'œuvre d'éloquence inspiré par ce qui inspire tous les chefs-d'oeuvre, vois7 : nous sommes depuis dix jours au pain et à l'eau.
Monipodio.
Et nous donc ? crois-tu que nous mangions des ortolans ? Si nos hommes croyaient bien faire, ils auraient déjà déserté.
Quinola.
Veuille l'amour acquitter ma lettre de change, et nous nous en tirerons encore...
Monipodio sort.