ACTE IV, SCÈNE
LOTHUNDIAZ.
Ne sont-ils pas dans les mains de la justice ? et j'aimerais mieux y voir Quinola, ce damné suborneur de trésors4.
Quinola.
0 ma jeunesse, quelle leçon tu reçois ! Mes antécédents m'ont perdu.
Lothundiaz.
Mais si on le trouve, son affaire sera bientôt faite, et j'irai l'admirer donnant la bénédiction avec ses pieds5.
FONTANARÈS.
Notre malheur rend ce bourgeois spirituel.
Quinola.
Dites donc féroce.
Don Ramon.
Moi, je regrette un pareil désastre. Ce jeune artisan avait fini par m'écouter, et nous avions la certitude de réaliser les promesses faites au roi ; mais il peut dormir sur les deux oreilles : j'irai demander sa grâce à la cour en expliquant combien j'ai besoin de lui.
Coppolus6.
Voilà de la générosité peu commune entre savants.
Vous êtes l'honneur de la Catalogne !
Fontanarès, il s'avance.
J'ai tranquillement supporté le supplice de voir vendre à vil
prix une œuvre qui devait me mériter un triomphe (Murmures
chez le peujrte8.) Mais ceci passe la mesure. Don Ramon, si vous aviez, je ne dis pas connu, mais soupçonné l'usage de toutes ces pièces maintenant dispersées, vous les auriez achetées au prix de toute votre fortune9.
572 les ressources de quinola.
Don Ramon.
Jeune homme, je respecte votre malheur ; mais vous savez bien que votre appareil ne pouvait pas encore marcher, et que mon expérience vous était devenue nécessaire.
FONTANARÈS.
Ce que la misère a de plus terrible entre toutes ses horreurs, c'est d'autoriser la calomnie, et le triomphe des sots10.
Lothundiaz.
N'as-tu donc pas honte dans ta position de venir insulter un savant qui a fait ses preuves ? Où en serais-je si je t'avais donné ma fille ? tu me mènerais, et grand train, à la mendicité, car tu as déjà mangé11 en pure perte dix mille sequins ! Hein ? le Grand d'Espagne est aujourd'hui bipn petit.
FONTANARÈS.
Vous me faites pitié.
Lothundiaz.
C'est possible, mais tu ne me fais pas envie : ta tête est à la merci du tribunal.
Laissez-le : ne voyez-vous pas qu'il est fou ?
FONTANARÈS.
Pas encore assez, Monsieur, pour croire que 0 plus 0 soit un binôme12.