‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 454 sur 632 · VERSION DÉFINITIVE · texte numérisé non relu

VERSION DÉFINITIVE

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1. Nous donnons ici le texte de la quatrième et dernière édition de Vautrin, enregistrée à la Bibliographie de la France le 11 juillet 1840. Elle porte la mention « troisième édition revue et corrigée ». C'est effectivement la troisième édition publiée chez Delloye et Tresse. Mais entre la deuxième édition Delloye et Tresse (BF, 4 avril 1840) et celle-ci, une autre a paru dans la collection du Magasin théâtral chez Marchant (BF, 30 mai 1810). L'édition Marchant comporte déjà le texte revu et corrigé. Mais il y manque la préface. Toutefois la publication, dès le mois de mai, du texte définitif de la pièce nous permet de dater ce travail de correction de Balzac des derniers jours d'avril et des premiers jours de mai. Il dut être fait au moment où Balzac écrivait la préface qu'il date du 1er mai.

Dans les notes de cette version nous nous sommes attaché essentiellement à suivre le travail de correction de Balzac. On trouvera donc toutes les variantes significatives avec les deux états intermédiaires du texte, Met E1. Elles sont indiquées par un sigle. Placé avant la variante, le sigle indique le texte où figure le passage cité ; placé après, il indique le texte où apparaît le passage cité. Cependant le travail de Balzac n'a pas été fait en une seule fois ; il s'agit plus exactement de retouches successives et continues apportées au texte au cours des répétitions, c'est-à-dire, pour les textes qui nous concernent ici, entre le 15-20 février et le jour de la représentation. D'autres corrections ont encore été faites après la représentation, les unes sur les épreuves de El, les autres entre E1 et E3. Il n'est évidemment pas possible de dater toutes les corrections ; mais il est possible de discerner les plus anciennes et les plus récentes, c'est-à-dire celles qui sont antérieures au 22 février et celles qui sont postérieures au 14 mars. En effet un certain nombre de corrections ont été faites sur la copie même de M2 : nous en concluons qu'il s'agit des modifications apportées au texte pendant la copie du manuscrit et transcrites sur celui-ci avant son dépôt à la censure. Nous donnons alors le texte ancien tel qu'il se lit sous les ratures et nous le faisons suivre de la mention : (corrigé). D'autre part le texte de E1 porte parfois curieusement une ligne ou une partie de ligne de points de suspension. Elles correspondent toujours à une phrase ou à une partie de phrase supprimée. Nous en concluons qu'il s'agit de corrections, peu nombreuses, portées par Balzac sur les épreuves mêmes de la pièce et que l'éditeur, pressé de mettre en vente, s'est résigné à cette solution pour ne pas être contraint à une remise en page qui eut retardé la sortie du volume. Nous signalons en toutes lettres ces corrections, trop peu nombreuses pour justifier un sigle particulier. Enfin certains passages ont subi une refonte si complète que, pour ne pas renvoyer constamment le lecteur aux notes, nous donnons en une seule fois le texte antérieur du passage concerné.

OCB. T. XXII. TH. 2. 43

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2. Cette préface a une curieuse histoire. Après l'interdiction de la pièce, Balzac avait écrit à la Presse une lettre pour défendre Frederick Lemaître. (Cf. t. 23, Chronologie : 17 mars 1840.) Pour sa propre défense Balzac ajoutait : « Moi, j'ai ma préface. » Las, le 18 mars il tombait malade, et l'éditeur, pressé d'exploiter le mouvement de curiosité suscité par la pièce et son interdiction, n'attendit pas. Le 24 mars, Vautrin parut sans préface. Un avis de l'éditeur en tenait lieu. On y lisait :

« M. de Balzac, retenu au lit par une indisposition très grave, n'a pu écrire la préface qui devait accompagner sa pièce de Vautrin dont les représentations ont été arrêtées par l'autorité.

Cette préface paraîtra dès que la santé de l'auteur lui permettra de la composer. Toutes les personnes qui auront acheté la présente édition auront droit à un exemplaire de ladite préface qui leur sera remis en échange du présent avis qu'il est facile de détacher du livre.

Bon pour un exemplaire de la préface de Vautrin. »

La Presse, annonçant dès le 22 mars la mise en vente de l'ouvrage, reproduit cet avis. Et le Moniteur des théâtres commente le 25 : « Le désappointement a été grand... Pas de préface ! On s'attendait à un nouveau plaidoyer, à un nouveau pamphlet, à de violentes attaques, à des récriminations sans nombre contre l'autorité, la presse, le public ; on espérait une vigoureuse guerre et M. de Balzac ne dit mot. » Même désappointement chez le rédacteur du Courrier des théâtres (26 mars) et celui de l'Écho des foyers qui estime que la préface promise « promet d'être fort curieuse » (26 mars). Le même jour Balzac écrit à Mme Hanska pour la première fois depuis la représentation et l'on verra que cette lettre constitue en quelque sorte une première esquisse de cette préface. (Cf. ci-dessous, les notes 4 à 9.) Pourtant la deuxième édition, mise en vente dans les premiers jours d'avril (BF, 4 avril 1840), n'a toujours pas de préface. On admet généralement que celle-ci, datée du 1er mai, parut dans la troisième édition de Delloy et Tresse. En fait elle fut sans doute imprimée dès les premiers jours de mai, en un petit cahier qui fut mis à la disposition des acheteurs de la pièce. Nous ignorons s'ils furent nombreux à venir échanger leur bon. Mais le texte de la préface fut inséré dans les exemplaires non encore vendus de la deuxième édition. Il existe des exemplaires de cette dernière qui présentent ainsi la curieuse particularité de porter à la fois l'avis et la préface. Celle-ci fut ensuite publiée en tête de la troisième édition « revue et corrigée ». (BF, 11 juillet 1840.)

3. Le lecteur aura une idée de toutes ces « pensées divergentes » et de ce « feu d'artifice » en se reportant aux extraits de presse qui figurent à la Chronologie. (Cf. t. 23.)

4. Balzac ne saurait mieux souligner l'importance qu'il attachait à l'interprétation de l'acteur. « Frederick a été sublime », écrivait-il à Mme Hanska le 26 mars. (LH, I, p. 673.) On peut rapprocher la formule de Balzac de cette phrase de Frederick Lemaître : « Balzac avait donné son drame de ^'autrin... en signifiant avant toute chose qu'il ne voulait d'autre commentaire de son œuvre que moi... » (Souvenirs de Frederick Lemaître, p. 236.)

5. Cf. la lettre du 26 mars à Mme Hanska. « Aussi, croyez bien à une chose, c'est à des attaques terribles de ma part sur ce trône chancelant... » (LH, I, p. 673.) En ce sens la préface de Vautrin prélude à la Bévue parisienne où il voudra décrire « la comédie du gouvernement. » (Introduction à la première livraison, 25 juillet 1840.)

6. L'accusation d'immoralité, qui figure dans le communiqué annonçant

l'interdiction de la pièce, et qui lui reprise et développée par toute nue partie de la presse, irrita particulièrement Balzac. Le 26 mari il se plaignait a Mme Hanska : « Ils [les Journalistes] ont dit que la parc étail d'une Immoralité révoltante, je ne vous dis qu'une seule chose, vous la lire/ : i-.lle peut n'être pas très bonne, mais elle est éminemment morale. (/.//, I, p. tiTii.j Théophile Gautier avait longuement disserte de ce problème dans son feuilleton de la Presse du 19 mars. Il voyait dans (elle accusation le plus commode de tous les prétextes » et s'attachait a démontrer que « l'idée du drame de Honoré de Balzac n'est pas plus immorale que celle de toutes les pièces qui se jouent sur les théâtres de Paris •. Balzac d'ailleurs n'a pas toujours dédaigné de « faire une question » de ce problème. Cf. la préface du Pire Goriot (OCB, t. 19, pp. 633-613), la Lettre à IIypi>olite Custille et aussi la préface de Splendeurs et misères des courtisanes, où il dégage précisément le sens de Vautrin (OCB, t. 19, p. 787).

7. « Le journalisme a été infâme », écrit-il à Mme Hanska le 26 mars (LH, I, p. 673). Balzac fait ici allusion à Un grand homme de province à Paris, publié en 1839, et où il s'en prend aux journalistes. Cette explication de l'acharnement de certains critiques fut donnée également par Louis Yeuillot dans l'Univers du 19 mars. Le critique qui n'a pas vu la pièce ne sait pas si elle est aussi dégoûtante et stupide que tous les journaux le disent. « Cependant quelle qu'elle soit, il est très permis de croire qu'elle n'aurait pas été autant abandonnée et lapidée par les feuilletons, si M. de Balzac n'avait publié l'an passé, un livre où les journalistes sont peints de main de maître, et moins flattés assurément qu'il ne paraît avoir flatté les galériens, i Delphine de Girardin, dans la Presse du 21 mars, écrivit : « Vous ne devinez pas pourquoi un homme qui a fait un livre contre les journalistes est attaqué par tous les journaux ? »

8. Allusion à l'histoire de la ressemblance de Frederick Lemaitre avec Louis- Philippe. (Cf. plus haut, la note 1, pp. 622-623.) Cf. aussi le Constitutionnel du 28 mars, qui pense « que l'autorité s'est effrayée d'un succès de perruque .

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9. « Dans cette circonstance, soit pendant la représentation, soit au ministère, en tout la conduite de Hugo a été celle d'un véritable ami, courageux, dévoué, et quand il m'a su malade, il m'est venu voir. » (LH, I, p. 673.) Hugo, en effet, fit proposer ses services à Balzac dès le 7 mars (Corr., IV, p. 57) et se rendit avec lui chez Bémusat. (Cf. t. 23, Chronologie : 18 mais 1840.) Cf. aussi la lettre de Balzac à Hugo du même jour. (Corr., IV, pp. 79-80.) On peut remarquer que, dans sa lettre à Mme Hanska, Balzac associe George Sand et Delphine de Girardin à l'hommage rendu à Hugo, oubliant, notonsle, de citer Alexandre Dumas qui l'avait bien aussi mérité. Dans la préface il ne parle que de Hugo. Il nous semble qu'il a voulu rendre cet hommage public au poète parce que leur démarche commune au ministère le 18 mars avait été connue du public et avait valu à Hugo des reproches dans la presse'. Le Courrier des théâtres parla, le 20 mars, « des arguties de l'officieux défenseur, Hugo, de la pièce justement interdite ». Et la Revue tic Paris écrivit : « Aussi M. Victor Hugo a-t-il commis une assez lourde méprise quand il a cru devoir se déclarer le patron de M. de Balzac... » (mars 1810, p. 203.)

10. Cf. plus loin, la note 1 de la p. 405 pour ce projet de représentation de Richard Cœur-d' Éponge.

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11. Les éditions portent en plus la distribution lors de l'unique représentation en 1840. Les rôles étaient tenus dans l'ordre par MM. Frederick Lemaitre, Jemma, Laj ariette, Rey, Raucourt, Potonnier, Frédéric, E. Dupuis, Tournan, Moëssard et Heret. Mmes Frederick Lemaître, Georges Cadette, Cenau, Figeac et Kersent.

12. Nous avons déjà dit que ce nom peut être un emprunt à Beaumarchais. A l'acte I, scène 8 de la Mère coupable on apprend que le comte Almaviva avait proposé à sa femme d'habiter Aguas Frescas.

13. Il n'y a, selon toute apparence, aucune parenté entre ce personnage et l'un des Blondet de la Comédie humaine. On peut cependant noter qu'il y a quelques points de concordance entre le personnage de la pièce et le père Blondet. Ils appartiennent à peu près à la même génération. Charles Blondet est intendant de la famille de Langeac en 1789, le père Blondet est avocat à la même époque. Ils sont tous deux mêlés aux événements de la Révolution : c'est à Alençon que le père Blondet devient vice-président du tribunal, et à Mortagne que Charles Blondet fait exécuter le vicomte de Langeac.

14. La mention cuisinier, comme celle de cocher pour Philosophe, ne figure pas sur la première version. Ces termes indiquent certes l'emploi que tiennent les personnages dans la pièce. Philosophe est le cocher (cf. acte III, scène 2, p. 192, et scène 3, p. 194) et Fil-de-Soie, cuisinier (cf. acte III, scène 3, pp. 194 et 200, où Vautrin le charge de préparer le repas). Mais il est curieux de noter que dans l'argot des voleurs, cuisinier signifie espion. C'est Balzac lui-même qui nous l'apprend dans la Dernière incarnation de Vautrin et il place précisément le mot dans la bouche de Fil-de-Soie. (Cf. OCB, 1. 18, p. 36.) Si l'on se souvient que dès le Père Goriot, Vautrin se méfie de Fil-de-Soie qu'il soupçonne d'être un agent double, on peut se demander s'il y a là simplement coïncidence. Balzac a pu trouver le terme cuisinier au sens d'espion dans les Mémoires de Vidocq.

15. M2 porte ici simplement : domestiques. Léon Gozlan, qui reproduit cette liste dans son volume Balzac en pantoufles (pp. 101-102), écrit : « Quand il ne resterait de Vautrin, après un cataclysme, que cet assemblage de noms ruisselants de noblesse et de noms suant la potence, cela suffirait pour se faire une idée de la difficulté épouvantable du problème que Balzac s'était donné à résoudre en composant une comédie formée d'éléments aussi ennemis, aussi éloignés les uns des autres que le soleil l'est de la terre. Comment faire respirer dans le même air, marcher sur le même plancher, se coudoyer dans le même espace, et surtout comment lier par un intérêt commun à une même action ces voleurs, ces argousins, ces escrocs de tous les étages, ces marquis et ces marquises, ces ducs et ces duchesses ? On nous répondra que c'était là précisément la comédie tentée par Balzac. »

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