‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 52 sur 632 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL, INÈS

Inès.

Ma mère, je vous en supplie, laissez-moi la libre disposition de moi-même et soyez sûre que je ne ferai rien qui ne soit digne de nos familles.

La Duchesse.

Nous sommes responsables du bonheur de nos enfants et envers le monde et envers eux-mêmes ; j'approuverais votre inclination Inès, si Monsieur de Frescas était un Frescas, s'il pouvait expliquer sa position.

Inès.

Que vous demandai-je ? du temps pour qu'il puisse nous satisfaire ? je l'aime, ma mère, vous le savez. Un heureux hasard me permet de donner à l'homme qui me plaît, des titres, un rang, une grande fortune, ne suis-je pas privilégiée, et ne sera-ce pas une belle chose que d'user de mes droits en faveur d'un jeune homme plein de nobles qualités ?...

La Duchesse.

Et si Monsieur de Frescas était un intrigant ?

70 vautrin, i.

Inès.

Et l'aimerais-je ma mère ?... croyez-moi, j'ai su le juger.

La Duchesse.

Le juger et vous l'aimez !... ah ! vous êtes bien enfant.

Inès.

Jugez-le donc, vous m'éclairerez, mais si Raoul lève lui-même les voiles du mystère dont il s'enveloppe, si dans quelque situation que le hasard l'ait jeté nous le trouvons sincère, noble, grand, enfin comme je le crois...

La Duchesse.

Aveugle !

Inès.

Vous ne vous opposerez pas à mon bonheur.

La Duchesse.

Une mère est bien faible en entendant ce mot, dit par une fille unique ; attendons, Inès1.

Inès.

Vous craignez de le dire. Vous le trouvez ravissant... ses façons n'indiquent-elles pas un noble ? il intéresserait mon esprit s'il n'avait pas déjà mon cœur !

La Duchesse.

Tu es un peu trop de notre pays, chère folle !

Inès.

Allons, dites-le, vous l'aimez aussi.

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