LES MÊMES, UN VALET, VAUTRIN
Le Valet.
Un envoyé de Don Augustin Ier, Empereur du Mexique, demande à voir Madame la duchesse.
La Duchesse.
Don Augustin Ier, qu'est-ce que cela veut dire ?
Empereur du Mexique !... il doit apporter des nouvelles de mon père.
La Duchesse.
Faites entrer.
Le Valet.
Monsieur le général Bustamente.
Vautrin.
Madame, j'avais hâte de me présenter chez vous afin de vous rassurer sur le sort de Monsieur le duc de Christoval au milieu des événements dont notre pays vient d'être le théâtre. Le Mexique est ce qu'il devait être tôt ou tard, un état indépendant de l'Espagne. Le colonel Iturbide, dans le régiment duquel j'avais l'honneur de servir, a donné de telles preuves de génie à la nation mexicaine qu'il fut nommé Empereur sans passer comme Napoléon par les grades intermédiaires. Notre siècle est étrange, Madame ! Les révolutions s'y succèdent et ne se ressemblent pas !... Vous avez laissé un pays esclave, vous le trouvez libre, mais ne parlons pas politique, c'est un terrain brûlant !... Monsieur le duc de Christoval a failli par une résistance désespérée maintenir notre belle
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patrie sous l'obéissance du Roi d'Espagne et il a fait des prodiges de valeur. C'était bien joué ! Le Roi Ferdinand ne pouvait se dispenser de le nommer vice-roi s'il avait réussi !... J'étais son adversaire, il nous gênait fort, de part et d'autre il s'agissait de vaincre ou de périr, pour moi j'étais ou pendu comme l'un des rebelles, ou l'un des héros d'une nation triomphante. J'avais vu froidement les deux chances !... Je pris moi-même Monsieur le duc et son ami le vieil Amoagos, un seigneur d'Aragon qui s'est établi au Mexique depuis soixante ans qu'il y exploite des mines d'or et qui avait amené tous ses ouvriers pour appuyer le duc... j'allais le faire fusiller... en révolution !...
Inès.
Mon père !...
Comment, général ?
Vautrin.
Oh ! en révolution, Mesdames, il ne faut pas badiner !...
Inès.
Mais mon père, qu'est-il devenu ?
Vautrin.
Comment ! Mademoiselle est cette belle Inès de Christoval, de son chef princesse d'Arjos2, à laquelle il voulait écrire avant de marcher au supplice !... il ne me demanda que cette seule grâce... et en révolution une minute sauve ou perd la vie... le vieil Amoagos m'entreprit et... mais ne parlons pas politique... un vieux soldat ne sait pas natter, Mademoiselle. Vous justifiez toute l'affection de votre père !... Oh ! je l'ai vu pleurant, oui... il pleurait, il n'était plus que père en présence de la mort !... Oh ! je suis, en vous voyant, doublement heureux de m'être rendu aux raisons du vieil Amoagos, l'ami de votre père !...
Inès.
Il parle très bien, cet envoyé !...