‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 549 sur 632 · III. Autre début de la scène lere (deux pages · texte numérisé non relu

III. Autre début de la scène lere (deux pages

IV. Fragment d'une scène entre Bichard et sa fille (Quatre pages) V. Monologue de Bichard (Une page. 2e me acte ?)

Tout ceci doit dater de 1840. »

Et le vicomte a ajouté cette note, avec un renvoi qui la situe dans le premier paragraphe, après Histoire des œuvres de H. de Baizac: « Cette liste a dû être écrite en 1840, [le vicomte avait d'abord écrit vers 1840] ainsi que tous ces fragments, au moment où la chute de Vautrin, en livrant à Balzac comme indemnité la scène de la Porte Saint-Martin, le ramenait à ses idées de théâtre. (Cf. la préface de Vautrin.) Mais les indications de temps à

consacrer à chaque pièce, et des théâtres où les faire jouer, ajoutées à chaque titre, sont d'une écriture postérieure de Balzac, et doivent avoir été ajoutées en 1848, lorsque l'impossibilité de publier des romans, au commencement de la République, le fit de nouveau se tourner vers le théâtre et composer la Marâtre. Ceci est d'autant plus certain que le Théâtre Historique, indiqué, ne s'ouvrit qu'en 184 . » [Et le vicomte, désireux sans doute de vérifier la date, a laissé le dernier chiffre en blanc]

Folio 46. Feuillet de séparation, vierge.

Folio 47. Feuille de papier blanc, non filigrane, de dimension 31 x 20 cm. Au recto figure la distribution des scènes du premier acte et quelques notes sur ces scènes. Au verso, qui a été utilisé plus tard — la feuille cette fois a été pliée en deux et Balzac n'en a utilisé que la partie droite — figure la liste de pièces dont parle le vicomte. On la trouvera au Répertoire, t. 23.

Folio 48. Feuillet de séparation, vierge.

Folios 49 à 51. Feuillets de papier blanc, non filigrane, de dimensions 20 x 15,5 cm. Le folio 49 porte un scénario de l'acte I ; les folios 50 et 51, paginés 1 et 2 par Balzac, un début de rédaction de la scène 1 de l'acte I.

Folio 52. Feuillet de séparation, vierge.

Folios 53 et 54. Même papier que les folios 49 à 51. Paginés 1 et 2 par Balzac. Portent un autre essai de rédaction de la scène 1 de l'acte I.

Folio 55. Feuillet de séparation, vierge.

Folios 56 à 59. Même papier que les précédents. Portent un essai de rédaction et quelques notes se rapportant à une scène entre Richard et sa fille.

Folio 60. Feuillet de séparation, vierge.

Folio 61. Une feuille de papier bleuté, filigrane J. WHATMAN, de dimension 24,5 X 22 cm. Elle porte, recto verso, des fragments rédigés d'un monologue de Richard.

Folio 62. Nouvelle note du vicomte de Lovenjoul. « Richard Cœur-a" Éponge. I. Personnages et distribution pour le Théâtre Historique. Notes pour les costumes (Une page). Écrit en 1847 ou 1848. Le nom de l'artiste devant incarner le personnage de Christophe, que Balzac indique comme destiné à « le petit », est incomplètement écrit. Il faut y ajouter « Colbrun. »

Et le vicomte avait ajouté cette mention, qu'il a rayée :

« IL Monologue de Richard. (Une page.) Écrit beaucoup plus anciennement. »

[Il s'agissait de la page classée plus haut, folio 61.]

Folio 63. Feuille de papier bleuté, non filigrane, de dimensions 25 X 22 cm. Elle porte, en plus de la liste des personnages, de la distribution et des notes pour les costumes, signalées par le vicomte, un scénario du premier acte.

Pour établir et annoter ces textes nous avons suivi les mêmes principes que pour l'établissement du texte de Paméla Giraud. (Cf. plus haut, la note 1 de la p. 281.)

Il était nécessaire, croyons-nous, de donner toutes ces précisions. Car elles permettent, d'une part, d'éviter une longue discussion, de l'autre de voir que le vicomte de Lovenjoul ne disposait, en dehors des textes eux-mêmes, d'aucun document sûr. Il a tenté de classer et de dater ces textes, mais sans parvenir à une solution satisfaisante : les hésitations dont témoignent ses notes le prouvent. Il n'y a donc aucune raison de considérer, comme l'a fait Milatchitch, ses propositions comme des vérités établies. Le problème du classement et de la datation de ces fragments reste, en grande partie, posé. Pour tenter de le résoudre nous utiliserons, outre les textes eux-mêmes, souvent révélateurs, les enseignements que nous donnent la correspondance

de Balzac et quelques allusions relevées dans la presse. Alin de ne pas nous engager dans de longues discussions, nous nous contenterons d'étudier successivement les diiïérentes versions dans l'ordre que nous proposons. 11 suffira au lecteur de se reporter à la description du dossier pour confronter nos positions à celles du vicomte de Lovenjoul.

La version de 1835. La première fois que nous rencontrons le titre Richard Cœur-d' Éponge sous la plume de Balzac, c'est dans une lettre à sa sœur du 19 octobre 1835. « J'achève aussi Richard Cœur-d' Éponge qui me tire, à lui seul, d'aiïaire. » (Corr., II, p. 734.) On sait à quel point Balzac, dans le domaine de la création littéraire, anticipe sur la réalité. Toutefois l'emploi ici du verbe achève nous conduit à penser qu'il avait effectivement commencé alors à écrire la pièce. Il existe en effet une ébauche que l'on peut sans hésitation dater de 1835. La distribution prévue par Balzac (cf. plus haut, p. 406) ne laisse aucun doute. Non seulement tous les acteurs qui y figurent appartenaient bien à la troupe du Gymnase en 1835, mais encore une telle composition de la troupe ne se retrouve plus aux autres dates où Balzac pense à Richard. (Nous abrégerons désormais ainsi le titre, sauf, bien entendu, dans les citations.)

Cette version se compose essentiellement d'une longue scène entre Adrien de Vaudrey et Adeline, et de quelques essais pour un monologue de Bichard. (Cf. note 92 de la p. 415.) Il est évidemment difficile de se faire une idée précise de ce qu'aurait été la pièce de Balzac à partir de ces quelques éléments. On sait que l'action se situe au commencement du Consulat, et qu'Adrien de Vaudrey s'est épris d'Adeline, la fille de l'ébéniste Bichard, surnommé Gœur-d'Éponge à cause de son ivrognerie. Le jeune homme s'est déguisé en ouvrier afin de pouvoir courtiser la jeune fille, et il a entrepris son éducation pour qu'elle puisse devenir sa femme. Il est également tenté de l'enlever, mais hésite de crainte des réactions violentes du père. Il est vraisemblable qu'il se décidait finalement pour cette solution, si l'on en juge par le monologue de Bichard (pp. 415-416). Quel dénouement Balzac aurait-il donné à cette aventure ? Bien ne permet de le savoir. Le bilan de ce que l'on sait est, on le voit, plutôt réduit. Il permet néanmoins de risquer quelques hypothèses sur la genèse de ce projet.

On peut noter d'abord que le projet de cette pièce, destinée au Gymnase et où Bouffé jouerait un rôle de père, apparaît dans la vie de Balzac l'année où le même Bouffé a créé, avec un grand succès, le rôle du père Grandet dans une pièce de Bayard et Duport, la Fille de l'avare, tirée du roman de Balzac. On sait que Balzac invité par Delestre-Poirson, directeur du Gymnase, assista à la première de cette pièce le 7 janvier 1835. Quelques mois plus tard, en avril 1835, deux pièces tirées du Père Goriot furent créées simultanément à Paris. (Cf. t. 23, Chronologie.) Il nous parait vraisemblable que c'est à ce moment que Balzac — dont le désir est toujours de faire du théâtre — eut l'idée d'écrire une pièce sur ce thème de la paternité qui semblait si bien réussir au théâtre. Quoi qu'il en soit, il nous paraît bien évident que Bichard procède assez directement du père Grandet. Il nous faut ici encore tenir compte de ce procédé balzacien qui consiste à créer des personnages nouveaux, en renversant les données du personnage initial. Grandet et Bichard ont le même âge. L'un est né en 1750 et l'autre a cinquante ans au commencement du Consulat. Ils ont connu tous deux la période troublée de la Révolution. L'un est devenu maire de Saumur sous le Consulat avant d'être destitué par l'Empire qui le jugea trop rouge. L'autre fut — et on le saura avec plus de précision par les versions de 1838-1839 et de 1840 — un jacobin

enragé et participa aux massacres des 5 et 6 septembre. Mais l'un sut toujours faire passer ses intérêts avant ses convictions, l'autre oublie ses intérêts pour servir ses convictions. L'un, malgré l'amour qu'il porte à sa fille, « le seul être qui lui fut réellement de quelque chose », la tyrannise à cause de son vice ; l'autre, qui aime autant, sinon plus, sa fille, la fait souffrir à cause de son vice. Mais, et c'est là que Balzac retourne la donnée, il en subit la domination, alors qu'Eugénie est dominée par son père. Par cet aspect Richard est plus près du père Goriot que du père Grandet. Mais ne serait-ce pas parce que Goriot procède, de la même manière, de Grandet ? N'est-il pas lui aussi né en 1750, n'a-t-il pas été mêlé à la Révolution où il eut l'habileté de devenir président de sa section et de faire sa fortune, comme Grandet ? Les cheminements de la création balzacienne sont curieux et complexes. Il nous semble qu'il n'est pas impossible que ce soit de ce rapprochement Richard-Goriot que procède, lors de la version 1840, cet autre père qui apparaît dans la pièce, M. Duval, fournisseur aux armées, comme Goriot, et qui fait sa fortune en achetant des biens nationaux, comme Grandet. Il serait tentant de postuler derrière ces trois personnages de Balzac un modèle vivant commun. Mais Richard présente une particularité : son ivrognerie. Balzac aborde là la peinture d'un vice qu'il a négligé par ailleurs dans la Comédie humaine. D'où a pu lui venir cette idée ? La comparaison Grandet-Richard permet de risquer une hypothèse. Le père Grandet, on le sait, était tonnelier. Richard, lui aussi, travaille le bois. Mais Grandet, enrichi, devient vigneron. « Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées, tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans les vignes. » (FC, t. 5, p. 209.) On serait tenté d'ajouter, et Balzac dont on connaît le goût pour les « mots » n'a-t-il pas connu cette tentation, du Seigneur ? L'expression est dans la pièce (cf. p. 418). Et peut-être eût-il fait de Grandet un amateur de vin si ce vice n'avait pas été en opposition avec son avarice. Toujours est-il qu'il le dote d'un « nez, gros par le bout, supportant une loupe veinée ». Ce qui suggère bien ce nez que la tradition populaire prête aux ivrognes. Richard ne devrait-il pas son vice à Grandet, comme il lui doit sans doute le caractère possessif, égoïste, de son amour pour sa fille ? Les sources ici, on le voit, sont essentiellement balzaciennes.

Balzac, pourtant, nous en indique une autre. Adrien ne dit-il pas : « Me voici garçon ébéniste, à deux pas de l'endroit où le duc de Richelieu s'est fait garçon tapissier. » (Cf. p. 414.) Indication qui sera reprise dans la version de 1840 où Firmin dit : « Voilà monsieur Anatole qui a des maîtresses, qui joue dans le faubourg Saint-Antoine une comédie comme feu Monseigneur le Maréchal de Richelieu ». (Cf. p. 424.) Balzac aurait-il mis en scène un épisode des Mémoires de Richelieu ? On peut le penser, mais nous n'avons trouvé dans ces Mémoires aucun passage qui corresponde à la situation dans laquelle Balzac place son personnage. On voit bien un moment le duc de Richelieu fréquenter un tapissier du faubourg Saint-Antoine, gagner par une comédie sa confiance et son amitié à seule fin de séduire sa femme. Mais il ne s'est pas fait apprenti. Balzac se fonde peut-être, ici, sur une version que nous n'avons pas retrouvée, à moins qu'il n'ait gardé de l'épisode un souvenir inexact.

La version de 1838-1839. En 1835 Balzac abandonne son projet. Mais trois ans plus tard, le 18 septembre 1838, lorsqu'il renonce à la Gina (cf. t. 21, p. 619) il écrit à Mme Hanska : « Comme il s'agit de gagner de l'argent, je vais revenir à une ancienne pièce, conçue depuis longtemps, et qui s'appelle Richard Cœur-d' Éponge. » (LH, I, p. 615.) Et le 12 février 1839, la pièce

RICHARD CŒUR-d'ÉPONGE. 743

ligure, avec la Gina et l'École du ménages, sur le programme de travail que Balzac se li\e pour ce mois. (/,//, 1, p. 636.) Enfin, le 11 mars 1839, Théophile Gautier, qui est souvent bien informé, sans don le par Balzac lui-même, écrit dans la Presse, à propos de l'École <!<■* ménage$ : M. de Balzac, que l'éditeur Souverain appelle dans ses réclamée, le plu* fécond de nos romanciers, sera bientôt le plus fécond de nos vaudevillistes, car il a aussi fait pour BoulTé une pièce en trois actes intitulée Richard Cœur-d' 'Éponge. • 11 est donc permis de penser que Balzac travailla une seconde fois à ce drame entre septembre 1838 et mars 1839.

Il reprend alors son texte de 1835. Sans doute s'est-il rendu compte qu'il n'est guère adroit de commencer une pièce par une longue, trop longue, scène entre deux amoureux, et qu'il lui faut animer quelque peu ce début. Il dresse un scénario de l'acte I dans lequel le texte de 1835 éclate ainsi en deux parties, scène 2 et scènes 5 et 6. Et il choisit d'ouvrir sa pièce par une scène plus vivante, plus pittoresque, le réveil des deux ivrognes dans l'atelier de Richard. Il rédige alors des fragments que nous publions dans l'ordre où ils nous paraissent avoir été écrits. Qu'on y regarde de près et l'on se rendra compte qu'il suffit de mettre ces fragments à la place que leur attribue le scénario de l'acte I, de compléter par le texte de 1835, pour obtenir une version pratiquement continue des scènes 1 à 6 de l'acte I. En 1838-1839, le projet de Balzac n'a pas varié.

Que nous apprennent ces fragments supplémentaires ? On y voit apparaître le personnage de Lemoine, cet ami à qui Richard veut marier sa fille ; on y voit aussi quels sont les rapports du père et de la fille. Le scénario enfin nous donne quelque précision sur le rôle d'un personnage qui figurait sur la liste de 1835, mais n'intervenait pas dans les passages rédigés, Bonibault, l'ouvrier de Richard : son rôle ressemble fort à celui que jouera Joseph Binet dans Paméla Giraud. Notons aussi quelques changements de noms. Adrien de Vaudrey est devenu Jules. Est-ce parce que Balzac pense déjà ou a déjà repris le nom de Vaudrey pour un personnage de Vautrin ? Et le prénom de Jules qui apparaît ici ne sera-t-il pas celui du jeune séducteur de Paméla Giraud, comme il est ici celui du séducteur de Marguerite ? Car Adeline a pris aussi un nouveau nom : le souvenir de l'héroïne de Goethe, séduite et malheureuse, n'est peut-être pas étranger à ce nouveau baptême.

Il est curieux aussi de remarquer qu'à un moment où Balzac est fort intéressé par le personnage de Robert Macaire, il écrit, pour ouvrir son drame, des scènes qui rappellent assez nettement les scènes initiales de la pièce de Frederick Lemaître. On y voit en effet Robert Macaire en proie à une sorte de cauchemar : « Mort — bien mort ! très mort. L'horloge est détraquée... etc. » On pense au cauchemar de Richard, d'autant plus que l'on apprend, quelques scènes plus loin, que Macaire était ivre : « Quatre bouteilles de Champagne dont trois vides, étaient cachées sous sa paillasse. C'est ça qui a causé son cauchemar, c'est sûr » (acte I, scène 7.) Et la scène entre Charles Macaire et son père Robert Macaire évoque aussi quelque peu la scène entre Marguerite et Richard. On y entend Robert Macaire s'écrier : « Charles, tu détournes la tête, tu méprises ton père », comme on voit Richard regretter d'être cause de l'humiliation de sa fille. Et Macaire, comme Richard, affirme à son fils : « Tu fais de moi tout ce que tu veux.

On peut enfin noter, dans cette version élargie, des souvenirs de Beaumarchais. Richard, qui veut marier sa fille à Lemoine, son ami, et se heurte aux manœuvres de Jules, n'est pas sans parenté avec le baron Ilartley, le père d'Eugénie, dans la pièce de Beaumarchais qui porte ce titre. On sait qu'en 1838-1839 Balzac relut Beaumarchais et s'en inspira pour l'école des

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ménages, Vautrin et Paméla Giraud. On verra que Richard Cœur-d' Éponge, dans la version de 1840, doit beaucoup à Eugénie. La lecture de la pièce de Beaumarchais, et de l'Essai sur le genre dramatique sérieux, qui lui sert de préface, ne manque pas d'intérêt. Le baron Hartley, explique Beaumarchais, est « bon père, mais homme violent ». Il a projeté de marier sa fille à l'un de ses amis, le capitaine Cowerly. Mais sa fdle épouse en secret, ou plutôt croit épouser, le comte de Clarendon. Beaumarchais ajoute : « Aussitôt qu'il saura qu'Eugénie est la femme du comte de Clarendon, aussitôt que son amour pour elle l'aura porté à lui pardonner son mariage, à le ratifier même, il apprendra que tout n'est qu'une horrible fausseté : furieux il voudra se venger. » Et le personnage passe ainsi, dit encore Beaumarchais, « de la colère à la douleur, de la douleur au désespoir ». (Beaumarchais : Théâtre complet, éd. Pléiade, p. 18.) Il est bien tentant de penser que Balzac eût fait suivre à Bichard une évolution du même ordre.

La version de 1840. Dans les deux premières étapes (1835 et 1838-1839) il s'agit toujours, et c'est ce qui permet d'identifier et de dater ces deux versions sans grand risque d'erreur, d'une pièce en 3 actes, destinée au Gymnase et à Bouffé. En avril 1840 le projet subit une importante mutation. On sait qu'au lendemain de l'interdiction de Vautrin, Balzac, après bien des transactions, obtint de Bémusat l'autorisation de monter une pièce avec les acteurs de la Porte Saint-Martin. (Corr., IV, pp. 99-100, 25 avril 1840.) Il pensa aussitôt à Richard Cœur-d' Éponge. Le destin de la Porte Saint- Martin, que la faillite de Harel avait fermée, passionnait alors les critiques de théâtre. L'autorisation accordée à Balzac fit quelque bruit. Dès le 27 avril, Théophile Gautier annonçait, en post-scriptum de son feuilleton dramatique de la Presse : « Nous apprenons que M. de Balzac vient d'être nommé directeur de la Porte Saint-Martin, mais seulement pour trois mois. Il espère en réunissant la troupe actuelle de Frederick, pouvoir passer l'été et ramener la foule à ce théâtre si malheureux et si utile. M. de Balzac a en portefeuille deux pièces en cinq actes l'École des ménages et Richard Cœur-d' Éponge. Le théâtre rouvrira par une représentation au bénéfice de Frederick. » Balzac mit immédiatement les choses au point et dès le 29 avril, la Presse publiait sa lettre. Il terminait ainsi : « Je regrette la publicité donnée par avance à mon drame Richard Cœur-d' Éponge. Sans être découragé de l'importance que sa première représentation acquiert, elle sera donnée, s'il y a lieu au bénéfice de M. Frederick Lemaître, de qui cette fois je cherche à faire ressortir le talent encore mieux que dans le rôle de Vautrin, et la sympathie du public pour l'acteur aidera peut-être à un succès. » (Corr., IV, pp. 101-102 et notes.) De même la préface de Vautrin, datée du 1er mai, se termine par l'affirmation que «la véritable et la meilleure préface de Vautrin sera donc le drame de Richard Cœurd' Éponge, que l'administration permet de représenter ». (Cf. plus haut, p. 132.) Mais dix jours plus tard ce projet était à nouveau abandonné. Le 10 mai 1840 Balzac expliquait à Mme Hanska : « Frederick Lemaître a repoussé mon drame de Richard Cœur-d' Éponge en disant que la paternité était un sentiment égoïste qui avait peu de chances pour un succès auprès des masses, il n'a pas été d'ailleurs content du dénouement, et comme il faut ne lui donner à jouer que ce qu'il aime à jouer, il a bien été de nécessité de chercher une autre pièce. » (LH, I, p. 675.) Ainsi Balzac travailla à son drame, une nouvelle fois, un peu moins de deux semaines, en 1840. Mais il s'agit, cette fois, d'une pièce en cinq actes, avec Frederick Lemaître dans le rôle de Bichard.

On admet généralement que Balzac rédigea alors un manuscrit complet de sa pièce et que ce manuscrit serait perdu. Il nous faut faire ici le point sur

cette question. Milatchiteh s'appuie pour l'affirmer sur deux élément! : un témoignage d'Henri Lecomte et quelques lettres de Ffllzflf ;i -M'"8 Hanska. (Cf. le Théâtre de Balzac, pp. 119-121.) Or deux des lctlres citées se rapportent à Mercadet (si elles se rapportaient ;i Kichard elles contrediraient le témoignage de Lecomte) et la troisième s'explique, nous le verrons plus loin ( p. 746), très facilement. Quant au témoignage d'Henri Lecomte, s'il n'est pas entièrement fantaisiste, il se rapporte beaucoup plus vraisemblablement à Mrrcadet. Nous pensons que Balzac n'écrivit alors qu'un acte de Richard Caeurd' Éponge. S'il en soumit le scénario complet, et en particulier le dénouement, à Frederick Lemaître, ce fut, selon son habitude, oralement, Balzac n'était pas homme à réaliser intégralement une œuvre dont le placement n'était pas assuré. Et il n'aurait guère eu le temps de rédiger un manuscrit complet de son œuvre. Du 28 avril au 10 mai le délai est fort court, d'autant plus qu'à cette dernière date il a non seulement abandonné l'idée de faire jouer Richard, mais encore déjà trouvé sa nouvelle pièce. Et non sans difficulté, semble-t-il. « Elle est enfin trouvée, et je vous écris au milieu des travaux que nécessite Mercadet. » (LH, I, p. 675.) Ce qui réduit de façon sensible le temps qu'il put alors consacrer à Richard. Nous avons d'ailleurs sur ce point des éléments concordants. Balzac lui-même écrit le 3 juillet 1840 à Mme Hanska, lettre que nous avons déjà eu l'occasion de citer, qu'il a fait inutilement seize actes de pièces de théâtre, et il cite Paméla Giraud, Vautrin et Mercadet. Faisons le compte. Paméla Giraud, en dépit de son prologue, ne fait que cinq actes, Vautrin en compte cinq aussi, et le Mercadet de 1840, de l'aveu même de Balzac, cinq également. (LH, I, p. 679.) Un seizième acte, à cette époque, ne peut être qu'un acte de Richard Cœur-d' Éponge. Or cet acte nous le possédons. Il figure dans le dossier de la pièce. Enfin, nous avons le témoignage de Dutacq fils. C'est par lui que le vicomte de Lovenjoul entra en possession de certains fragments de cette pièce. Et en envoyant ces documents au vicomte, Dutacq fils écrivit : « Quant au manuscrit relié mes recherches ont été vaines. Je puis vous certifier que c'était un manuscrit de la même œuvre, mais toujours incomplet. Je suis presque certain qu'il n'y avait qu'un seul acte. » (A 208, fol. B.) Ce manuscrit est-il encore quelque part ? On peut le rêver. Nous penchons plutôt à croire que le vicomte réussit à se le procurer et que c'est l'une des deux versions que nous connaissons du texte de 1840. Nous avons l'intime conviction que le dossier de la pièce, tel que nous le connaissons, est complet.

Ces textes que nous situons en 1840 sont ceux que le vicomte considérait comme les plus anciens et que Milatchiteh a publiés en les datant de vers 1830. Il nous faut donc ici justifier rapidement notre point de vue. Notre argument essentiel réside dans cette mutation que subit le projet entre 1839 et 1840. Le passage de 3 actes à 5 actes suppose un élargissement du sujet. Or le texte de 1840 est un premier acte qui peut, sans grand travail d'adaptation pour l'auteur, sans grand effort d'imagination pour le lecteur, se situer avant le texte de 1835, complété en 1838-1839, qui deviendrait alors le deuxième acte. Un tel développement est logique. Le mouvement de régression qu'il faudrait imaginer pour passer de ce texte considéré comme le plus ancien, au texte de 1835, nous paraît en revanche inadmissible. Et bien des détails viennent confirmer cette prise de position. Dans l'évolution des noms des personnages d'abord. En 1835 le valet du séducteur de la fille de Kichard s'appelle Justin, en 1838-1839 il se nomme Firmin et l'on retrouve ce nom dans la version de 1840. L'ami de Kichard se nomme Lemoine jusqu'en 1839. Le nom devait sans doute paraître à Balzac l'occasion de quelques bons mots. En 1840, juste avant qu'il n'écrive Mercadet, il se nomme Godeau,

nom qui passe alors dans la nouvelle pièce où il désigne aussi l'ami du personnage principal. (Il est permis de se demander si ce nom n'a pas été choisi, comme le premier déjà, parce qu'il convient bien ironiquement au compagnon d'un ivrogne. Nous aurions eu droit sans doute à quelque mot sur la « bonne eau ».) Le séducteur a, lui aussi, changé à nouveau de nom. Le Jules de 1838- 1839 est devenu Anatole. Entre-temps Balzac a écrit Paméla Giraud et utilisé le nom de Jules. En revanche l'héroïne hérite ici du prénom correspondant : Julie. Enfin l'ouvrier Bonibault est devenu Braulard, qui est aussi le nom du chef de la claque dans Illusions perdues. Tous ces changements s'expliquent dans le contexte de la création littéraire chez Balzac en 1840. Dans le même contexte il n'est pas étonnant de voir se préciser dans le texte de 1840, des souvenirs de Beaumarchais. Le thème du mariage en détrempe, déjà implicite dans la version de 1835, apparaît dans Paméla Giraud et se développe ici. On y reconnaît sans peine le thème d'Eugénie, la première pièce de Beaumarchais. Anatole Duval est, comme le comte de Clarendon, un séducteur prêt à tout pour obtenir la femme qu'il désire. On sait que le héros de Beaumarchais n'a pas hésité à simuler la cérémonie religieuse du mariage pour tromper Eugénie. Anatole va jouer une comédie analogue pour séduire Julie. Mais, et c'est bien dans la manière de Balzac, qui aime à retourner les situations qu'il emprunte, il semble bien que chez lui, c'est le séducteur qui eût été trompé. Firmin, par vengeance, avec la complicité des jeunes aristocrates, amis du jeune parvenu Duval, mais jaloux de ses succès, fera célébrer un mariage authentique alors que le jeune homme croit qu'il s'agit d'une comédie. Le premier acte que Balzac écrit en 1840 expose les données de cette situation. Dans le second nous serions vraisemblablement retournés dans l'atelier de Bichard, au petit matin, nous y aurions vu le père ivre avec Godeau, et Julie descendre pour recevoir son amoureux, nous aurions assisté à une scène entre les deux amoureux. Sans doute Anatole eût-il réussi à persuader la jeune fille de le suivre pour ce mariage... Mais là nous entrons dans le domaine des hypothèses. Il nous semble cependant que, contrairement à ce qu'on a affirmé, il y a, dans ces essais apparemment disparates sur Richard Cœur-d' Éponge, une cohérence, une continuité qui va bien au-delà de la permanence, déjà remarquable chez Balzac, du titre de sa pièce.

La version de 1848. Ce projet, délaissé par la force des choses, tient cependant à cœur à Balzac. Il eut plusieurs fois encore la velléité de le reprendre. Le 8 août 1842, après les Ressources de Quinola, il écrit à Mme Hanska : « Je vais me distraire en faisant le drame de Richard Cœur-d' Éponge pour Frederick. » (LH, II, p. 103.) Le 24 avril 1843 encore, alors qu'il part pour Saint- Pétersbourg : « Si je fais quelque chose, ce sera Richard Cœur-d' Éponge et cela n'exige aucun embarras ! » (LH, II, p. 200.) En décembre 1845, il envisage à nouveau, et plus sérieusement, semble-t-il, de faire la pièce pour le théâtre des Variétés, avec Théophile Gautier pour « gâcheur ». Malgré une rencontre chez Delphine de Girardin, avec Gautier et Nestor Roqueplan, directeur des Variétés, le projet tourna court. (Cf. LH, III, pp. 92, 115, 130, Corr., V, p. 68, et notre article dans l'Année balzacienne 1968, pp. 337- 368.) Notons en passant qu'à aucun de ces moments Balzac ne parle d'un manuscrit à récupérer et qu'il s'agit toujours nettement d'une pièce à faire. Ce qui confirme notre opinion qu'en 1840 la pièce n'alla pas plus loin que ce que nous en connaissons aujourd'hui.

Il est enfin à nouveau question de Richard Cœur-d' Eponge plusieurs fois dans les lettres à Mme Hanska au cours de l'année 1848. Les projets de pièces

de Balzac soni alors si nombreux «i évolueni si rapidement qu'il n'esl j)as toujours facile d'y voir clair. La première mention appareil le 2 juin 1848, à la veille du départ de Balzac pour Sache, ou il compte faire les plècef qui lui permettront de confirmer le succès de la Marâtre. 11 confie alors à Mme Hanska : « Enfin je vais revenir de Sache avec les Petite Bourgeois et Richard Cœur-d' Éponge et en montant les Petits Bourgeois, J'achèverai Pierre et Catherine et la Folle épreuve. » Mais à Sache il ne parle cpie des Petits Bourgeois qu'il ne réussit pus à écrire. Le 1 1 juillet, à son retour, il parle à nouveau du projet de Richard et le 20 juillet il précise : « Je vais passer la journée à rechercher Richard Cœur-d' Éponge et je- ferai à la fois cette pièce, une pour le Théâtre historique, intitulée le Vagabond et les Petits Bourgeois. <• C'est cette lettre qui sert à Milatchitch pour étayer son histoire du manuscrit de 1840. Il nous semble qu'elle signifie simplement que Balzac, qui, le 15 avril 1847, a déménagé de la rue Basse pour s'installer rue Fortunée, et n'a pas depuis habité bien souvent son nouvel appartement, doit rechercher, dans ses papiers, les ébauches de sa pièce. Et c'est sans doute parce qu'une première recherche hâtive, au moment de prendre le train pour Tours où l'attendait M. de Margonne, est restée infructueuse, qu'il n'a pas, à Sache, repris ce manuscrit. De retour à Paris, il retrouve ces ébauches et elles restent désormais sur sa table de travail. Le 2 août il écrit à Mme Hanska : « L'Odéon me donne 5 000 francs de prime pour avoir Richard Cœurd' Eponge [...] C'est la Marâtre qui me vaut cela, car on traite la Marâtre de chef-d'œuvre [...] D'ici cinq à six jours, Richard Cœur-d' Éponge sera fini [...] Je vais passer six nuits à terminer Richard. Bocage va rentrer dans le rôle principal : c'est une condition .sine qua non [...] Je crois à un immense succès si j'ai Bocage. » Le 4 août il écrit encore : « Allons adieu [...] Il faut faire un acte de Richard Cœur-d' Éponge. » Mais le 5 août il sait qu'il ne peut compter sur Bocage : « Perrette et le pot-au-lait sont à terre, Bocage ne veut pas rentrer au théâtre, car il tient à être Collot d'Herbois. Mais j'ai écrit au commissaire de l'Odéon que j'avais une autre combinaison qui est Henri Monnier. » Ces lettres permettent de situer avec précision un élément du dossier. Le folio 63 porte une liste de personnages et une distribution en tête de laquelle figure Bocage. Le scénario sommaire qui l'accompagne (cf. plus haut, p. 440) nous incite à croire que Balzac pense alors à reprendre sa version de 1840. Ce n'est en effet qu'en se reportant à ce texte que ces quelques notes prennent une signification. On remarquera que Balzac a introduit un nouveau personnage, le valet de Mayer, ce qui implique l'idée d'une première scène où les deux valets exposeraient la situation. En 1848 Balzac sait qu'il n'est pas adroit de commencer une pièce par un long monologue. A cette scène aurait succédé la « scène du vieux ». On est réduit ici aux conjectures, mais nous voyons assez bien le père, inquiet du retard de son fils, exposant les projets de mariage qu'il a pour lui. La suite nous parait s'appliquer facilement au déroulement de l'acte I, tel qu'il apparaît en 1S 10. Notons encore ici le nom de Pintard qui apparaît à la place de Godeau, utilisé ailleurs, et qui est aussi un nom bien choisi pour le compagnon d'un buveur. Le refus de Bocage modifie les projets de Balzac. Avec Henri Monnier il n'est pas question de risquer une pièce en cinq actes. Nous pensons que Balzac, dès qu'il sut le retrait de Bocage, le 4 ou le 5 août, a rapidement regardé s'il pouvait reprendre sa pièce pour Monnier et que c'est ce jour-là qu'il jeta sur une feuille de papier l'esquisse d'un autre scénario qui reprend les données de la version de 1839, c'est-à-dire de la pièce en trois actes. Ces notes sont conservées au folio 47 et nous les publions plus loin (cf. plus loin, la note 9 de la p. 440). La chose lui paraissant possible, il écrit en ce sens au

commissaire de l'Odéon. Le 6 août il dut recevoir la visite de ce personnage. Celui-ci ne fut séduit ni par un appel à Monnier ni par l'idée que lui proposa Balzac de racheter le congé de Frederick Lemaître. (Cf. la lettre à Mme Hanska du 7 août 1848.) Balzac, qui tient à sa pièce, la proposera donc au Théâtre Historique. Et le même jour, 6 août, il prend le feuillet sur lequel il a la veille esquissé la reprise du scénario de 1839 à l'intention d'Henri Monnier, scénario devenu inutile; il le plie en deux et dresse un inventaire de ses projets. Il est possible ici d'être précis et afhrmatif. Car le 6 août toujours, dans une lettre à Mme Hanska, Balzac écrit : « Voyez si je ne ferai pas fortune au théâtre ; voici le répertoire que j'ai projeté » et il dresse une liste de 17 projets qui sont exactement et dans l'ordre ceux qui figurent au verso du folio 47. Seul manque, dans la lettre, le dernier titre de la liste, Annunziata. Or il semble bien, à la différence d'encre, que ce titre fut ajouté un peu plus tard. Ainsi l'attitude de Bocage et le refus du commissaire de l'Odéon ne font pas renoncer Balzac à son projet : Richard Cœur-d' Éponge ira au Théâtre Historique au lieu d'aller à l'Odéon. La mention de ce théâtre figure sur la liste du folio 47 en face du titre de la pièce, et, le 6 août toujours, Balzac termine sa lettre à Mme Hanska : « Allons adieu pour aujourd'hui [...] J'ai [...] à écrire le 1er acte de Richard Cœur-d' Éponge. » En fait Balzac, à l'époque, ne réussit pas à travailler. Mais le dossier de Richard reste sur sa table, et comme il destine maintenant sa pièce au Théâtre Historique il en est revenu au scénario de 1840. Le 9 août, il parle encore de la représentation prochaine de la pièce et affirme que « d'ici à huit jours Richard sera terminé ». Mais le même jour il s'est entendu avec Lockroy pour substituer Mercadet aux Petits Bourgeois. Et dès lors Mercadet prend tout son temps. Il ne renonce cependant pas encore à Richard. Le 14 août il affirme qu'il arrivera « à coups de pièces ». Outre Mercadet, qui en est au quatrième acte, il va faire « Richard Cœur-d' Éponge, la Conspiration Prudhomme et Annunziata et quelque chose pour les Variétés ». C'est la dernière mention que nous connaissions de la pièce. Le Théâtre Historique, auquel Balzac la destinait, préfère un autre projet : le Roi des Mendiants. Mais cette mention nous permet de résoudre une des dernières énigmes que pose le dossier de Richard. Au folio 15, sur la page de titre de la version 1840, figurent quelques titres dont nous avons donné la liste dans la description du dossier. La concordance entre ces titres et ceux que mentionne la lettre du 14 août nous permet de penser que cette liste date de ce moment, et que c'est entre le 6 août et le jour où Balzac écrivit ces notes que fut ajouté au folio 47 le titre d' Annunziata. Sur le folio 15 Balzac note encore ce « mot » qu'il destinait peut-être à Mercadet : « Me voilà tiré à quatre créanciers. »

Nous voici au terme de cette étude d'un dossier particulièrement

complexe. Nous avons surtout cherché à en dater tous les éléments. Cela

nous paraît essentiel car ce dossier, par les nombreux autres titres qu'il

contient, est important pour l'ensemble de l'histoire du théâtre de Balzac.

Il n'est peut-être pas inutile de récapituler ici l'essentiel de nos propositions :

1835 : Balzac écrit les folios 32-34 à 44 et 61. (Cf. plus haut, pp. 406-416.)

1838-1839 : Il écrit le folio 49, puis les folios 53 et 54 (cf. la note 23 de la

p. 419), ensuite les folios 50 et 51, 56 à 59. (Cf. plus haut, pp. 417-421.)

De cette époque sont aussi les notes du folio 33. (Cf. la note 13 de la p. 407.)

1840 : Balzac écrit les folios 2 à 7 et 15 à 20. (Cf. plus haut, pp. 422-438.)

1848 : 2-5 août, folio 63 (cf. plus haut, pp. 439-440). 5-6 août, folio 47

(cf. plus loin, la note 9 de la p. 440) et la liste de titres. Entre le 6 et le 1 1

août, la liste de titres du folio 15.

Il importe maintenant de souligner quelque! caractère! de cette oeuvre qui, bien qu'ayant occupé l'esprit de Balzac pendanl près de treize armées, est restée étonnamment semblable à elle-même! se développanl certes, mais ne connaissant pas ces mutations profonde! qui marquent si souvent le! autres projets. Permanence dont témoigne en premier lieu la remarquable fidélité «le Balzac à son titre initial, dont il est temps de dire quelque! mois. Il est visiblement calqué sur le nom de Richard Coeur de faon, personnage essentiel d'Iuanhoe de Walter Scott, ce roman qui marqua si profondément Balzac dès 1820. Ce surnom parodique met évidemment l'accent sur le vice du personnage de Balzac. Mais il importe de ne pas négliger le mot coeur. Richard est à la fois père et ivrogne. Le drame naît, chez lui, du conflit entre son amour pour sa fille et son vice dégradant. La remarque est banale. Mai! elle nous permet peut-être de proposer une réponse à une question qu'il faut bien finir par se poser. Pourquoi Balzac n'a-t-il jamais réussi à terminer une pièce qui lui tenait tant à cœur et dont le projet apparaît si nettement arrêté ? Qu'on y réfléchisse. Quel dénouement est possible pour un tel conflit entre le vice et l'amour paternel ? Il n'y a guère que deux solutions possibles. Ou l'amour paternel l'emporte sur l'ivrognerie, ou l'ivrognerie l'emporte sur l'amour paternel. Or dans le premier cas seul, la pièce est possible. On peut imaginer, sans trop de peine à partir des données que nous possédons, le mouvement dramatique qui conduirait Richard à renoncer à l'alcool par amour pour sa fille et celle-ci préférant, en définitive, son père à un mari qui a cru la tromper pour la séduire. Et c'est à un dénouement de ce genre que Balzac devait penser en 1840, lorsque Frederick Lemaître repoussa la pièce parce qu'il y voyait un drame de la paternité. Il est plus difficile d'imaginer une action, se développant pendant cinq actes, même à partir des données complexes de la version de 1840, et se terminant sur l'abandon de Richard, incapable de renoncer à son vice, par sa fille. Or de ces deux dénouements, c'est le second, dramatiquement le plus difficile sinon impossible à mettre en scène sans accumuler les rebondissements artificiels de l'action, qui serait le plus conforme à la conception balzacienne de l'homme et de la passion. Ne serait-ce pas dans cette difficulté, inhérente au sujet tel qu'il est posé, que se trouve l'explication de l'histoire de cette pièce, qui, souvent reprise, ne parvint jamais à vivre ?

Il nous reste à expliquer pourquoi nous avons choisi de publier Richard Cœur-à" Éponge entre Paméla Giraud et les Ressources de Quinola dans une édition où nous avons voulu présenter les œuvres théâtrales de Balzac dans un ordre chronologique. Nous avons vite renoncé à la solution étroitement chronologique qui nous eût obligé à morceler ce dossier en quatre parties. Mais nous aurions pu, et c'était apparemment la solution logique, placer l'ensemble du dossier à la date où Balzac s'en est occupé pour la dernière fois, ce qui le plaçait entre les Petits Bourgeois et le Faiseur. Mais il nous a paru qu'en 1848, en dépit de l'intérêt que Balzac manifesta de nouveau pour cette œuvre, il n'y avait rien ajouté, et que le texte prenait toute sa signification en 1840, époque à laquelle il fut amené à l'état où nous le connaissons, et dans le contexte de laquelle il s'éclaire bien plus nettement. L'œuvre témoigne alors non seulement de l'intensité du désir de Balzac de réussir au théâtre, mais aussi de sa puissance créatrice, et de la double influence assez paradoxale, que l'on retrouve alors dans ses œuvres, de Robert Macaire et de Beaumarchais.

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2. Les textes qui composent cette version occupent les folios 31 à 44 et le folio 61 du dossier A 208. (Cf. ci-dessus, note 1 de la p. 405, la description de ce dossier.)

3. Balzac écrit ce nom de plusieurs façons : Richard-Cœur-d' éponge, Richard Cœur-d' Éponge, Richard-cœur-d' éponge, Richard Cœur d'Épongé. Nous avons retenu la forme la plus fréquente : Richard Cœur-d' Éponge.

4. Marie Bouffé, acteur français (1800-1888). Il débuta au Gymnase en 1831 dans la Pension bourgeoise et la Maison en loterie, deux pièces dont on trouve le souvenir dans l'œuvre de Balzac. Il fut jusqu'en 1845 le pilier de la troupe du Gymnase, un théâtre que Balzac dut fréquenter assez souvent. On a vu ci-dessus (note 1) que son interprétation du père Grandet dans la Fille de l'avare a pu jouer un rôle dans la genèse de Richard.

5. Louis-Basile de Vaucorbeil, dit Ferville, fut pendant quarante ans un des meilleurs acteurs du Gymnase. Il jouait les oncles d'Amérique, les vieux généraux, les pères nobles...

6. Eugénie Sauvage joua dans la troupe du Gymnase, de 1835 à 1837. Elle créa en particulier le rôle d'Indiana en février 1835, dans le drame de L. Havey et Francis.

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