SCÈNE CINQUIÈME
JOSEPH, VAUTRIN
Joseph.
Maudite fille !... nous étions perdus !
Vautrin.
Tu étais perdu ! mais puisque tu veux absolument rester dans le bon chemin, Jacques Collin ne te débauchera pas, tu ne saurais croire quel plaisir j'éprouve à voir un vieux coquin se faire un jeune honnête homme, toi tu es resté sur le seuil du bagne, tu n'as pas été dégradé par une horrible marque, tu n'es pas forcé d'être en guerre avec toute la société ! de te jouer d'elle ! après tout c'est la vie d'un indien entouré d'ennemis, ça fait vivre ceux qui après avoir abusé de tout n'ont plus que ces émotions là !... Quoi qu'il arrive ici tu as la parole de Jacques Collin, tu ne seras jamais compromis, mais tu m'obéiras en tout...
OCB. T. XXII. th. 2. 2
8 vautrin, i.
Joseph.
En tout... mais...
Vautein.
On connaît son code, s'il y a quelque rude besogne, j'aurai mes vieux camarades4. Es-tu depuis longtemps ici ?
Madame la duchesse m'a pris pour valet de chambre en allant à Gand, et j'ai leur confiance.
Vautrin.
Que sais-tu ?
Joseph.
Rien.
Vautrin.
La confiance des grands ne va jamais plus loin. Qu'as-tu découvert ?
Joseph.
Rien encore.
Vautrin, à part.
Il devient un peu trop honnête homme, aurait-il des scrupules ? Quand on peut faire jaser un homme pendant dix minutes on doit en tirer quelque chose. (Haut.) Où sommes-nous ici ?
Joseph.
Chez Madame la duchesse et voici sa chambre, l'appartement de Monsieur le duc est ici au-dessous, au rez-de-chaussée ; celui de leur fils unique, le marquis, est au-dessus et sa chambre à coucher donne sur la cour.
Vautrin.
Donne-moi les empreintes de toutes les serrures du cabinet de Monseigneur.