acte i, scène
Joseph.
Les voici !
Vautrin.
Toutes les fois que je voudrai venir ici tu trouveras une croix faite à la craie sur la petite porte du jardin. Tu iras l'examiner tous les jours. On est vertueux ici, les gonds de cette porte sont bien rouilles ; mais Louis XVIII ne peut pas être Louis XV... Adieu, mon garçon, je viendrai la nuit prochaine. (A part.) Il faut aller retrouver mes gens à l'hôtel de Christoval.
Joseph [, à part].
Cet homme est le diable.
Vautrin.
Le duc ne vit donc pas avec sa femme ?
Joseph.
Brouillés depuis vingt ans.
Vautrin.
Et pourquoi ?
Joseph.
Leur fils lui-même ne le sait pas !
Vautrin.
Et ton prédécesseur, pourquoi fut-il renvoyé ?
Joseph.
Je ne sais, je ne l'ai pas connu, ils n'ont monté leur~maison que depuis le second retour du roi, moi seul suis resté de l'ancienne5.
Vautrin.
Voici les avantages de la société nouvelle, il n'y a plus de liens entre les maîtres et les domestiques, plus d'attachement, par conséquent plus de trahisons possibles ! (A Joseph.) Se dit-on des mots piquants à table ?
10 vautrin, i.
Joseph.
Jamais rien devant les gens.
Vautrin.
Que pensez-vous d'eux à l'office entre vous ?
La duchesse est une sainte.
Vautrin.
Pauvre femme !... et le duc ?
Joseph.
Un égoïste.
Vautrin.
On ne m'a pas trompé. Un homme d'état. Il doit avoir des secrets. Nous verrons dans son jeu. Que dit-on du mariage du marquis de Montsorel avec Inès de Christoval ?
Joseph.
Pas un mot. La duchesse semble s'y intéresser fort peu.
Vautrin.
Et elle n'a qu'un fils !... ceci n'est pas naturel !
Joseph.
Entre nous, je crois qu'elle n'aime pas son fils.
Vautrin.
Et il a fallu t'arracher cette parole comme on tire le bouchon d'une bouteille de vin de Bordeaux !... il y a donc un secret dans cette maison ! une mère, une duchesse de Montsorel n'aime pas son fils !... son fils unique !... Quel est son confesseur ?