‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 7 sur 632 · acte i, scène · texte numérisé non relu

acte i, scène

Joseph.

Les voici !

Vautrin.

Toutes les fois que je voudrai venir ici tu trouveras une croix faite à la craie sur la petite porte du jardin. Tu iras l'examiner tous les jours. On est vertueux ici, les gonds de cette porte sont bien rouilles ; mais Louis XVIII ne peut pas être Louis XV... Adieu, mon garçon, je viendrai la nuit prochaine. (A part.) Il faut aller retrouver mes gens à l'hôtel de Christoval.

Joseph [, à part].

Cet homme est le diable.

Vautrin.

Le duc ne vit donc pas avec sa femme ?

Joseph.

Brouillés depuis vingt ans.

Vautrin.

Et pourquoi ?

Joseph.

Leur fils lui-même ne le sait pas !

Vautrin.

Et ton prédécesseur, pourquoi fut-il renvoyé ?

Joseph.

Je ne sais, je ne l'ai pas connu, ils n'ont monté leur~maison que depuis le second retour du roi, moi seul suis resté de l'ancienne5.

Vautrin.

Voici les avantages de la société nouvelle, il n'y a plus de liens entre les maîtres et les domestiques, plus d'attachement, par conséquent plus de trahisons possibles ! (A Joseph.) Se dit-on des mots piquants à table ?

10 vautrin, i.

Joseph.

Jamais rien devant les gens.

Vautrin.

Que pensez-vous d'eux à l'office entre vous ?

La duchesse est une sainte.

Vautrin.

Pauvre femme !... et le duc ?

Joseph.

Un égoïste.

Vautrin.

On ne m'a pas trompé. Un homme d'état. Il doit avoir des secrets. Nous verrons dans son jeu. Que dit-on du mariage du marquis de Montsorel avec Inès de Christoval ?

Joseph.

Pas un mot. La duchesse semble s'y intéresser fort peu.

Vautrin.

Et elle n'a qu'un fils !... ceci n'est pas naturel !

Joseph.

Entre nous, je crois qu'elle n'aime pas son fils.

Vautrin.

Et il a fallu t'arracher cette parole comme on tire le bouchon d'une bouteille de vin de Bordeaux !... il y a donc un secret dans cette maison ! une mère, une duchesse de Montsorel n'aime pas son fils !... son fils unique !... Quel est son confesseur ?

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