‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 10 sur 306 · SOC.— DU DIVORCE · texte numérisé non relu

SOC.— DU DIVORCE

milles et la perpétuité des empires. Montesquieu attribue à la religion chrétienne la tranquillité des Etats modernes; et l’histoire, plus instructive dans ses leçons que le philosophe dans sa science, nous montre Jes sociétés non chrétiennes décliner à mesure qu'elles s’éloignent de leur'origine, et tendre à leur décadence, même lorsqu'elles reculent leurs frontières ; et la société chrétienne en général, devenir d'âge en âge plus éclairée et plus forte, et même puiser dans les révolutions de nouvelles lumières et de nouvelles forces. — Ainsi la raison du pouvoir politique est dans le pouvoir divin, et ne peut se trouver

äilleurs. L'homme ne peut naturellement

rien sur l’homme, l’homme ne doit rien à l'homme; tout pouvoir constitué sur des lois naturelles où divines vient de Dieu, omnis potestas ex Deo (Rom. xx, 1), et ce passage n’a jamais été entendu autrement. -

Ainsi, le pouvoir politique est le moyen où le ministre du pouvoir divin, pour la conservation du genre humain, inséparablement liée à l'existence de la société; mini ster Dei in bonum (Rom. xim, 4), dit saint Paul : moyen aussi entre deux extrêmes, Dieu et Phomme; trouvant dans la loi de Dieu le fondement des lois secondaires qu’il publie pour régler les hommes, et obéissant à l’un pour commander aux autres, Car dès qu’on ne nie pas l’existence de la Divinité, il faut renoncer à raisonner, ou admettre cette série de conséquences.

Ainsi, dès que le pouvoir légitime vient de Dieu, l'autorité est justifiée et l’ obéissance ennoblie , et l’homme doit également craindre de commander et s’honorer d’obéir.

On voit la raison pour laquelle, chez les:

premiers peuples, le sacerdoce était uni à la royauté ; pourquoi, chez les Romains, un membre du collége des prêtres, chargé d’offrir le sacrifice national, portait le nom de roi ; et pourquoi enfin, chez les nations modernes, les princes chrétiens reçoivent, comme les rois hébreux, .une consécration particulière, et ont même été appelés Les évêques du dehors.

Le langage, expression de l’homme social, a commencé avec l’homme et s’est perfectionné avec la société. La différence des sexes est exprimée dans les substantifs; la distinction des personnes, dans les verbes ; l’espèce de société domestique ou publique, dans le nombre singulier on pluriel,je, tu, ou nous, réservés, l’un au langage de la fa-

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mille, l’autre à celui du pouvoir public; et la constitution même de la société formée d’un pouvoir, d’un sujet, d’un ministre, lien de l’un et de l’autre, se trouve à découvert dans la construction de la phrase formée d’un régissant, d’un régime, et d’un motlien, verbe ou copule, qui les unit l’un à l’autre ; rapports d'autant plus remarquables, que l’ordre de ces trois parties de tout discours humain, appelé syntaxe, est naturel ou analogue dans les sociétés naturellement constituées, et inverti ou éranspositif dans les sociétés qui ne le sont pas. Je m’arrête : cette théorie du discours, considérée comme expression de l’homme social, me conduirait trop loin; j'en réserve pour d’autres temps les développements, qui tiennent aux vérités sociales et même littéraires les plus importantes.

Les principes que nous venons d'exposer conduisent à deux conséquences pratiques dont l’utilité n’échappera pas au 'ecteur.

1° L'une que, dans son état social, l’être intelligent n’agit que médiatement et par des moyens, ministres, milieux, médiateurs, intermédiaires ; car toutes ces expressions sont synonymes. Cette proposition (1), sérieusement méditée et développée dans tous les rapports qu’elle présente, pourrait apprendre à quelques philosophes que le procès de la philosophie moderne contre la religion, qu’ils croient jugé sans appel, et perdu pour les Chrétiens sans retour, est à peine commencé, et qu’il n’a, pour ainsi dire, été question encore entre les parties, que de la compétence, parce que les uns voulaient porter l’affaire au tribunal de la raison, et que les autres en appelaient au tribunal de la foi. Il reste encore de bien hautes considérations à faire valoir en faveur de la religion; « car, » dit très-bien Charles Bonnet, « toutes les vérités morales sont enveloppées les unes dans les autres, et la méditation parvient, tôt ou tard, à les en extraire. »

Mais le moment n’est peut-être pas encore venu d'exposer, dans toute leur majesté, ces grandes vérités : on ne peut tout au plus que les indiquer aux esprits attentifs. Il est deux époques, dans l’âge d’une nation, où il faut craindre de fatiguer sa faiblesse par des instructions trop sérieuses et trop prolongées : l’une, lorsqu’on berce son enfance avec des contes de fées; l’autre, lorsqu'on

endort sa caducité avec des écrits licencieux et des systèmes absurdes, qui retardent les progrès de la raison de l’homme, de tout ce dont elles hâtent le développement de ses passions.

2° L'autre conclusion que l’on doit tirer des principes que nous avons exposés, est que la famille étant l'élément de l'Etat, et l'Etat le développement de la famille, et ces deux saciétés étant semblables dans leur constitution, tout changement sera réciproque entre elles ; et tout déplacement de personnes dans l’une entraînera un déplacement de personnes dans l’autre.

Ainsi Ja polygamie, qui est le despotisme domestique; fortifie et entretient, partout où elle est pratiquée, le despotisme politique, comme en Turquie, à la Chine, en Perse, etc. En Pologne, lorsqu’à l'extinction de la race des Jagellons, le pouvoir politique, envahi par une aristocratie puissante, déchut de sa constitution primitive, et reçut cette forme turbulente qui a prolongé sa faiblesse et causé sa ruine, le mariage cessa d’être respecté autant qu'il l’est dans les autres Etats catholiques, et c’est uniquement ce qui a fait croire à quelques-uns, et dire à quelques autres, que le divorce était permis en Pologne.

Après avoir exposé les principes constitutifs de la société domestique et de la société publique, nous avons acquis assez de données pour traiter la question du mariege, qui, chez des peuples civilisés, est un acte à la fois domestique et public.

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