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DE LA SOCIÉTÉ PUBLIQUE

Les hommes se multiplient et les familles se rapprochent. Des besoins communs les rassemblent, mais plus souvent des passions égales les désunissent. Les femmes, les enfants, les troupeaux, les territoires, la chasse,’ la pêche, tout devient sujet de querelle entre les familles ; dans toute société, et même à tout âge de la société, on voit des guerres privées aussitôt qu’on aperçoit des familles rapprochées; et des voisins qui plaident aujourd’hui, auraient pris les ar mes il y a quelques siècles.

L'état domestique est nécessaire pour reproduire et conserver l’homme ; il se forme un état public ou gouvernement politique, pour multiplier et conserver les familles.

J'aperçois, en effet, dans tous lés temps et chez tous les peuples, un homme qui parle et qui ordonne, et des hommes qui écoutent et qui obéissent, c’est-à-dire des hommes en état actif et des hommes en état passif:

j'aperçois d’autres hommes (magistrats ou guerriers), moyen entre les deux extrêmes, placés à égale distance du pouvoir et des sujets, recevant les ordres qu'ils transmet-. tent, et obéissant pour commander.

Non-seulement j'aperçois cet ordre dans l’univers, mais la raison me dit que cet ordre est naturel, qu’il ne peut pas exister autrement pour la conservation des familles; qu’il faut une volonté générale pour donner à toutes les volontés une direction commune, et une action générale pour empêcher le choc des actions particulières ; et s’il est prouvé que cet ordre est nécessaire, je m'inquiète peu si dans son principe il est volontaire ou forcé (2), et je ne vois pas de | contrat là où je vois une nécessité.

J'aperçois donc un pouvoir humain, des ministres, des sujets, qui ne sont pas des pères, des mères, des enfants, considérés sous le rapport physique ; mais qui, ayant pour fin de leurs relations la multiplication

quele moyen intérieur ou extérieur de conservation de la société. A cette distinction dés personnes sociales correspond celle des vertus cardinales. La prudence appartient au chef, la force au ministre, la toinpérance ou la modestie au sujet, la justice à tous; car elle conserve tous les rapports.

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des familles et ieur conservation, présentent une fn semblable à celle de la familie, qui a pour objet la reproduction et la conservation de l'homme, et ont ainsi une fin générale ou publique, comme la famille en a une particulière et domestique.

De cette similitude dans les moyens et dans la fin naît une similitude dans les appellations. Le pouvoir, dans toute société religieuse et politique, est appelé paternité, et les sujets sont appelés des enfants; et c’est ce qui fait dire à l’auteur du discours préliminaire : « Les magistrats sont des pères partout où les pères sont des magistrais. »

Dans la société domestique ou la famille, le pouvoir est homme, il est un; et dans la société publique ou générale appelée Etat, le pouvoir doit être homme, et il est tou-

| jours un, malgré des apparences contraires;

car un homme seul propose la loi que tous acceptent ; souvent même un seul décide quand plusieurs délibèrent. Dans toute assembilée législative, un vide le partage ; et Ja seule différence à cet égard, entre la démocratie la plus illimitée et la royauté. héréditaire, est que l’unité est fixe dans celteci 104 perpétuellement mobile dans celle- là. “Dans la famille, société d'individus, le pouvoir, le ministère, le sujet, sont dans l'individu ; dans l'Etat, société de familles, le pouvoir, le ministère, le sujet, sont souvent dans la famille. Les familles du ministère publie sont appelées notables ou nobles. Quelquefois le pouvoir seul est dans la famille, comme en Turquie; quelquefois le ministère seul, come en Pologne; ici, le pouvoir et le ministère sont dans les mêmes familles, appelées patriciennes, comme dans les aristocraties et les oligarchies; Ià, tout

est dans les individus , comme dans les dé-

mocraties,

Dans la famille, les personnes, les lois, les fonctions, les devoirs, les vertus, sont domestiques ou privées; dans l'Etat, tout est public, personnes, lois, fonctions, devoirs et vertus.

La société publique n’a pas détruit ni même altéré les rapports de la société do-

-mestique, puisque l’enfant est mineur ou sujet dans la famille, même alors qu'il est majeur, ou autorité dans l'Etat; et que le

(+) Cette expression, religion revélée, ne s'entend, chez les Chrétiens, que d’une révélation divine, ou de la manifestation de la vérité : mais dans l’accepur propre sous faquelle je l'emploic ici, révéler

père est sujet dans l'Etat, quoiqu'il ait le pouvoir dans la famille. Uñe fois l'Etat public formé, le pouvoir domestique est bien distingué de la paternité physique; 1° puisque le pouvoir existe même Jà où la paternité n’est que présumée, suivant cet axiome de droit : Pater est is quem justæ nuptiæ demonstrant ; 2 parce que, même lorsque le père a cessé d’être, le pouvoir continue dans ses dernières volontés, et même à perpétuité dans les suhstitutions ; 3° le pouvoir se trouve même là où la paternité n'était pas, comme lorsque l’aïeul succède au pouvoir du père mort, sur les enfants de celuiui; 4° le pouvoir est transmissible, et la paternité ne l’est pas, comme lorsqu’an père nomme un tuteur à ses fils en bas âge. Le pouvoir public, qu'on appelle aussi politique quand il administre l'Etat, et civil quand il règle les familles, regarde la mère seulement comme une personne domestique et le ministre du mari, puisqu'elle doit en être autorisée pour tous les actes civils auxquels elle intervient.

Les passions qui troublent la famille ont bien plus de violence dans l'Etat, parce qu'en même temps qu’elles sont allumées par l’ambition du pouvoir publie, elles ne sont pas amorties par l'influence des affections domestiques.

Le pouvoir humain ne peut retenir par lui-même les ministres et les sujets à leur place, puisqu'il est seul contre tous, et que les armes qu’il leur donne pour sa défense peuvent être tournées contre lui.

Ici le lien universel de toute société, la religion, vient encore serrer lesnœuds de la société politique, et le mot même de religion, de religare, annonce assez qu'elle est le lien naturel et nécessaire des sociétés humaines, des familles et des Etats. La religion, de domestique qu’elle était, devient publique, ou révélée; comme la société, de domestique, est devenue Etat publie ou gouvernement; et si nulle part, dans les premiers temps, on ne vit de famille sans une religion domestique, on n’a pas encore vu d'Etat public de société, sans une religion publique ou révélée; car la religion musulmane est une religion révélée ou enseignée par Mahomet, comme la religion chrétienne est révélée par Jésus-Christ (1).

veut dire enseigner, découvrir, revelare, et l’on sent assez que c’est sous ce seul rapport que je rapproche Mahomet de Jésus-Christ, ou l'erreur de la vérité.

57 PART. I. ECONOM.

Les personnes de la religion domestique ou naturelle, étaient intérieures ou domestiques; le ministre, les sujets, le pouvoir lui-même, C'est ce qui est attesté par l’Ecriture, unique monument des premiers âges du monde, où nous voyons les chefs des familles sacriticateurs, pontifes; en un mot, ministres d'un Dieu qui protégeait leur famille, et qui avait voulu s’appeler lui-même le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob.

Dans la religion publique ou révélée, les

personnes deviennent publiques. Les sujets

sont la nation, les ministres sont le corps du sacerdoce, moyen entre les deux extrêmes, en communication avec Dieu et avec l’homme, recevant pour transmettre, et obéissant à l’un pour prescrire aux autres. La Divinité elle-même se rend extérieure en quelque sorte et présente ; d'une manière sensible, dans le tabernacle judaïque d’où elle rendait ses oracles; d’une manière réelle, sur les autels de la religion chrétienne; et même les païens la représentent d’une manière matérielle ou figurée dans les idoles de leurs dieux. La grande action du culte religieux, le don de l’homme ou le sacritice, intérieur dans la religion domestique, est public aussi dans la société publique, et même sanglant dans la religion païenne.

Les lois sont devenues publiques, comme les personnes dont elles énoncent les rapports. La loi d’honorer le père et la mère, fondamentale de la société domestique, devient fondamentale de la société publique; et c’est le sentiment de Bossuet, que l’obligation d’obéir au pouvoir politique et à ses agents, se trouve dans ce précepte.

La religion seule peut donc empêcher le déplacement des personnes publiques , comme elle empêche le déplacement des personnes domestiques. C’est une vérité que les sages de l’antiquité ont connue quand ils

ont voulu former des sociétés, et nos sages . modernes,’ lorsqu'ils ont voulu les détruire, . puisque les. uns ont commencé par régler le

culte de la Divinité, et les autres par l’abolir.

| Et remarquez que la conséquence se

trouve iei à côté du principe, et qu’à la : suite de la loi qui ordonne à l’homme d’ho- : norer le pouvoir et ses ministres, le législa-

|teur ajoute : Afin que tu vives longtemps sur | la terre (Exod. xx, 12), parce que la constittution naturelle du pouvoir domestique et ‘du pouvoir public assure la durée des fa-

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