PART. H. POLITIQUE. — DE LA CHAMBRE DE
blicain ; car il ne peut y avoir dans les esprits, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, que deux opinions.politiques, parce qu'il n'y a dans la nature de la soiété que deux politiques et deux constitutions, s'unité, de pouvoir ou sa pluralité. La preuve en est évidente même en Angleterre, où l'opinion monarchique se renforce, on peut dire, à vue d'œil, à mesure que l'opposition démocratique devient plus exaltée et plus epiniâtre. Il est vrai que la monarchie d’Angleterre n’est pas, dans ses formes, celle de l’ancienne France ; l’une est l’œuvre du temps, l’autre était fille de la nature. La nôtre aujourd’hui est le résultat de la révolution; ee a suivi l'évolution de la monarchie. Les ministres ont donc voulu écarter à la fois les royalistes et les républicains trop prononcés dans leur opinion, et ils ont cherché à former un tiers-parti qui ne fût ni l'un ni l’autre ; semblables à des médecins qui voudraient trouver un état entre la santé et la maladie. Ils ont fait ou voulu faire ce parti à force de destitutions et de promo-
‘tions, et ce parti impossible n’a pu recevoir
d’autre nom que celui de ses fondateurs , et il s’est appelé ministériel. C'est effectivement le seul nom qui pût lui convenir ; car celui de constitutionnel est réclamé et par les libéraux, qui se prétendent aussi constitutionnels que qui que ce soit, et par les royalistes qui sont plus véritablement constitutionnels que tous les autres. Mais,si ce parti pouvait exister comme tdus les partis mitoyens, il ne prendrait des deux systèmes opposés dont il se compose, que leurs excès, et il serait à la fois servile envers l’autorité et faible pour les caprices du peuple, C'était là une grande erreur de la part du ministère, et, si je voulais être impoli, je pourrais, après l'expérience de la révolution, donner à cette erreur un autre nom; aussi qu’est-il arrivé? Ce qu’on aurait dû prévoir : c’est que les ministériels, ne pouvant tenir dans ce juste milieu qui sera toujours une chimère, se sont tournés, les unsà droite, les autres à gauche, et que le ministère est contraint d’avouer qu'il n’a point de parti à lui et sur lequel il puisse com:ter, Mais les libéraux le prouvent bien mieux lorsqu'ils recommandent aux élecleurs qui vont s’assembler, d’exclure les royalistes, et ne leur permettent tout au plus que des ministériels; c’est dire, je pense, assez clairement, qu’ils ne craignent pas un parti qui ne peut opposer à leurs
projets de résistance eflicace, parce qu'il n'est pas lui-même dans un état décidé, et qu'il ressemble à un homme qui voudrait soutenir un énorme fardeau , en se tenant en équilibre sur la corde. La victoire entre les indépendants et les ministériels ne serait pas longtemps indécise ; les uns attaqueraient avec toute la force de la nature :
car la république est aussi dans la nature, mais dans la nature mauvaise et corrompue ; ; les ministériels ne se défendraient qu'avec un système tout artificiel, un système que l'esprit a fait, que Fete défend ; et c’est précisément ce qui flatte et ce qui trompe les hommes qui n’ont que de l'esprit, car il en faut beaucoup pour se soutenir dans une fausse position.
La grande méprise de la France ou plutôt
de l’Europe, est de ne vouloir que durelatif - dans la constitution où il faut de labsolu, parce qu'une constitution est une application de principes à la société, et de vouloir de l'absolu dans l’administration où il ne faut que du relatif, parce que l’administration est une application de la constitution aux individus.
J'ai supposé la victoire bientôt décidée entre les libéraux et les ministériels, et il faut savoir auparavant s’il y aurait entre eux combat sérieux. Entre les libéraux qui veulent la charte démocratique, et les royalistes qui la veulent monerchique, que peuvent vouloir les ministériels ? Qu'elle ne soit ri trop démocratique, ni trop monarchique; soit: mais les libéraux certainement en disent autant, et où Sera la limite du plus, du moins, du trop ou du trop peu, dans les espaces indéfinis d’une chose toute morale, où s’agitent l’imagination et ies passions ?
Mais s’il y a eu de l'esprit en France, et même trop d'esprit, là raison encore n'ÿ a pas manqué, et jamais chez aucun peuple les vrais principes de la société n’ont été plus clairement définis, plus savamment exposés, plus éloquemment défendus; et en oubliant volontiers la part que j’ai pu prenare à cette lutte honorable, j'oserai dire que la postérité s’étonnera que le ministère, qui avait à sa disposition de si riches matériaux, ait été prendre pour règle de conduite dans
un Etat comme la France, une politique de
rebut, qui traînait depuis des siècles dans les écrits les plus décriés, et qu’on a rajeunie avec un mauvais vernis d’idéologie moderne ; et un jour, en comparant les opiaions et même les talents, nos neveux, si
nous en avons, ne pourront se rendre raison des préférences.
Aussi, parce que le système général est faux, tous les systèmes particuliers sont en contre-sens de la monarchie et de l'intérêt général, tous marqués au coin de la démocratie et des intérêts personnels, ressort unique de celte forme varbutente de gouverne- , ,, ment.
Ainsi, nous avons pris des dettes, du cré- !
dit, de l’agiotage et des confiscations de biens publics pour un système de finances ; des destitutions et de l’espionnage pour unsystème d'administration ; de l'instruction, bonne ou mauvaise, pour un système d’éducation; la conscription pour un système militaire; de la morale pour la religion, et des. arrêts pour la justice. Contents de vivre au {?.
jour le jour, nous sommes sans cesse aux, Ja
expédients, nous qui avons de si grandes ressources, et nous faisons de la politique comme Îles jeunes gens font des affaires.
Nous dévorons le capital de la France, autrefois si riche, maintenant si épuisé. Bientôt nous aurons tout consommé: religion, morale, éducation, vertus privées, vertus publiques, lois, mœurs, décence, bon sens même et intelligence, nous aurons tout consommé, et sans avoir rien reproduit. On dirait que nous ne comptons plus avoir d'héritiers de notre sang et de notre nom; et certes ils ne sont pas du sang français, ils ne méritent pas même le nom de Français les:
hommes qui, au milieu de nous, menacent de nous succéder. Partout une cupidité insatiable, une jalousie effrénée, un orgueil satanique, une honteuse ignorance, baine:
des bons, faiblesse pour les méchants, hor-!
reur des bonnes doctrines, complaisance pour les mauvaises ; et l’on cherche en vain cette élévation de sentiments, cette fermeté de:
principes, ce généreux mépris de tout ce qui est moi, source des plus nobles inspirations, des plus héroïques sacrifices, et de ce profond amour de l’ordre, qui distingue les hommes destinés à sauver les empires mal-!
gré les peuples, êt, quand il le faut, malgré. les rois.
Nous voulons gouverner les hommes, et lès gouverner sans religion, sans éducation, sans justice, avec des opinions divergentes, des résistances systématiques et des équili= bres impossibles entre des passions oppo= sées ; aussi voyez que d’art il y faut, que de mystères, que d’intrigues et de combats! La | science du gouvernement, la plus facile de
inextricable labeur et un problème. insoluble. Il me semble voir ces malheureux énfants des îles Baléares, qui ne pouvaient,
dit-on, satisfaire le besoin le plus naturel à
l’homme, et prendre quelque nourriture, qu’ils n’eussent à coups de fronde déniché un morceau de pain du sommet de l'arbre où on l'avait placé. déiÿ . Je n’ai jamais montré d'intention hostile contre les premiers agents du pouvoir, et j'éprouve encore moins d’ambition pour les places dont ils disposent ; pour qui a la voix et l'oreille justes, il est trop difficile d’accompagner quand on chante faux. Mais is se trompent, et je regarde comme un devoir pour moi de le leur dire;ils se trompent, et, pour leur malheur comme pour le nôtre, ceux qui s’obstinent à gouverner la France par des maximes jusqu’à nous étrangères à : toute société.
La société, qui doit être un lieu de repos pour Îles bons, de répression pour les méchants, d'ordre pour tous, on en fait une arène où toutes les passions se disputent l'empire, et ne suspendent un moment cette lutté opiniâtre que pour se réunir contre | l'ordre et la vertu, leurs communs ennemis. Si, à celte frénésie du mal, les hommes éclairés et sages opposent l'enthousiasme du bien, ce sublime mouvement qui honore le plus la nature humaine, est traité d’exagération, flétri par un nom ridicule, puni comme un crime. On éloigne de toutes les places ces vertueux enthousiastes, pour y appeler des mécontents, qui, par intérêt, font taire leurs sentiments, se réservant de les satisfaire quand il en sera temps, et décidés à bouleverser la société pour conserver le pouvoir. En vain on regarderait cet état comme passager, et le dernier soupir d’une révolution qui expire; il ressemble bien
(1) Depuis que cet article a été écrit, on a vu l'inconcevable indulgence du jury pour l’abomihable jeu de mots par lequel des écrivains ont insul-