‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 124 sur 306 · PART. I. POLITIQUE. — DE LA CHAMBRE DE · texte numérisé non relu

PART. I. POLITIQUE. — DE LA CHAMBRE DE

ï'osant défendre l'irrégularité de la condamnation. À leurs yeux, les votants du 21 janvier n'étaient pas coupables pour avoir jugé, , mais pour avoir mal jugé; car, et ceci est digne de remarque, quand les libéraux aceusent la Chambre de 1815 d’avoir banni les hommes du 21 janvier et du 20 mars sans les avoir jugés, et de n’avoir tenu aucun compte de l’amnistie qu’ils avaient reçue, sait-on ce qu'il faut voir dans ce raisonnement captieux ? précisément le contraire de ce qu’il semble dire. D'un côté, ils réclament l’amnistie qui, s'appliquant à toutes les espèces de votants, jette un voile sur le principe de la souveraineté populaire, en laissant incertain si les amnistiés étaient coupables pour avoir jugé, ou pour avoir mal jugé; de l’autre, ils reprochent à la chambre de ne pas les avoir jugés, parce qu’en les jugeant elle-même, ou les faisant juger, elle aurait également consacré le principe, puisqu'elle aurait puni ceux qui avaient condamné à mort l’innocent, et non assurément ceux qui avaieni jugé le roi : autrement, il aurait fallu punir tous ceux qui avaient prononcé contre le roi une peine quelle qu’elle fût (ce qui n'eût pas été injuste, mais excessif, vu les circonstances), el il n’y aurait eu à l’abri de poursuites que le petit nombre de ceux qui avaient déclaré que le roi n'était pas justiciable de l’assemblée, et qu’ils n’étaient pas ses Juges.

Ainsi les libéraux se plaignent amèrement que nous n'ayons pas jugé, parce qu’en condamnant les bourreaux, nous aurions absous les juges. Quelques hommes peut-être auraient péri; mais le principe eût été sauvé, et il eût été décidé qu’on pouvait juger le roi, pourvu qu’on ne condamnât pas à mort l’innocent.

L'indissolubilité du lien conjugal et l’indépendance de la royauté sont donc deux postes importants d’où la révolution à été débusquée, et l'on peut même dire que ce sont les deux seuls qu’elle ait perdus.

Il n’en fallait pas tant pour exciter contre cette chambre la haine de tous les fauteurs de la révolution. Qu'elle s’en console; la postérité, plus équitable, dira qu’elle a relevé en Europe l’étendard de la religion et de la royauté; qu’elle a voulu donner à la, France le seul gouvernement qui puisse lui convenir, et à l’Europe les seules garanties qui puissent la tranquilliser; qu’elle a voulu arrêter la honteuse dilapidation des biens publies, prévenir l'extension immodérée du système de crédit, rétablir l'ordre dans les

Gc9 finances, en arracher les derniers débris à J'avidité des agioteurs; qu’elle a toujours demandé la justice dans les lois, la modération dans les impôts, l’économie dans les dépenses, la fermeté dans le gouvernement; ses intentions ont été méconnues, ses vues contrariées ; mais l'estime des gens de bien a récompensé ses efforts; et, quels que puissent être les effets de la haine qui la poursuit, l'auteur de cet article regardera toujours comme l’époque la plus honorable de sa vie, celle où, sans l’avoir demandé ni même désiré, il a été associé à ses travaux (1):

Les factieux, au fond du cœur, lui rendent plus de justice; ils savent très-bien que hors le bannissement des régicides relaps que les

députés de 1815 devaient à la France, à l'Europe, au mondeentier, puisqu'ils le devaient

à l'honnêteté publique et à la justice éternelle, toutes les autres rigueurs ont été provoquées par le ministère qui est allé plus loin dans l’exécution, que la chambre ellemême dans ses résolutions ; mais comme ils veulent la révolution, toute la révolution, et rien que la révolution, ils ne pardonnent pas à la chambre de 1815, d’avoir arrêté l’essor qu’elle voulait prendre au sortir du despotisme de l'empire.

Aussi, dès les premiers pas qu’elle fit dans ja carrière, sa perte fut jurée. J’acquis et je donnai la certitude de sa dissolution prochaine dès le mois de mai, et lorsque ceux de qui cette mesure paraissait dépendre ne la voulaient pas, et peut-être n’y songeaient pas.

Quoi qu’il en soit, la chambre fut dissoute; et comme la monarchie en France avait eu sa restauration, la révolution pul dater la sienne du 5 septembre 1816.

Aussi les éloges les plus emphatiques de cette mesure sont-ils devenus un refrain obligé dans tous les écrits, même séditieux, publiés depuis cette époque; et cela seul aurait dû avertir les hommes qui nous gouvernent de ce que les révolutionnaires en avaient espéré, et dece que eux, ministres du roi, devaient en attendre.

J'ai exposé les causes de la dissolution de la chambre de 1815. Les moyens ont été des préventions inspirées aux hommes en place, des irritations trop vivement ressen-

x (1) Cette chambre , qu'on représente comme si. intolérante et si violente, ne fit aucune difficulté pour adinelire dans son sein plusieurs représen-

ties, des craintes que la réflexion aurait fait évanouir : comme si des hommes d'Etat ne devaient pas être au-dessus des préventions, des irritations et des craintes! comme s’il devait rester du moi dans les hommes appelés à diriger les autres! Nous en indiquerons les principaux effets, qui devaient être et qui ont été en contradiction avec les devoirs des ministres et les intérêts de la royauté.

Mais, avant de nous livrer à cette discussion, il faut s’arrêter sur le reproche fait au coté droit de la chambre de 1815, et des sessions suivartes, d’aspirer au ministère, et de ne toùrmenter les ministres que pour les remplacer. Les indépendants les en accusent; les ministres ou les ministériels les en accusent plus vivement encore : les premiers par jalousie, parce qu’ils n’osent et ne penvent y prétendre; les autres, par intérêt personnel et pour conserver le pouvoir.

Mais, d’abord, tout homme qui est nommé député, s’il se sent ou se croit quelque capacité et quelque considération, doit prétendre aux premières places de l'administration, comme tout jeune homme nommé à une sous-lieutenance doit aspirer aux premiers rangs de l’armée, et tout jeune avocat à siéger sur les fleurs de lis. Cette honorable émulation est tout à la fois dans la nature des hommes et dans l’essence et l'intérêt du gouvernement représentatif, Et ne nous at-on pas dit mille fois, et sous toutes les formes, que ce qui distinguait ce gouverne.

ment entre tous les autres, était la facilité donnée au peuple de tirer de l’obscurité ics hommes de mérite, au roi de les connaître, à l'Etat de les employer? et n'est-ce pasprécisément à celte facilité de remplacer les ministres par des membres de la chambre des Communes ou de la chambre haute que l'Angleterre a dû les succès de son administration, continueïlement attentive à corriger les vices de sa constitution ?

Cette accusation de la part des ministres est ridicule, parce qu’elle est intéressée ; de plus, elle est injuste, car cette émulation est aussi naturelle à l’homme qu’elle est utile à l'Etat; et des ministres forts de leur solidarité, et cuirassés devant et derrière, contre le peuple et contre le roi par leur responsabilité, ont dans ces sortes de gouvernement, une telle puissance, que la crainte

tants des cent-jours, et Le lendemain même de cette cruelle époque.

d’être renvoyés, bien mieux fondée que celle d'être récusés, peut seule les contenir dans des bornes légitimes. Je me souviens, à ce propos, d’avoir lu,il y a quelques mois, dans un journal ministériel, le conseil donné aux électeurs de ne nommer pour députés nigens d'esprit, ni beaux parleurs, ni savants, mais des hommes simples et de bon sens, comme de bons négociants, de bons fabricants, de bons cultivateurs, choix excellents, et qui ne pourraient certainement causer aucun ombrage aux ministres. Au reste, ils n’ont, en général, accusé d’ambition que le côté droit de la chambre, exception honorable, qui dit assez haut que s’ils redoutent les opinions des libéraux, ils ne craignent pas leur concurrence, et effectivement les libéraux se rendent justice, et ne pouvant pas être ministres, ils commentent à flatter dans le côté droit ceux qui pouraient le devenir; et déjà ils font des compliments à notre illustre ami, M. de Villèle, qui a montré une rare capacité, et qui sera tôt ou tard appelé au ministère. or: 4

Il ne s’agit donc pas de savoir s’il y a dans le côté droit de la chambre des hommes qui aspirent au ministère ; car il y en aura éternellement dans toutes les chambres et dans tous leurs côtés; mais, s'ils ont trahi, dans cet espoir, la cause dont la défense leur était confiée, s'ils ont montré constamment et selon les circonstances, ou une adhésion empressée aux vues du ministère, ou une opposition raisonnée. Or, je ne crains pas de dire que, dans toutes les occasions importantes, nous avons appuyé les ministres, quand les ministres ont fait des propositions monarchiques, ou nous les avons combattus, quand ils en ont fait d’opposées ; et on ne pourrait réfuter cette assertion sans s'appuyer sur des principes démocratiques que le côté droit repoussera toujours avec horreur, comme un moyen de despotisme pour les rois et d’esciavage pour les peuples. 11 serait bien plus vrai de dire: que les ministres veulent les places qu’occupent les membres du côté droit, et les tirer de la chambre pour y faire entrer leurs partisans.

Je reviens aux effets de l'ordonnance du 5 septembre,

Il était évident, pour. ceux du moins qui ont le temps de réfléchir sur les hommes et sur les choses, que le ministère ne pouvait détruire ou déprimer le côté royaliste de la chambre, sans élever d'autant le côté répu-

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