POLITIQUE. — RÉFLEXIONS SUR LA PETITION MADIER-MONTIAU
Lo le gouvernement ne s’affermisse, et on lente, en désespoir de cause, les mesures Îles plus violentes. Mais si le parti qu’a dénoncé M. Madier est dirigé par un gouvernement invisible, le parti dont il ne parle pas a aussi son gouvernement, et même un peu moins invisible; gouvernement dont l’existence est constatée par de brillants succès, par tous les emplois qu’il a tés ou donnés, par les triomphes qu'il a obtenus dans les élections, et dont un député, procureur gé-
néral dans la seconde ville du royaume, a
publiquement dénoncé à la tribune les comités directeurs.
Ainsi, voilà le gouvernement du roi entre deux autres gouvernements invisibles, qui sont Ja cause de tout ce qui arrive dans un sens ou dans un autre, et nous sommes revenus à l'absurde théurgie des peuples barbares qui, ne pouvant s'élever à la connaissance des lois générales de la nature, peuplaient l’univers de bons et de mauvais génies, parlout présents et partont invisibles, et dont l'influence était la cause de tout ce qui arrivait de bien ou de mal dans le monde.
Pour dire toute la vérité, on veut du trouble dans quelque partie de la France.
Le département du Gard, où d’anciennes
dissidences religieuses peuvent favoriser des dissensions politiques, a paru le plus tô€ prêt et le mieux disposé. On est allé réveiller des souvenirs qui ne demandent qu’à s'effacer, et j'en ai la preuve dans des lettres écrites, depuis la pétition, par les hommes les plus sages du parti protestant. On sait très-bien qu’en rappelant 1815 on risque de rappeler 1790, car il y avait bien plus loin pour les souvenirs de 1820 à 1815 que de 1815 à 1790. À la vérité les hypocriles ne manquent pas de dire qu'entre 1790, époque de la grande bagarre, et 1815, il y a eu la charte qui a imposé silence sur tout ce qui s'était passé antérieurement. Je le sais et je sais aussi qu'il est, comme dit Tacite, toujours plus facile de se taire que d'oublier; je sais que les lois ne peuvent commander l'oubli, mais seulement le silence, et qu’elles le commanderaient en vain quand les législateurs sont les premiers à le rompre. Et quel but enfin se propose-t-on? Veut-on que le gouvernement commande aux protestants et aux Catholiques de se réunir dans les mêmes croyances religieuses? Veut-on, lorsque les papiers publics sont remplis de discours incendiaires et de commentaires plus incendiaires encore, qu'il porte une loi pour
défendre qu’on s’en entretienne à Nîmes?
Veut-on que l'imagination de ce peuple méridional, une fois échauffée par ces pétitions odieuses et le bruit qu’elles excitent, le gouvernement empêche des rixes entre particuliers, occasion trop ordinaire d’émeutes populaires, où la justice peut si rarement saisir un premier coupable? Veut-on que le gouvernement revienne sur tout ce qui s’est passé en 1815, et qu’une commission d’enquête soit envoyée à grand bruit pour rechercher tout ce que les désordres de cette époque ont pu, de la part des uns ou des autres, produire de coupable ou d’irrégulier? Veut-on qu'il annule d'autorité les jugements par jury? Veut-on qu’il renvoie les Suisses et les remplace par une troupe qui entende le frangais et même le patois?
Veut-on que le gouvernement empêche qu'entre des hommes unis par une longue fraternité d'armes, le simple garde national n’appelle encore son ancien capitaine, mon cupilaine, et son ancien sergent, mon sergent; car c’est à cela que se réduit au vrai cette organisation de garde nationale dont on a tant parlé? Que veut-on donc? car je défie qu’on puisse rien demander du gouvernement que le gouvernement n'ait fait.
H a destitué, il a fait poursuivre, juger, désarmer, et la chambre aurait fait de son côté tout ce qu’elle devait faire si elle avait interdit tout discours sur une pétition sur laquelle il n’y avait rien à dire lorsque te renvoi aux ministres en était demandé par tous les côtés de fa chambre et consenti par le ministère lui-même.
M. Madier peut être docteur in utroque jure, mais il n’est qu’un enfant en droit politique. H s'étonne qu’il y ait un parti en France ; il devrait s'étonner s’il n’y en avait qu’on : un parti n'est jamais seul; quand il yenaunil ÿ en à deux, et s’il n'y en avait
pas deax, il n’y en aurait pas du tout. Les
partis sont inséparables-de,tout gouyernement mixte, soit public, : soit même domesti que, et, de même qu’en Angleterre il y a toujours eu depuis sa révolution. des wighs et des orys , Si dans une famille le pouvoir est partagé entre monsieur et madame, Mmonsieur et madame auront chacun leur parti dans leurs domestiques et même dans leurs enfants.
11 y a donc des partis en France, ils y sont nécessaires parce qu'ils y sont constitutionnels, aussi constitutionnels que les chambres elles-mêmes, et, comme les chambres, ils se trouvent dans Fa Charte. Partout où
les wighs et les forys,
existent deux éléments opposés dans une constitution écrite, un élément monarchique et un élément démocratique, les hommes qui s’occupent d’affaires publiques, selon la différence de leurs esprits, de leurs études, de leurs intérêts, de leurs habitudes, de leur caractère, inclineront davantage les uns vers la monarchie, les autres vers la démocratie, et s’efforceront tous de faire prévaloir leur opinion dans la législation.
Voilà les partis en France, en Angleterre, en Amérique, et partout où l’on a un gouvernement à deux principes.
En Angleterre il n’y a que deux partis, ou autrement les royalistes et les démocrates; en France, où les esprits sont aussi exfrémes, mais où les caractères sont plus modérés, il y en a trois, parce qu’il y a un tiers ou troisième parti qui voudrait prendre un peu de l’un ou de l'autre, et les concilier tous deux. Cette conciliation est en politique ce qu'est dans les arts la pierre philosophale, le mouvement perpétuel, la quadrature du cercle, ete. La modération dans les actes est indispensable en administration; elle y est un devoir, une vertu; mais ce qu'on appelle modération, ou opinions moyennes ou mitoyennes en législation, est une absurdité. Les partis
sont donc extrêmes, ou tendent à le deve-
nir; et dans ce qu’on nomme leur exagération, ils marchent toujours parallèlement et
côte à côte. Les wighs sont devenus les radicaux, et aussitôt le parti opposé, qui esi celui du gouvernement, a renforcé la monarchie; et si les radicaux allaient plus loin, il faudrait que la monarchie devint absolue pour sauver l’Etat du débordement de la démocratie. Nos démocrates sont devenus libéraux. 11 a failu que le ministère devint royaliste, ou que les royalistes devinssent ministériels (comme on voudra), c'est-à-dire que le parti monarchique s’est renforcé, au grand déplaïsir des libéraux, assez jeunes pour ne pas s’apercevoir que quand ils dépriment un des bassins de la balance en y jetant leurs discours, leurs pétitions, leurs projets d'adresses, leurs vociférations et toute leur artillerie, il faut, de toute nécessité, que l’autre bassin s’élève. S'ils veulent jeter la France dans la monarchie absolue, qu'ils redoutent tant, ils n’ont qu'à continuer, et peut-être leur aurons-nous quelque jour cette obligation. C'est ce que M. Madier, j'en suis sûr, n’a pas vu, lui qui a vu tant de choses, et ce numéro ne lui est pas encore connu.
3 PART. Il.
Mais, dit-il, le’ parti royaliste veut gouverner, c'est-à-dire qu’il veut faire triompher son opinion“ Eh! sans doute : il ne serait pas un parti, s’il ne voulait pas gouverner.
Est-ce que le parti libéral ne veut pas gouverner, et n'est-il pas de l’essence des partis de vouloir gouverner, comme il est de l’essence ‘les corps d’être pesants et figurés ?
Mais ce petit écrit. Eh! sans doute eneore : c’est une preuve que ce parti est répandu au loin. On n’est pas d’un parti sans cesser à $e concerter et à s'entendre, et on s'écrit quand on ne peut pas se parler. Estce que, dans le parti libéral, on ne se concerte pas, on ne s'entend pas, on ne se parle pas, on ne s'écrit pas, quand on sait écrire ? Le parti royaliste en est au n° 35 ; je crois le parti libéral beaucoup plus avancé, et je le crois, ou peu s’en faut, au n° 93. Je ne le