RÉFLEXIONS SUR LA PÉTITION MADIER-MONTJAU
(Défenseur, mai 1820.)
Celui qui saurait que la maison de son voisin doit être attaquée par des voleurs, et qui, au lieu d’en prévenir le procureur du roi et l'officier de gendarmerie, porterait sa révélation tardive au conseil général du département, passerait certainement pour un sot, si même il n’était pas regardé comme un ennemi secrel.
C’est précisément ce qu'a fait M. Madier- Montjau, et le soupçon auquel il s’est exposé.
S'il a cru à l’existence du complot qu'il
dénonce, il a dû, comme citoyen et comme
magistrat, le dévoiler à l'autorité instituée pour en rechercher les auteurs. Mais qu’il y aitcru ou non, il a voulu suriout y faire croire le public, et il a pris le long détour des pétitions au Corps législatif, qui ne peut que renvoyer à l’autorité elle-même; chose inouïe assurément et tout à fait extraordinaire, qu'un magistrat, que ses fonctions peuvent obliger à rechercher les faits qu'il
9:9 PART. IF. révèle et à poursuivre les hommes qu'il accuse, dénonce solennellement ces faits et ces hommes à une autorité qui ne peut pas en connaître. |
Si M. Madier a voulu faire du bruit, il a été servi par ses amis au delà de ses espérances; ils ont trouvé, grâce à la patience de la chambre, le moyen de parler longuement à propos d’une pétition que tout le monde et eux-mêmes étaient d'accord pour renvoyer au ministère, et sur laquelle il n’y avait ni développements ni amendements à faire. Mais ils n’ont pas perdu tout à fait leur temps, et de ces lettres et de ces hommes anonymes ils ont tiré un gouvernement invisible; merveilleuse ressource pour Île parti, moyen heureux d’accuser leurs adversaires de machinations, qu'on est dispensé de prouver, et de faits qu'attendu leur invisibilité il n’est pas permis de montrer:
car toute cette fantasmagorie s’évanouit lorsque le jour arrive, et qu’on peut voir derrière la toile les fantômes dont on fait peur aux petits enfants.
C’est ce gouvernement invisible qui a fait sans (loute de si grandes choses depuis 1815, qui a fait l'ordonnance du 5 septembre . 1816, qui a destitué depuis cette époque tant de royalistes des emplois civils et militaires, en a exclu tant d’autres des députations, et qui a doublé la chambre des pairs pour y briser la majorité. C’est à peu près ainsi que le cabinet autrichien, autre gouvernement invisible, dans un temps qu’on voudrait faire renaître, faisait brûler les châteaux, et en chassait les propriétaires; c’est encore lui, dit-on, qui a culbuté un ministre, quoiqu'on sache très-bien qu’il ne Ja été, qu'il n’a pu l'être que par l’épouvantable explosion qui l'a renversé. En vérilé s’il existe, ce gouvernement invisible, il n’a été jusqu'à présent ni heureux ni adroit, et on ne citera pas un seul succès qu'il ait obtenu depuis quatre ans. A la vérité on citera les lois d’exception et la réunion récente des royalistes au parti du ministère. Et voilà la cause de tout le bruit ; voilà pourquoi on a l'air de regretter aujourd’hui le ministre qu'on attaquait naguère, et qu'après avoir fait si longtemps aux royalistes un crime de combattre les projets du gouvernement, on leur fait aujourd’hui un crime de les appuyer. Tant qu'on voyait les royalistes séparés du ministère, on espérait renverser un gouvernement privé de son appüi naturel; aujourd'hui qu’on les voit réunis, on craint que