LA LOI DE FINANCES
mations peut et doit s’accroître ou plutôt s’élendre, à mesure que la population augmente, et que cent familles qui se partagent, par exemple, cent mille livres de revenu, consomment davantage qu’une famille qui est seule à les posséder.
Or en appliquant à tout un Etat comme la France, le raisonnement que nous avons fait sur une partie infiniment petite de son territoire, il paraîtra certain que la propriéié y étant très-divisée et se divisant tous les jours de plus en plus, et la population considérablement accrue, il devient indispensable de modérer l’impôt foncier; et puisqu'il faut des impôts, il est nécessaire de compenser la diminution de l'impôt territorial par une extension de l’impôt indirect.
Et il ne faut pas opposer que les grands propriétaires fonciers profileront outre mesure du bénéfice de ce nouveau système, parce qu'il ne faut chercher la raison d'un système général que dans une généralité absolue de motifs et d’effets, et il suffit ici de considérer le pelit nombre de grands propriétaires qui jouiraient de la diminution de l'impôt foncier, comparé avec le nombre immense des petits propriétaires qui souffrent de l'&xcès de ce même impôt.
Et cependant, même dans cette inégalité inévitable, rien ne serait perdu pour l'Etat, puisque tout ce que l'impôt foncier plus modéré laisserait aux grands propriétaires, se convertirait ou en jouissances personnelles ou en travaux d'améliorations, et augmeñterait ainsi leurs propres consommations et celle des ouvriers à qui ils donneraient du travail, et par conséquent plus d’aisance.
Le système d’un impôt foncier considérable était raisonnable et nécessaire lorsque la France était divisée en grandes propriétés qui le payaient sous le nom de taille, de vingtième, de décimes, etc.; mais il devient un véritable contre-sens lorsqu'il s'applique à une distribution toute différente de propriété.
I est extrêmement remarquable que lorsqu’une division multipliée et toujours croissante de propriétés territoriales, et un gran accroissement de population, ont rendu né:
cessaire la conversion du système de contribution foncière en un système de droits sur les consommations, ce soit alors qu'on ait pris l'impôt foncier pour première base du premier des droits publics, celui d’élire et d’être élu, et que la faculté de le consentir
annuellement soit même la première et presque l’unique raison de l'existence des corps politiques; en sorte que le gouvernement représentatif porte sur l’impôt foncier, comme sur un fondement que les institutions et les mœurs, dont il est la cause ou l’occasion, tendent sans cesse à affaiblir, et peuvent finir par détruire.
Il en résulte encore cette singulière contradiction, que la monarchie pure, qu’on croit exclusive de la liberté, en favorisant la grande propriété, appelle naturellement l'impôt foncier, celui qui gêne le moins la liberté personnelle, et que le gouvernement représentatif, qu'on regarde comme le seul gouvernement libre, en favorisant la division de la propriété, conduit inévitablement à l'impôt indirect; celui qui, par les inquisitions, les déclarations, les visites, les amendes, les armées même, nécessaires à sa perception, porte les plus rudes atteintes à cette même liberté.
Ce changement dans le système territorial de la France, système défiguré et méconnu, sous :e nom de féodal, et sa conversion en système fiscal, a été longtemps inaperçu, et même impossible à plusieurs égards ; mais ila été brusquement opéré par larévolution, etil est devenu extrêmement sensible. Cependant, ce changement avait commencé depuis longtemps, etavait puissamment favorisé le luxe des arts, et le luxe des armées; deux genres de luxe qui accablent l’Europe, et dontelle doit se hâter de sortir, sous peine de compromettre l'existence même de la société.
La division des propriétés inégalement opérée dans les diverses provinces de la France y a même été une des causes des grandes inégalités qu’on y remarque dans la répartition de l'impôt foncier.
L'impôt foncier tel qu'il est aujourd’hui vient de Ja taille, comme la taille elle-même remplaçait quelque autre genre d'imposition plus ancien, qui avait lui-même succédé à une forme plus ancienne encore : car on n’a jamais pu supposer une société sans quelque contribution commune pour des besoins communs.
Mais dans les temps reculés de la monarchie où les méthodes d’arpentage et de classification des diverses qualités de terre n’étaient ni usuelles ni même connues, on n’imposait que les feux, c'est-à-dire la famille, parce qu’elle formait un tout matériel, visible et facilement dénombré. Aussi nos
plus anciens cadrastres dans les départements du Midi divisent fictivement le territoire d’une commune en feux, et poussant la métaphore jusqu’au bout, subdivisent le feu en bluettes. Les différents souverains de nos différentes provinces imposèrent donc les feux, et selon que ces petits souverains étaient plus ou moins riches et puissants, ils imposèrent plus ou moins les feux. Dans les pays de petite culture, la propriété s'était extrêmement divisée et se divisait chaque jour davantage par l’inféodation, seul moyen qui restât aux grands propriétaires pour tirer quelque revenu de propriétés infertiles et d’une culture trop dispendieuse. Il y avait donc relativement plus de familles agricoles et propriétaires dans les pays pauvres que dans les pays fertiles et à grande culture; et par conséquent plus de feux à imposer. Cette cause de surcharge agissait simultanément avec les besoins des pauvres souverains de ces pays pauvres, et comme ce qui est tient toujours à ce qui a été, une fois que ces provinces furent réunies sous une seule domination, les rois de France suivirent dans la répartition générale des impositions à peu près les errements qu'ils trouvaient établis dans chaque province.
La taille qui succéda à cet ancien mode d'imposition par feux, ne changea rien à Ja proportion qui en résultait; les cadastres qui, dans les xvi* et xvu siècles, régularisèrent la taille, prirent la même proportion pour base, et les matrices de rôlequi ont remplacé l’imposition par cadastres ne s’en sont pas éloignées, crainte de tout bouleverser.
Aïnsi, je le répète, quand la France n'était qu’agricole, les pays de petite culture et de petites propriétés étaient proportionnellement plus peuplés que les pays de grandes cultures et de grandes propriétés, et ils furent, pour cette raison, proportionnellement plus chargés d'impôt foncier, parce qu'on y trouvait un plus grand nombre de feux à imposer. Le système manufacturier, plus tard introduit, a changé cette proportion et formé une population plus nombreuse dansles départements à grandes propriétés et à grande culture; mais les effets de la répartition primitive de l'impôt foncier subsistent encore, et sont cause que les départements pauvres sont relativement plus chargés que les plus riches. Voilà ce qui fait, par exemple, que l'Aveyron, tout agricole, sans commerce el sans manufactures , où quelques parties,
moins stériles que le reste, sont comme des oasis dans les sables de l’Arabie, est, selon M. Poussielgues, le premier ou le second des départements surchargés; qu'il paye 21 centimes et demi par franc; tandis que le fertile département du Nord n’en paye que12 et demi. Aïnsi, quand notre honorable collègue, M. de Brigode, avançait que beaucoup de communes de son département consenti raient à payer le double de leur contribution foncière pour être délivrées du logement des gens de guerre étrangers ; il demandait que son département, un des plus riches de la France, payâät dans la même proportion que le plus pauvre.
Et si l’on pouvait, Messieurs, douter de Pappauvrissement progressif des familles propriétaires par le morcellement des propriétés et l’excès de l’impôt, ét de l'influence qu'il a eue sur les finances de l'Etat; on n’aurait qu’à remarquer qu’à mesure que le gouvernement a pris par l'impôt la partie la plus disponible du revenu des familles propriétaires, il a êté obligé de le leur rendre en fondations ou établissements gratuits d’éducation et de charité, en pensions, en traitements, parce qu'il n’a pu se dispenser de prendre les charges en même temps que les bénéfices. |
Les premières fondations d'éducation, par exemple , ont dû naturellement être faites pour les familles qui servaient l'Etat, comme dit Montesquieu, avec le capital de leurs biens, et par conséquent avec le revenu, et à qui des mœurs plus fories que les lois interdisaient de réparer leur fortune par des professions lucratives ; mais successivement le besoin s’est étendu à d’autres familles, et c'est bien plus par égalité d’indigence que par égalité politique, que le trésor publie, devenu aujourd’hui un fonds commun, fait donner gratuitement à un si grand nombre de jeunes gens l'éducation littéraire, qui est une charge naturelle de la famille, qui est même le luxe d'une famille enrichie; car l'Etat, dans le cours ordinaire des choses, n’a pas plus le devoir de faire donner à ses frais l'éducation littéraire aux jeunes gens, qu'il n’a celui de marier à ses frais toutes les filles,
Cette progress'on d'appauvrissement domestique et de charges publiques est, si l’on veut, lente et presque insensible; mais elle n'en est que plus constante et même plus accélérée lorsqu'elle approche du dernier ferme, I serait peut-être également difficile
OUUVRES COMPL. DE M, DE Ponarp, !l.
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d’en assigner le commencement, et cependant je ne peux m'empêcher de rappeler que les mémoires du temps n’ont pas dédaigné de remarquer comme chose inouïe, et signal d'une détresse jusque-là inconnue, l’époque où commença dans Ja eapitale le érafic des vieux habits, et qui concourut avec le changement introduit dans le système tertitorial.
La progression de la misère privée et des charges publiques s’est fait sentir en Anglelerrre dans la taxe légale des pauvres, devenue si Gnéreuse pour les propriétaires, et dont nous n’avons peut-être été préservés jusqu'ici que par la taxe volontaire que la charité privée s’est imposée pour ajouter aux secours abondants, et certainement insuft.sants, que le gouvernement a donnés, Mais ces secours, pour être volontaires, ne grèvent pas moins la propriété privée; ils me.
nacent même la fortune publique : véritable source d'esclavage politique, qui mettrait la famille pour ses premiers besoins à la merci de Etat. Mais il y a cette différence entre la France et l'Angleterre, qu’en Angleterre l’'appauvrissement général vient plutôt de l'excès du système manufacturier qui prédomine, du moins en nombre de famille, sur le système agricole ; et qu’en France, où cette cause commence aussi à agir, l’appauvrissement vient plutôt de l’excès -de l'impôt foncier sur un territoire trop morcelé.
Cette même progression d'appauvrissement général peut encore s’apercevoir dans ces inventions économiques, de se nourrir, de se chauffer, de s’éclairer, qui, chez les nations les plus opulentes et placées sur le sol le plus fertile, représentent au naturel les réformes que fait dans ses dépenses de première nécessité une maison obérée : ie pain deviendra en France un objet de luxe, les os pour faire du bouillon un objet de com.
merce, la soupe à deux sous une munifcence publique, et l’on serait tenté de croire à la prédiction de Condorcet, dans son Esquisse sur les progrès de l'esprit humain; «que les éléments se convertiront un jour en substances propres à notre usage.» Ces inventions sont heureuses, sans doute, puisqu'elles sont nécessaires; mais leur nécessité même est un malheur, et la société ne ressemble pas mal, sous ce rapport, à une ville assiégée depuis trois ans, et qui serait réduite aux dernières extrémités.
En même temps, le moraliste et le politique peuvent apercevoir d’autressymptômes de détresse et dans des aftentats à la pro-
Sn
priété devenus plus communs, et dans cette fureur d’émigration qui a saisi tout à coup des peuples qui vivent dans les contrées les plus fertiles et sous les gouvernements les plus paternels.
Enfin, ce sont encore des signes d’appauvrissement que les progrès de l'usure, la fureur du jeu, le grand nombre d'enfants exposés, désordres qui ont leur source moins dans la corruption des hommes que dans une secrète disposition des choses” contre laquelle les lois positives sont trop souvent impuissantes, et qu' appelle les révoluiions comme remède à un mal désespéré.
A est vrai qu’à côté de cet appauvrissement trop réel des propriétaires, s'élèvent des fortunes colossales à la faveur des opérations de finance, parce qu’on ne fait jamais de meilleures affaires qu'avec les gens qui se ruinent. C’est un nouveau malheur, et peut-être plus grand que l’autre. Ces fortunes subites, nées des embarras de l’administration et faites d’un trait de plume, découragent la patience du mérite, et tout y est pressé, et les moyens d'acquérir, et l’envie de jouir, et trop souvent la fureur de dissiper. Ainsi le gouvernement se trouve insensiblement placé entre une aristocratie de capitalistes cosmopolites qui maîtrisent ses opérations sans s'associer à son sort, et une démocratie de pauvres qui épuisent ses ressources et menacent sa tranquillité.
Nous avons dit qu’à mesure que le nombre des consommateurs augmentait, le système des impôts sur les consommations pouvait et devait être étendu à un plus grand nombre d’objets. Mais il faut, pour que ce système soit productif, qu’il embrasse, comme en Angleterre, des objets à l’usage journalier du plus grand nombre.
Ilne faut pas même regarder comme un symptôme de prospérité territoriale la hausse des fonds publics, pas même la plus grande valeur vénale des fonds ruraux : car, de ces deux effets, le premier prouve l’avilissement ae la propriété territoriale en général , et le second le morcellement des propriétés particulières ; les riches, alléchés par les hauts intérêts des fonds publics, et dégoûtés de propriétés dont ils ne sont que des fermiers pour le compte du gouvernement, les vendent en détaïl à de petits propriétaires dont la concurrence en élève le prix.
ll est vrai que les inquisitions, les prohibitions, les visites, les amendes, les forma-
lités de toute espèce, les armées même que nécessite l'impôt indirect, et auxquelleson se soumet en Angleterre, répugnent encore à l'indépendance naturelle du caractère français. Sur cela, comme sur bien autre chose, nos anciennes habitudes lutteront longtemps contre nos nouveaux usages; il était naturel que l’impôt indirect fût payé avec plus de répugnance là où l’impôt foncier était trèsélevé; mais /a liberté et l'égalité finiront par nous assujettir à leurs formes austères; nous laisserons, comme nos voisins, fouiller nos maisons et nos poches, et nous nous estimerons heureux sans doute d’avoir gagné en liberté politique ce que nous aurons perdu en liberté persennelle, c'est-à-dire d’avoir acquis en faculté de consentir l’impôt, ce que nous aurons perdu en moyens de le payer. cr Au reste, Messieurs, si l’on pouvait douter de l’extrême division des propriétés en France et du malaise qu’elle jette dans la société, il n’y aurait qu’à considérer le prix. qu'on attache aujourd’hui à la confection d’un cadastre général, même parcellaire, qui avait été primitivement fait beaucoup plus pour les pays de petite culture où l’inféodation avait morcelé les propriétés, que pour les autres. Cependant nous ne craignons pas de faire des sacrifices énormes de temps et d'argent pour atteindre un but qui semble tous les jours s'éloigner davantage : car à présent que les esprits, prévenus d’abord par l’exactitude des procédés géométriques nécessaires pour décrire la figure des terrains et en mesurer la contenance, ont vu, par expérience, combien était conjecturale, incertaine, variable et je crois impossible, la classification des diverses qualités de terres sur un sol aussi varié que la France et d'une aussi grande étendue, il s'est élevé en foule des réclamations, des observations, des critiques. De nouveaux plans ont été proposés, sans qu'aucun ait pu résoudre le problème insoluble de la classification des terres. En effet, il y a, dans le plus grand nombre des terres, autant au moins «üe fertilité relative au travail, à l’industrie, aux capitaux de celui qui les cultive, que de fertilité absolue; et c’est cette dernière seule que l'expertise peut évaluer. Nous faisons done un cadastre de peur d'oublier quelque parcelle de terre soumise à l'impôt, comme nous avons un grand-livre pour ne pas omettre une seule des rentes que nous devons payer; ce sont deux grands registres de recelte et de dé-
pense qui ne nous font pas plus riches, et :
nous rendent seulement régulièrement et méthodiquement plus indigents. Mais en même temps que le morcellement toujours croissant rend le cadastre nécessaire, ce même morcellement tend à rendre le cadastre inutile en y jetant une mobilité, une variation et, par conséquent, une confusion
vontinuelles, dans lesquelles on finit par ne-
plus reconnaître le premier travail, en sorte qu'on pourrait prédire que l'extrême division des propriétés forcera le gouvernement à revenir à l'impôt en nature, seule forme de contribution territoriale qui convienne à un territoire infiniment divisé, si même aucune forme de contribution de ce genre peut lui convenir.
Et peut-être, s’il nous fallait un PR abandonner l'impôt foncier, serait-il, dès aujourd’hui, d’une sage politique de l’abolir en en vendant le rachat au propriétaire, comme on l’a fait en Angleterre : nous y trouverions d’abondantes ressources en finance, et peutêtre de grandes améliorations politiques.
J'ai parlé du système de nos imposilions, et non du système de nos finances. Que dire, en effet, sur une science dont les principes sont si peu fixés, qu'on ne sait pas même encore comment en apprécier les résultats et dans quelle forme rendre les comptes? Les hommes accoutumés à chercher au bout des chiffres des démonstrations rigoureuses finissent par ne plus rien comprendre à ces disputes interminables, dans lesquelles les contendants, tous armés de dialectique et d’arithmétique, combattent non pour relever ou défendre quelques inexactitudes échappées à la préoccupation, mais pour découvrir ou contester des erreurs de 10, de 20, de 59, de 100 millions. On se rappelle la longue querelle de M. Necker et de M. de Calonne ; nous avons sous les yeux les observations d’un de nos honorables collègues et les réponses qui lui ont été faites, et nous en recevons tous les jours de nouvelles. J'ai vu des gens habiles frappés de celles que nous a envoyées M. Molard sur les erreurs du budget; et je n'ose pas demander qu'on s’en occupe, de crainte que la matière ne s'embrouille davantage. Même en Angleterre, le système de l’amortissement a été savarnnment attaqué; enfin, de deux hommes connus par leur habileté dans les com- - binaisons financières, l’un reproche au plan de finance de l’autre, dans un Mémoire qui vous"a été distribué, une erreur de 800 mil-
lions. En vérité, ces incertitudes discréditeront la science si l’on n’y prend garde; et de bons esprits en viendront à croire que l’ordre et l’économie sont la seule règle qui puisse guider dans ce labyrinthe, et qu’on se tourmente en vain pour y chercher d’autres principes et pour faire une science de ce qui n’est et ne peut être qu’un art dont la théorie est du bon sens, et la pratique, de la probité.
Je finirai par quelques réflexions sur le
crédit et l’économie.
Le crédit qui consiste à trouver de l’argent à gros intérêts ne manque jamais aux gouvernements puissants et obérés, pas plus qu'aux particuliers. riches qui se ruinent, et les prêteurs n’arrangent jamais mieux leurs affaires qu’avee les maisons dont les affaires sont dérangées. Ce crédit, loin d’être un signe de prospérité, est à la fois symptôme et moyen de ruine; et si l’on en est réduit au malheur d'en faire une ressource, il faut
bien se garder de l'erreur d’en faire un HS
système. #
Mais il y a un autre crédit qui naîyde la sécurité générale sur les événements, et qui fait que chacun, en jouissant du présent, croit à l'avenir. Ce crédit est l’âme et le principe de toutes les combinaisons particulières qui vivifient un Etat et y produisent le travail, l’aisance et le bonheur. Sous l’influence de ce crédit, le commerce et l’industrie font des avances et comptent sur des rentrées; ils entreprennent avec la certitude morale de jouir; ils commencent avec l’espoir d'achever, et s’ils courent les chances de leurs fautes personnelles et des accidents inséparables de l’humanité contre lesquels nulle force humaine ne peut les assurer, ils sont en repos du côté des événements publics dont ils ne peuvent se garantir par leurs propres forces.
Nous avons beaucoup du premier crédit, et trop, peut-être; mais avons-nous assez du second? Et si les spéculateurs de toute l'Europe placent leur argent dans le pays où il y a le plus haut intérêt à retirer, n’y a-t-il pas partout aussi des gens sages qui placent leurs fonds dans le pays où il y a plus de tranquillité à espérer? Ces deux crédits ne reposent pas sur les mêmes éléments et ne s’établissent pas par les mêmes moyens: et lorsqu'un de nos honorables collègues, qui a parlé avant moi, pense que certaines mesures administratives ou législatives qui ont ee prises ont puissamment affermi le pre-
mier crédit, je serai de son avis, à condition qu’il conviendra qu’elles n’ont pas à beaucoup près autant affermi l’autre. Celui-là prospère dans le désordre des affaires; celui-ci, avec l’ordre dans toutes les parties du gouvernement, avec une administration juste, sage et forte, qui fait respecter ses agents quand ils ont raison et ses tribunaux quand ils ont jugé, punit ou récompense lui-même, et ne laisse ces hautes fonctions ni aux Journaux ni aux pamphlets. Tout alarme ce crédit : et l’impunité d’un coupable, et la circulation d’une mauvaise doctrine, et la tolérance d’un mauvais exemple, et tout ce qui annonce qu’un gouvernement manque de connaissance, de volonté ou de force. Ce serait ici le lieu de parler des événements de Lyon, qui n’ont certainement rien ajouté à la sécurité dont a besoin pour son crédit intérieur cette intéressante cité, et qui me paraissent un peu moins éclaircis
__après les éclaircissements qui nous ont été
Ohnés; mais comme député et revêtu d’une
magistrature politique, j'attends les réponses et les documents qui nous ont été annoncés par le commissaire de police si gravement compromis, pour juger cet imbroglio politique, où je ne vois jusqu’à présent que des condamnés que l’on justifie, des juges que Pon accuse, et le gouvernement qui se tait.
Nous avons beaucoup parlé d'économie, et ici encore notre système politique et même domestique est en contradiction avec nos intentions économiques. Autrefois, un grand nombre de familles servaient l'Etat avec le revenu, et, quand il le fallait, agec le capital de leurs biens. Les traitements ou honoraires de l'administration civile, de la justice, même de l’armée, étaient peu de chose; ceux du clergé n'étaient pas à la charge de l’Etat, et les institutions même de charité ou de bienfaisance publique étaient
dotées. Depuis la conversion radicalement
opérée du système territorial en système fiscal, tout ést changé à cet égard. 11 ne faut, pour parvenir aux emplois auxquels nous sommes tous également admissibles, sous la seule condition d’une faveur nécessairement très-inégale, il ne faut que des vertus et des talents, ou quelque chose qui y ressemble.
C’est fort beau, sans doute, mais c’est fort cher : car on ne saurait assez payer les talents et les vertus. Encore, si les talents étaient tous mieux dirigés, et quelques ver-
moins atmbitieuses! El faut donc des trai-
2ents, et des traitements assez forts pour
110% pouvoir vivre en servant l'Etat, et des retraites assez fortes pour vivre encore après l'avoir servi. Ces retraites, ces pensions sont rigoureusement. nécessaires ; il faudrait les donner au plus grard nombre sous le nom d’aumônes, si on ne le donnait pas sous une forme plus décente; et quand l'Etat a pris le bien entier des uns par confiscation, et qu’il prend la meilleure partie du bien des autres par l'impôt, il faut bien qu’il en rende-quelque chose. Ainsi, tout tombe à la charge de l'Etat, même ce qui devait être fait unique-
ment par la famille, et, dans ces dernières
années , jusqu’à la nourriture de tant de malheureux qui l'avaient toujours gagnée par leur travail. Quel peut être le résultat d’un pareil état de choses, qui s'aggrave par
cela seul qu’il se prolonge? Il me Sin aisé
de le prévoir qne prudent de le dire.
Nous appelons à grands cris l’économie:
mais sans discuter le pour et le contre du système de centralisation en administration civile, il est certain que tous les services de l'administration, toutes les affaires et toutes les fortunes sont concentrées dans Ja capitale, c’est-à-dire dans le lieu où la vie est la plus chère, parce que le luxe y est un besoin de première nécessité et le plaisir la première affaire, et où, par conséquent, toute gratuité de fonctions publiques est impossible, et toute modération une austérité qui surpasse les forces humaines. Dans les provinces, on trouverait encore à remplir gratuitement des fonctions importantes qui donneraient une existence publique à la fortune privée, et occuperaient l’oisiveté ; mais il faudrait prendre des indigènes, et depuis longtemps la capitale a eu, ou peu s’en faut, le privilége exclusif de l’administration; et puis on risquerait, en cherchant un honnête homme de telle nuance, de rencontrer un honnête homme d’une autre couleur, et l’on croirait tout perdu.
Nous voulons de l’économie, et nous tombons peu à peu dans un état d’ irréligion et d'immoralité qui est le plus mortel ennemi de l’économie, parce qu’il ne laisse dans les âmes aucun principe de mot lération, de retenue, de modestie, de désintéressement, et qu'il y fait germer et la soif d'acquérir, et la fureur de dissiper.
Nous voulons de l’économie, et toute économie publique est impossible avec le luxe dans les dépenses privées, et l'amour du plaisir que la capitale répand dans les provinces, chaque jour au courant, par le moyen
des journaux, des anecdotes du théâtre et des variations de la mode, et toutes tributaires de l’industrie de Paris, pour le commerce d'objets de luxe dont Paris est, en Europe, le premier entrepôt. Mais le luxe doit faire vivre ceux qu'il a fait naître, et lorsqu'il a multiplié les ouvriers qu'il emploie à ses dispendieuses frivolités, on ne peut diminuer la fortune des uns, ils ne peuvent eux-mêmes réduire leurs dépenses sans condamner les autres à mourir de faim, et à retomber ainsi à la charge de la charité publique ou privée.
7 Nous voulons des économies; mais la
France ne veut pas de celle que l’on nous propose de faire sur la dignité nationale, en renvoyant ces fidèles étrangers, dont l'alliance est un honneur, bien plus que leur