‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 230 sur 306 · SUR LA FIXATION DES DÉPENSES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

SUR LA FIXATION DES DÉPENSES DE LA GUERRE

(Séance du 4 juin 4819.)

Messieurs,

Il est toujours utile de rechercher, dans une assemblée délibérante, pourquoi l’on s’entend et pourquoi l’on ne s'entend pas; il était naturel que les mêmes débats qui s'étaient élevés entre nous, lors dé la loi du recrutement, se renouvelassent lorsqu'il faudrait lui donner ses premiers développements: et c’est ce qui est arrivé; parce que les uns ont considéré la loi sous un rapport politique, et ont fait des raisonnements ; les autres, sous un rapport militaire, et ont fait des calculs; et la raison politique calcule d’autres résistances, évalue d’autres forces que celles que calcu-

lent et qu'évaluent l’arithmétique et la stra-

tégie.

Deux orateurs que le hasard a rapprochés, comme il nous rapproche tous ici, plutôt que leurs opinions (je suis obligé de les nommer), M. de la Bourdonnaye et M. de la Fayette ont seuls, et chacun à leur manière, considéré la loi sous un rapport politique. C’est ainsi que je la considérerai, et c’est ainsi que je l'avais considérée, lors de la loi du recrutement, loi ou plutôt système éminemment et uniquement politique, comme le système des finances, parce que tous les deux ordonnent les forces de l'Etat ; systèmes , par conséquent, qu'il faut laisser faire aux politiques, et dont

les militaires et les fincnciers ne doivent avoir |

que l'exécution. a (*

En effet, Messieurs, j'avais eu l'honneur de vous dire, lors de la discussion sur la loi du ! recrutement, qu’il y avait, pour les Etats, deux systèmes de recrutement, parce qu'il y a deux constitutions d'Etat; que la conseription ou le recrutement forcé était le système des républiques ; et le recrutement volontaire, le système de la monarchie : je vous avais donné la raison locale des anomalies qui se remarquaient, à cet égard, dans quelques Etats de l'Europe, qui étaient ou paraissaient être des monarchies. Je vous rappelais que c'était avee des conscrits que Rome et la France de la révolution, les deux seules républiques vraiment indépendantes qu'il y ait eu au monde, avaient marché à la conquête de l'univers ; et. que c'était avec des soldats volontaires que la

France, monarchie la plus souvent attaquée

de tous les Etats de l'Europe, et la moins armée, plus souvent que toute autre en butte à des coalitions d’ennemis, s'était toujours défendue. Je vous faisais remarquer, comme l’a fait M. de la Fayette, que les Etats n'ont jamais été, dans les invasions sérieuses et générales, défendus que par les peuples, et par ces levées volontaires et spontanées que produisent alors l'intérêt domestique et l'esprit pu-

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