‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 86 sur 306 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ce pelit écrit traite, dans quelques pages, des questions qui ont produit des milliers de volumes. Les publicistes, les Allemands surtout, infinis dans les détails, ont entassé les faits particuiiers, pour y découvrir de quoi fonder les prétentions incertaines et variables des hommes. Au point où est l’'Europe politique, et après tant-de siècles de faits opposés et d’écrits contradictoires, il est temps d'observer les faits généraux pour en déduire le système naturel et fixe des sociétés. La force et le bonheur ne se trouvent que dans les voies de la nature, et la société qui n’y entre pas volontairement y est ramenée avec violence; car la nature n’est que la loi des êtres, et les êtres, tôt ou tard, de gré ou de force, obéissent à leurs lois.

Cette manière générale de considérer les objets est à la science de la société, ou des rapports entre les êtres moraux, ce que l’al-

gèbre ou l'analyse est à la science de l’étendue ou des rapports entre les êtres physiques ; et on peut la considérer comme une méthode générale propre à résoudre les questions particulières.

Cette méthode analytique a été suivie, à quelques égards, par Bossuet, dans ses Discours sur l'Histoire universelle. Elle n’abrége que parce qu’elle ‘généralise, et elle ne surcharge la mémoire de moins de faits que pour donner à la pensée plus d'étendue.

A mesure que l’Europe avance en âge et acquiert des connaissances, l’analyse devient plus nécessaire : l'analyse est aux Connaissances humaines ce que l'or est à l’abondance des autres métaux, un signe plus portatif, et jamais un peuple n’a plus besoin de petits livres que lorsqu'il possède d’immenses bibliothèques.

Page 1