ET DE CELUI DE CAMPO-FORMIO
Tout corps social que sa constitution et des raisons prises dans la nature des choses ( 1 )
(4) Je sais combien on abuse de ce mot nature, dont on fait un être, comme les anciens en faisaient un de leur fatum, La nature cst l'ensemble des rap-
appellent à l’existence, passe, ainsi que le corps humain, par un état d'enfance et d’ac-
ports et des lois des êtres, et elle suppose un auteur, comme Loi suppose un législateur.
croissement pour arriver à l’état de conservetion et de virilité. Son système de conduite politique doit être rélatif à chacun de ces états de sa vie sociale, comme dans l’homme le régime doit être relatif aux différents âges de sa vie physique.
Cette tendance à s'étendre est commune, il est vrai, à toutes les sociétés; mais dans la collision universelle qui en résulte, les peuples institués par l’homme disparaissent:
les nations constituées par la nature, je veux dire celles qui obéissent aux lois naturelles des sociétés, se maintiennent, et les Elats grandissent jusqu'à ce qu’ils soient parvenus à un point d’étendue et de population qui lui donne assez de force propre et intrinsèque pour avoir en eux-mêmes le principe de leur conservation, quand une administration ferme et éclairée sait en développer les moyens.
Aujourd’hui que les connaissances militairessontégalement répandues chez lesnations civilisées, etque la manière de faire la guerre est uniforme, une nation trouve un terme à ses progrès dans les progrès des nations voisines; quelques-unes même ont, à leur extension, des limites fixées par la nature; mers, fleuves, montagnes, langues même, limites que l'ambition de leurs chefs dépasse quelquefois, mais au delà desquelles elles ne font jamais d'établissements durables.
Il faut bien se garder de chercher ici une précision mathématique, et de demander, par exemple, où est la limite juste de l’Autriche et de la Prusse; car, outre que cette précision n’est pas applicable aux vérités sociales comme aux vérités géométriques, il suffit, pour établir la proposition que j’avance, que les grandes conquêtes soient désormais impossibles, et queles grands Etats se balancent réciproquement jusqu’à cequ'ils soient parvenus à un certain degré d'étendue, comme les gouvernements s’agitent jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à un état de constitution, sans que les hommes puissent fixer davantage le lieu où s’arrêteront les progrès que le temps où se fixera la constitution. Or ce balancement réciproque de force entre les Etats chrétiens, qui a commencé en Europe à Charlemagne, est surtout sensible depuis Charles-Quint. Il peut arriver encore qu’un Etat compense ce qui lui manque en étendue pour balancer la force d’un Etat voisin, avec d’autres avantages naturels ou acquis.
C’est ici la différence de l’état ancien du monde à l’état moderne. Rome agissait con-
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tre tous les peuples; mais les autres peuples, trop inférieurs en connaissances, ne réagissaient pas contre elle, ou ne réagirent que lorsque son action fut épuisée ;et, comme leur résistance était purement passive, elle fut toujours surmontée, au lieu que les nations chrétiennes modernes, semblables en lumières et en civilisation, agissent et réagissent les unes contre les autres avec des forces qui tendent à devenir égales.
Une nation parvenue au terme marqué à ses progrès s’y fixe, surtout lorsqu'il est déterminé par des limites naturelles; elle est, pour ainsi dire, au repos; elle cesse d’être dangereuse pour les autres nations, parce qu'elle cesse d’être inquiète; elle n’a plus à attaquer, parce qu’elle n’a plus à acquérir ; et, si elle est encore éxercée par ia guerre ou agitée par des dissensions intestines, effet inévitable des passions humaines, elle n’a plus à craindre d’être effacée, par la conquête, du rang des nations, à moins qu’elle ne recèle, comme la Pologne, dans des vices de constitution un principe d’anéantissement.
Ainsi la nation espagnole, obéissant à un principe naturel d'expansion, a formé sa s0ciété de l'agrégation de plusieurs royaumes:
la Grande-Bretagne, de l'accession de trois pays; la France, de la réunion de plusieurs souverainetés féodales ; l'Allemagne et lV'[talie tendent à réunir, la première plutôt que laseconde, en un ou plusieurs grands corps leurs membres morcelés > et le Portugal, quand il perdra ses colonies, rentrera dans
“l'Espagne, comme la Navarre, détachée de
la: France et de l'Espagne, s’est rejointe à l’une et à l’autre ; comme la Hollande, séparée de la Gaule et de la Germanie, se partagera tôt au tard entre toutes les deux.
Entre les nations chrétiennes qui sont séparées des autres par des limites naturelles et des langues particulières, il faut distinguer la France, l'Espagne, l'Italie, qui peut-être seraient en Europe, aujourd’hui que les nations qui l’habitent ont fait de l’art de la guerrele plus savant des arts, comme une citadelle où lacivilisation se retrancherait entre les mers et les montagnes, si jamais elle était menacée par un débordement de Tartares ; et quisait si la France en particulier, depuis si longtemps le modèle des autres nations, fixée par la disposition des lieux à une quantité déterminée de force territoriale, n’est pas en Europe, pour ainsi dire, comme une mesure publique et commune, sur la-
quelle, pour l'équilibre général de l’Europe et le repos du monde, doit se régler insensiblement la force territoriale des plus grands Etats.
La distinction des sociétés par nations, et des nations par la démarcation des territoires et la différence des langues, terme où s'arrêtent les grandes conquêtes et les grandes révolutions, entre dans les vues du pouvoir suprême, conservateur du genre humain; car, outre que les progrès de l'homme social sont généralement en raison de la force des Etats, et que tout s'agrandit dans les grandes sociétés, plus les Etats sont puissants, moins dans leurs guerres, il.y a d'opposition entre les hommes, et plus ils respectent les droits des gens et de l’humanité. La guerre entre grandes puissances est un exercice nécessaire à leurs forces; elle est, entre de petits Etats, un duel à outrance entre des passions : là elle se fait à force d'art, ici à force d'hommes. Les Françaiset les Russes s'aiment réciproquement, même en se faisant la guerre; les Florentins, el les Pisans, les Vénitiens et les Génois, se haïssent même en pleine paix, et la guerre, qui estaujourd’hui un accident entre grandes nations, était l’état habituel de la société dans ces temps déplorables où toute cité était une république et toute contrée un royaume.
Aucune sociélé en Europe n’était douée d’une plus grande force d'expansion que la France, parce qu'aucune n'avait, dans des lois plus naturelles, des principes de vie plus forts, ni dans sa position géographique des limites plus fixes.
. La France, née dans la Belgique et sur les
bords du Rhin, avait rapidement occupé tout le pays où elle devait s'établir, comme un habile ingénieur embrasse d’un coup d'œil tout le terrain qu'il veut défendre. Mais, dans cette société naissante et peu accoutumée à tant d’étendue, la loi naturelle de la succession indivisible ne s’était pas développée aussitôt que la loi de la succession masculine, La France fut donc partagée en plusieurs Etats ; et même ces belles provinces septentrionales, qui avaient été le berceau de son enfance, et d’où , comme un géant, elle avait commencé sa course, furent postérieurement portées en dot dans la maison d'Autriche, et passèrent à la branche allemande, qui voulut même les incorporer à l'empire germanique.
Ji fallut réunir au trone ces rameaux sépa-
rés, et la France avança lentement et progressivement du midi au nord, comme elle avait, à l’origine de l'établissement, couru du nord au midi ; en sorte qu’elle a fini par la Belgique où elle avait pris naissance, et qu'après une révolution de quatorze siècles le terme de la course à été le point de départ. A
Louis XIV, que les étrangers accusèrent d'aspirer à la monarchie universelle, plutôt, dit Montesquieu, sur leurs craintes que sur leurs raisons, voulut, ce semble, poser luimême une borne à l’accroissement ultérieur de la France par la triple enceinte de places fortes dont il l’entoura du côté du Rhin; mais la disposition à s'étendre au nord, naturelle à la France, a renversé cette barrière artificielle, ou même s’en est servie comme d’un point d'appui pour s’élancer en avant, et l’on dirait que la France n’est tombée dans cet accès de délire, qu’on peut appeler surhumain, que pour y puiser cette force prodigieuse devant qui l’univers s’est tu, ei consommer en peu d'années l'ouvrage de son agrandissement.
C'est là que nous en sommes : la fièvre révolutionnaire s’est calmée quand elle n'a plus eu d'objet, et aux pouvoirs populaires qui détruisent a succédé le pouvoir, un qui rétablit ou qui conserve, quand on sait en connaître la force et s’en servir avec sagesse.
Après ce court exposé, examinons quel était avant la révolution, et quel duit être depuis la révolution, 1e système politique de la France, et cherchons-en la raison dans la nature des choses, et non dans les dispositions variables et passagères des hommes.
La nation française, depuis son établissement dans les Gaules, s’agitait pour s’étendre d’un côté jusqu'aux Alpes, de l’autre jusqu’à l'Océan, au midi jusqu’à la mer Méditerranée et aux Pyrénées, an nord jusqu’au Rhin, borne ancienne des Gaules et de la Germanie ; borne naturelle, puisqu'elle embrasse la Gaule entière (et même la Suisse, toujours partie des Gaules, sous une forme où sous une autre), en s'appuyant d’une extrémité à la partie la plus inaccessible des Alpes, et de l’autre à l'Océan, et que dans ce long cours elle reçoit d'un côté toutes les rivières de la partie adjacente des Gaules, et de l’autre toutes celles de la partie adjacente de la Germanie.
Ce n’était pas une vaine ambition dans ses chefs qui donnait à la France cette tendance
à s'accroître; la nature même lui en faisait une loi, comme elle fait à tout être une loi d'acquérir la plus grande force possible d’étre, parce que la France ainsi limitée se trouvait au plus haut point de la force défensive ou conservatrice d’un Etat, celui où il a le plus de population disponible avec le moins de frontières attaquables.
Depuis que la France touchait aux Alpes,
aux Pyrénées, aux deux mers, elle avait dû . diriger tous ses efforts vers la conquête ou l’incorporation des provinces situées au nord et sur le Rhin, et ses acquisitions sous ses deux derniers rois, Louis XIV et Louis XV, l’Alsace, la Flandre, la Franche-Comté, la Lorraine, lui en avaient préparéles voies et facilité les moyens.
La limite du Rhin n’est pas indifférente à la défense de la France du côté de l’Allemagne, non que le passage d’un fleuve présente à latactique moderne des difficultés insurmontables, mais parce qu'un fleuve, qui borde une ligne de défense dans toute sa longueur, donne de grandes facilités pour en faire parcourir aux troupes les différentes parties, et aussi parce que l’inclinaison des rivières du nord et du nord-est de la France, qui toutes se rendent au Rhin, favorise le transport des hommes et des choses sur les points attaqués, en même temps que cette disposition des eaux ajoute aux difficultés d’une invasion de le part de l’ennemi, obligé, pour pénétrer dans les terres, d’en remonter le cours (1).
Cet accroissement naturel de la France était prévu depuis longtemps par de bons esprits, même en Allemagne, et Leïfbnitz écrivait, il y a un siècle, à Ludolphe: « Je crains que Ja France, réduisant sous sa domination tout le Rhin, ne retranche d’unseul
“coup la moitié du collége des électeurs, et que, les fondements de l'empire étant détruits, le corps lui-même ne tombe en ruine.»
Peut-être aussi était-il nécessaire, pour le maintien de la balance de l'Europe, que la société la plus forte par les avantages de sa position, par la juste proportion de ses parties et leur parfaite correspondance, achevât de se constituer au Midi, à l’instant que la société la plus puissante par l'étendue de ses Etats, forte à la fois de sa civilisation récente et de son ancienne barbarie, je veux
(1) Cette dernière réflexion est tirée des Considérations sur la querre actuelle, par le général Matthieu Dumas, qui le premier à éerit sur la guer-
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dire la Russie, commençait à s’ébranler du Nord, et à peser sur l'Europe.
La France, depuis trois siècles, ne pouvait donc plus s’accroître qu’aux dépens des Etats de l’Empire, et des pays héréditaires de la maison d'Autriche.
La France était donc par la nature même des choses, en état permanent, nécessaire même, d'opposition avec l’Empire et l’Autriche, unique raison des longues et sanglantes rivalités des deux maisons, que tant d'écrivains, échos les uns des autres, ont attribuées à la jalousie personnelle et passagère de François I* et de Charles-Quint ; motif frivole assurément, etsans aucune proportion avec son effet. D'ailleurs, la politique de François I était si peu la politique de la France, que François I* voulait se faire empereur et s'établir en Italie, lorsque le système naturel de la France voulait qu'il ne fût roi que de la France, et qu’il ne s'étendît que vers l’Allemagne.
Cette discordance, plus commune autrefois qu'aujourd'hui, entre le système politique des cabinets et le système des sociétés, c’est à-dire entre le-système de l’homme et celui de la nature, est ia ruine d’un Etat quand elle se prolonge. La& France en a fait une funeste expérience dans les guerres d'Italie, contraires à son système naturel, lorsque son gouvernement voulait y former un établissement, comme sous les Valois; mais qui sont rentrées dans ce système, lorsque les conquêtes faites au delà des Alpes ont servi d’objets d'échange contre des provinces contiguës à la France, comme il est arrivé sous Louis XV et dans la guerre actuelle.
L'Etat le mieux gouverné dans ses relations extérieures, et qui à la longue a les succès les plus soutenus, est donc celui dans lequel le système du cabinet est le plus constamment d’accord avec le système de l'Etat. On a cru longtemps que le cabinet de PEurope qui, depuis longtemps, avait le moins dévié de son système naturel était cclui de Turin ; car il faut prendre gardequ’une politique habile doit varier quelquefois dans son système accidentel pour rester toujours fidèle au système fondamental de l'Etat. Au reste, on ne doit Jamais perdre de vue que, pour juger de Ja sagesse d’un système politique, il ne faut pas considérer l'Etat pendan‘
re d’une manière aussi large que les Français l'ont faite.
la guerre, mais après la guerre, cf quelquefois même après un intervalle de temps assez long pour que les événements préparés dans un temps aient pu se développer dans un autre et parvenir à leur maturité (1). Cette réflexion est particulièrement applicable à un temps de révolution générale, pendant lequel on ne peut pas toujours juger le sysième des cabinets, ni même reconnaître celui des Etats, parce qu’une révolution trouble momentanément la politique ordinaire, pour y établir ou y afermir les rapports naturels.
Le gouvernement français, rentré, depuis François 1° et vers le temps de Henri 1V, dans le système naturel de la France, l’agrandissement sur les terres de la maison d'Autriche et de l’Empire, croyait donc devoir naturellement s’allier avec les puissances qui désiraient l’affaiblissement de cette maison, et par cette raison, plutôt avec les princes protestants de la ligue germanique qu’avecles princes catholiques. D'ailleurs, l’accroissement de la France devait principalement se faire aux dépens des Etats catholiques placés sur la rive gauche du Rhin.
Depuis Henri IV, la France a donc dirigé toutes ses démarches conformément à ce système d'opposition à la maison d'Autriche et l’Empire.
Ce fut dans cette vue que François E°, Henri {V, Richelieu, Mazarin, firent alliance avec les princes allemands contre l’empereur, et avec la Porte-Ottomane contre la maison d'Autriche. Il fallait un lien à ce faisceau de petits princes germaniques. La France effrayait ses propres alliés de son ambitieuse protection; catholique, et non possessionnée en Allemagne, elle était sans intérêt aux yeux des uns et sans qualité aux yeux de tous, pour s’immiscer dans leurs affaires politiques. Elle fut au fond du Nord chercher la Suède, puissance protestante et co-Etat de l’Empire, qu’un zèle de secte et un homme, le plus grand roi de ces derniers temps, avait jeté un moment hors de sa politique comme de ses limites, et qui, à l’époque du traité de Westphalie, encore toute brillante de ses succès dans la guerre de trente ans, s'était élevée à un degré de force, ou plutôt de considération, qu’elle n’a pu soutenir, parce qu’il portait sur :a base ruineuse de principes populaires en politi-
(1) Il a été souvent militairement utile d’occuper le Piémont; mais ce pays ne fait point naturellement partie de la France. De là vient qu'il n°y
que comme en religion, et qu'il était hors de toute proportion avec ses moyens naiurels.
Cette alliance de la France avec les ennemis de la maison d'Autriche, alliance qui se composait à la fois de sa propre force et de la faiblesse de ses alliés, les uns faibles par: la position de leurs Etats, l’autre faible par son ignorance ; celui-là acculé à Ia mer Baltique, et voisiu du pôle; celui-ci enfoncé dans la mer Noire, et à moitié hors de l’Europe, cette alliance, dis-je, devait à la longue porter des fruits amers pour la France elle-même, mettre tous ses alliés, l’un après l’autre, sous le joug autrichien, et donner
ainsi à la maison d'Autriche ure prépondé-
rance de forces incompatible avec l’indépendance de ses voisins. Mais, à la place de la Suède, déchue de la puissance pour avoir abusé de sa force, et trop occupée à se défendre elle-même de sa propre constitution pour s'occuper de celle du corps germanique, il s’éleva dans le sein même de l’Empire, à la faveur des craintes réciproques de la France et de l’empereur, une puissance que fonda lesprit militaire du père, que hâta le génie guerrier du fils, et qui opposa avec succès sa jeunesse audacieuse à la robuste vieillesse de la monarchie autrichienne.
Le traité de Westphalie, garant en apparence de la constitution germanique, y avait mis un germe de mort en y détruisant l'unité, sans laquelle il n’existe point de cons-titution, puisqu'il avait opposé la puissance des membres au pouvoir du chef, et la ligue protestante ou le corps évangélique à l'union des princes catholiques, dont le monérque autrichien était le protecteur.
Mais, dès que la puissance prussienne se fut élevée dans l'Empire, plus forte que la Suède, et même à cette époque, à cause de sa constitution toute militaire et des talents de son chef, militairement plus forte que la France, il n’y eut plus en Allemagne que les formes extérieures d’une constitution ; et, si les publicistes de Ratisbonne la cherchèrent encore dans la Bulle d'or et les protocoles de leurs chancelleries, les hommes d'Etat de tous les pays ne virent plus une constitution là où ils voyaient deux pouvoirs égaux et bientôt rivaux, et ils purent prévoir dès lors qu’un jour la Prusse vou-
avait jamais été réuni, quoiqu'il eût été souvent occupé.
drait balancer la maison d'Autriche et partager l'empire, et c’est ce qui est arrivé dans cette guerre où l’on a vu la Prusse comprendre dans sa ligne de neutralité la moitié de l’Allemagne, la détacher de la maid’Autriche , et la couvrir de sa protection.
Cependant un intérêt commun, le désir d’abaisser la puissance de la maison d’Autriche, unit l’une à l’autre la France et la Prusse, qui, plus forte contre sa rivale que tout le corps germanique ensemble, et voisine de ses Etats héréditaires, lui porta les coups les plus sensibles, lui enleva même une de ses plus belles provinces, et donna pendant trente ans à l'Europe le brillant, mais trompeur spectacle d’un hommequilutte avec son génie contre une puissante société.
Cependant, les rapports de la France avec l'Empire et l’Autriche n'étaient plus les mêmes. Son influence sur l’Allemagne avait baissé depuis l'élévation de la Prusse sur l'horizon politique, et la facilité de développer son système naturel d’accroissement sur la Belgique et l'Allemagne cisrhénane n’était plus aussi grande.
La France déterminée, trompée peut-être par une crainte héréditaire de la maison d'Autriche, et qui croyait toujours voir le fantôme de Charles-Quint dans ses successeurs affaiblis, s'était couverte, au traité de Westphalie, des princes allemands, des protestants surtout, contre la maison d’Autriche. Mais ces princes, protestants ou catholiques, ne voulaient pas plus l’agrandissement de la France que celui de sa rivale; et, placés par la France ellemême entre elle et l'Autriche, ils faisaient aussi équilibre à l'ambition de toutes deux. Cet équilibre de volonté, plutôt que de force, cause de toutes nos guerres et de tous leurs malheurs, n’avait pas arrêté les progrès de la France sous Louis XIV, tant qu’il n’y avait eu dans la balance que des Etats sans force, comme les électorats ou même la Hollande ; mais, lorsque la confédération germanique compta au nombre de ses membres une puissance telle que la Prusse, et surtout un roi tel que Frédéric, la France, affaiblie en même temps par une administration vacillante qui laissait crouer sous elle la base des anciennes mœurs et des anciennes lois, ne joua plus en Allemagne, et par conséquent en Europe, qu'un rôle secondaire. L'Europe vit avec élonnement le marquis de Brandebourg déclarer la guerre au roi de France, et les armes de
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la France déshonorées à Rosbach par un membre de cette même confédération qu'elle avait élevée et sontenue à grands frais pour lui servir de rempart contre la maison d’Autriche. Alors la confédération germanique eut dans son sein un autre garant, ou plutôt un autre chef puissant et présent, et la France devint aussi étrangère au corps germanique que la Suède, parce qu’elle lui devint aussi inutile. Le développement du système naturel de la France, Je veux dire son achèvement au Nord, en fut contrarié; ear la Prusse, qui, pour s'emparer de la Silésie, s’était servie de l’alliance de la France, la Prusse, co-Etat de l’Empire, n'aurait pas alors plus aidé la France à s'emparer des pays allemands que le roi érès-chrétien n’aurait, quoique allié des Turcs, permis qu’ils soumissent l'Autriche à leur domination.
Mais c'était surtout latendance dela France à s'étendre sur la Belgique qui était arrêtée ou suspendue par la Prusse.
Cette puissance, que des liens religieux, politiques et domestiques unissaient à l’Angleterre, et surtout à la Hollande, n'avait garde de permettre Ja réunion de la Belgique à la France, réunion que ces deux puissances redoutaient plus que tout autre événement. D'ailleurs la Hollande, où il n'y avait plus que de l’argent, ne pouvait se passer de la protection continuelle d’une grande puissance continentale, et la Prusse, en éloignant la France des Pa&ys-Bas hollandais, se réservait exclusivement le droit de protéger un Etat qui a toujours si bien payé ses protecteurs. Enfin la Prusse voyait sans peine, au moins jusqu à une autre disposition de choses, les Pays-Bas entre les mains du chef de l’Empire et de la maison d'Autriche, qu'ils affaiblissaient par leur éloignement, qu’ils exposaient, en cas de guerre, à une invasion prompte et facile ; et ce ne fut que lorsque Joseph I annonça le projet de les abandonner, et qu’il en proposa au duc des Deux-Ponts l'échange contre la Bavière, que la Prusse conçut peut-être le projet de les réunir aux Provinces-Unies, pour en former un Etat à la maison d'Orange : du moins il serait difficile de donner un motif plus politique aux troubles qui se manifestèrent dans les pays de Liége et de Brabant, ‘et auxquels il fut public en Europe que Ja cour de Berlin n'était pas étrangère.
Quoi qu’il en soit de ces mystères politiques, qui ne peuvent être rendus sensibles que par leurs effets, l’attention de la Prusse
OEcvexs coup. DK M. pe BonaLp. IT, . 16
à ôter à la France toute influence sur Îles déterminations de la Hollande ne fut pas équivoque, et dans la guerre d'Amérique, où la partialité du conseil stathoudérien, en faveur de l’Angleterre, fut marquée d’une manière si fâcheuse pour les projets maritimes de la France, la Prusse se déclara hautement contre le parti français, et étouffa ou prévint les effets du ressentiment de la cour de Versailles par une invasion à force ouverte, mortifiante pour la France, dont elle révéla à l’Europe la nullité politique et militaire.
Cependant le gouvernement français se consumait en intrigues, et s’épuisait d’argent pour ajuster son ancienne politique avec ses nouveaux rapports, et il s’obstinait à suivre des routes où tout était contradiction et obstacle, au lieu d’entrer dans les nouvelles voies que les événements lui ouvraient. Puissance monarchique, elle se faisait l’alliée publique ou secrète de tous les Elats populaires et de tous ceux qui voulaient le devenir ; puissance catholique, elle se faisait l’alliée de toutes les puissances protestantes, et société civilisée, l’alliée d’un peuple barbare. Elle envoyait de l'argent en Suède, et la Suède, avec son pouvoir partagé et ses diètes vénales êt factieuses, restait dominée par l'influence de la Russie.
Elle envoyait des officiers en Pologne, et la Pologne, avec son pouvoir avili et sa noblesse ambitieuse, était démembrée à ses yeux, et partagée entre son ennemi et son allié. Elle envoyait des négocialeurs en Hollande, et la Hollande, avec ses délibérations éternelles, n'en restait que plus asservie à l’Angleterre. Elle envoyait des ingénieurs en Turquie, et la Turquie, avec son ignorance, n’en restait que plus faible et plus barbare; el ce qui prouve combien le bel esprit en France avait étouffé le bon sens, c’est qu’on n’y voyait pas que les connaissances perfectionnées sont le résultat de la civilisation, et non le moyen de la civilisation; qu'avant de faire des Turcs des tacticiens habiles il fallait en faire des hommes civilisés, ce qui n’est pas pour un peuple l’ouvrage de la politique, en-
(1) Le même parti qui soutenait en Angleterre la souveraineté du peuple attendait le règne. visible de Christ pendant mille ans. Cette opinion inconnue à l'antiquité, dit Bossuet, fondée sur quelques pas sages de l’Apocalypse interprétés à la manière charnelle des Juifs, a reparu même dans notre révolution, et en général on peut dire qu’elle est le rêve
des sociétés malades. Une opinion qui sereproduit ,
15% core moins de la philosophie , et qu'au lieu de leur envoyer des géomètres, il eût mieux valu sans doute leur envoyer des missionnaires. La France était partout par ses intrigues, elle n’était nulle part par sa force ; et l'Autriche, qu’elle voulait abaisser, devenait toujours plus forte en Allemagne par l’affaiblissement de ses ennemis.
Dans cette alliance de la France avec Îles princes germaniques, les puissances du Nord et la Porte-Ottomane, il n’y avait de lien commun qu'une crainte bien ou mal fondée de la maison d'Autriche; tout lereste, constitution politique et religieuse, système naturel des Etats, vues secrètes des chef, tout était discordant ou même opposé, et ces corps dissemblables ne se touchaient que par des angles.
J'ai dit la religion, et l’on me permettra ici une digression nécessaire. Si la religioit n'entre pour rien dans le système politique des cabinets, elle entre pour tout dans le système naturel des sociétés, et jamais les hommes d’Etat ne doivent s’en occuper davantage que lorsque les administrateurs !a comptent pour rien.
On n'a qu'à jeter les yeux sur l’Europe, et réfléchir à l’union naturelle qu'ont entre eux deux systèmes fondés également sur la nature de l'homme, dont l’un règle ses volontés, et l’autre ses actions, pour se convaincre de l’influence réciproque qu’exercent l’un sur l’autre la religion et le gouvernement. Le catholicisme s'allie naturellement à l’uité du pouvoir politique, parce qu'il est un aussi, et le protestantisme penche vers la démocratie, parce qu'il est populaire: comme elle, et qu'il établit dans l'Eglise l'autorité des fidèles, comme la démocratie établit dans l’Etat l'autorité des sujets ou la souveraineté; car c’est le presbytérianisme qui, le premier, en afait un dogme politique (1). Le presbytérianisme est donc une démocratie religieuse, et la démocratie un presbytérianisme politique ; et c’est précisément ce qui à fait naître dans toute l’Europe, tantôt la réformation au sein de la démocratie, et tantôtla démocratie au sein de Ja r£formation.
sans cesse à sans doute sa raison dans une grande pensée. Serait-ce qu’il est naturel que les nâtions qui voient périr leur pouvoir particulier et local recourent au pouvoir général des honimes et des nations ? Il à été un temps, sous la seconde race, où, dans le midi de la France, on datait les actes du règne de Jésus-Christ.
En Angleterre, la constitution religieuse est mixte de catholicisme et de calvinisme, comme la constitution politique est mixte de royauté et d'Etat populaire. En Prusse, Etat calviniste, si les formes sont monarchiques, le principe tout militaire de la constitution vise au despotisme, et le despotisme n’est au fond que la démocratie dans le camp, comme la démocratie proprement dite est le despotisme dans la cité, Aussi Montesquieu remarque avec raison que le despotisme des empereurs romains ressemblait fort à la démocratie des tribuns.
Cette opposition du protestantisme à l’unité de pouvoir fut d’abord moins sensible, parce que les peuples retinrent l'esprit de l'ancienne religion qu'ils venaient d’abandonner; mais peu à peu le protestantisme dégénéra en un philosophisme indocile et hautain (1), qui porta cet esprit d’opposition jusqu à la haine la plus furieuse. L’Angleterre, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Bohême, la France, en éprouvèrent les terribles effets. La révolution française n’a pas eu un autre principe; il s'aperçoit dans Îles troubles qui agitent sourdement la Grande- Bretagne, et qui y produiront tôt ou tard une explosion violente ; la Prusse en est intérieurement plus travaillée peut-être qu’aucun autre pays, et l’on re peut douter que le gouvernement qui a pesé sur la France jusqu’au 148 brumairen’eût trouvé dans cette disposition bien connue des esprits de puissants moyens d'inquiéter la Prusse, s’il n’eût jugé de son intérêt de ne pas troubler une ” puissance dont la neutralité fui était ou lui paraissait utile.
Cette discordance de formesunes du gouvernement prussien avec l'esprit populaire de son culte affaiblit cette société, et empê-
(1) I a même si fort dégénéré depuis que cet ouvrage est écrit, que dans la métropole du protestantisme il n’est plus permis de parler dans les temples sur la divinité de Jésus-Christ. Dans plusieurs contrées de l'Allemagne le protestantisme nest plus une religion; il n’a plus ni dogme, ni culte; c’est tout au plns une secte philosophique où l’on n’enseigne plus qu’une morale qui n’effraye pas trop les passions, et dont on prend ce que
on veut. Du reste il y a autant de sectes différentes qu'il y à de maîtres qui se mêlent d’enseigner. Enir.
(2) Ce traité reconnut aux Suisses une quasi pleine liberté; expression parfaitement vraie, si on l'entend de la liberté extérieure de la Suisse, trop faible pour jouir au milieu de grandes puissances d'une indépendance réelle et entière, et soumise à toutes les influences politiques; expression plus vraie encore, si on l’entend de la liberté intérieure ou politique ; car, si l’on observe les priviléges que:
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cherait peut-être qu’elle n’eût, au besoin, autant de force de conservation et de résistance qu’elle a montré de force d'agression.
Cet Etat, où les opinions philosophiques de son plus grand roi, accréditées par ses succès militaires, ont répandu un extrême libertinage d’esprit, manque de ce principe de vie que la religion seule communique aux sociétés, en donnant la raison du pouvoir et le motif des devoirs. « Jamais Etat ne fut fondé, » dit Jean-Jacques, « que la religion ne lui servit de base. » La Prusse est encore un camp plutôt qu’une société :.
sa population est toute en soldats comme son territoire est tout en frontières, et jusqu’à présent ses amis ont pu lui désirer celte disposition dans les hommes qu’on appelle esprit public, ressort puissant qui peut rétablir une nation des crises les plus désespérées, et qu’on retrouveraitau besoit dans plusieurs Etats, et cette disposition de territoire qui permet de défendre les points attaqués, sans trop s'éloigner de ceux qui peuvent l’être.
Je reviens à la France et à l’Allemagne.
Le traité de Westphalie avait donc constitué, ou plutôt reconnu en Europe les Etats populaires, et l’on peut douter qu’il eût été signé par saint Louis et par Charlemagne.
A ne le considérer ici que sous un point de vue politique, il garantissait la constitution germanique, véritable démocratie de princes, de nobles, de villes, de chapitres et de monastères. Il garantissait encore la démocratie dela Suisse (2) et de la Hollande, et la nature qui ne fait nulle partde démocratie, parce que la démocratie estcontraire aux loisnaturelles des sociétés, repoussaitde l’AÏlemagne cette constitution bizarre, si forte contre les faibles, mais si faible contre les
les villes capitales des cantons s'étaient arrogés sur les campagnes, au moins dans les cantons aristocratiques, on peut dire de la Suisse ce que Montesquieu dit de la république romaine, « que la liberté était au centre et la tyrannie aux extrémités. » On ne le saura jamais assez, il n’y avait pas de peuple plus libre que le peuple Français, soit de la liberté domestique qui consiste à ce que chaque individu puisse exercer tel genre d'industrie honnête qu‘ii lui plaît; soit de la liberté politique, qui consiste à ce que chaque famille puisse s'élever par ses seules forces, et parvenir à l’état public. 11 y avait cependant en France des individus à qui la loi ou l'opinion interdisait toute industrie uniquement lucrative, ét des familles qui ne pouvaient revenir à l'état purement privé. C’est ce qu’on appelait les nobles et la noblesse, vérilable servitude publique, nécessaire pour assurer la liberté publique, et dont la condition naturelle (de laquelle la vanité avait fait un privilége) était de servir.
forts. Le traité de Westphalie garantissait contre la France l'intégrité du territoire allemand, et y incorporait mème la Belgique, eomme enclave du cercle de Bourgogne, déclaré étre et demeurer membre de l'Empire, et il yavait dans les choses une disposition naturelle qui tendait à réunir à la France une partie du territoire allemand. Le traité de Westphalie garantissait doncles volontés de l’homme contre les volontés de la nature.
C'était assurer un monceau de sable sur les bords d’un fleuve. Aussi la constitution germanique n’a jamais été plus observée, même en Allemagne, que le territoire allemand n’a été respecté par la France, et le traité lui-même a souffert de nombreuses dérogations.
Le traité de Westphalie établissait donc un système politique purement provisoire, soit à l'égard de la France, soit à l'égard de l'Allemagne. Le seul traité définitif que la France ait conclu est le traité des Pyrénées, et les seuls définitifs qui lui restent à conclure sont le traité des Alpes, et le traité du Rhin.
La France, l’Allemagne, l’Europe, la société politique et même religieuse, étaient donc constituées en état provisoire par le traité de Westphalie. 11 n’est pas question le savoir si l'on pouvait faire mieux à cette époque, et cette discussion est aujourd’hui complétement inutile. Les fautes d’un temps sont la suite obligée des erreurs d’un autre, et les hommes appellent souvent bien ce qui n’est en soi, et aux yeux de l’éternelle raison, qu’un état provisoire de moins mal qui prépare de loin à l'état permanent qui ne peut être que le vrai bien.
Ce traité, bon ou mauvais, avait été passé dans un certain état, et pour un certain état de l’Europe, et cet état avait changé. Les petites puissances étaient devenues plus fortes, et les princes d'Allemagne, entre autres, s'étaient appauvris en voulant rivaliser de luxe avec la France, et l'emporter sur la : maison d'Autriche. La Suède était rentrée dans ses bornes, et la Turquie était restée dans sa barbarie. La Prusse, la Russie, l’Angleterremême, s'étaient agrandies ; la France et l'Autriche s'étaient étendues. L'Europe actuelle n’était donc plus l’Europe du traité de Westphalie. L'Europe d’alors était l’Eu-
(4) Les petits princes d'Allemagne avaient en France des biens et des régiments; plusieurs parties de la France étaient situées dans des diocèses allemands : c'étaient autant de liens politiques et
rope des petits Etats, comme celle d’aujourd'hui est l’Europe des grandes puissances, et ces changements dans la force respective des Etats avaient mis nécessairement de la contradiction entre les rapports garantis au traité de Westphalie, et ceux établis par la nature mème de la société.
L'Europe se trouvait donc insensiblement placée dans un ordre de choses et un système de rapports généraux et particuliers que le traité de Westphalie n’avait pas prévus, qu’il n'avait pas pu prévoir, et pour lesquels il n'avait pas été fait.
L'Europe était donc réellement depuis longtemps, et particulièrement depuis le traité de Westphalie, constituée, pour ainsi dire, en révolution générale, puisqu’une révolution n’est que l'effort que fait la société pour passer d’un état provisoire, état contre nature, à l'état fixe et par conséquent naturel, et pour mettre ainsi les hommes d'accord avec la nature ; et, comme le traité de Westphalie avait constitué ou plutôt garanti l’état provisoire, en sanctionnant l’existence des sociétés populacières, cause constante de dégénération et de trouble, le traité dont celui de Campo-Formio a jeté les bases consti.
tuera l’état naturel et définitif en fixant les grands Etats dans leur constitution naturelle et leurs limites naturelles, ou en Les disposant à y parvenir un jour; car la société marche lentement, parce qu’elle ne s’arrête jamais.
La Belgique, véritable pomme de discorde en Europe, parce que la nature veut qu’elle soit à la France, et que les hommes ne le veulent pas ; la Belgique a été, pour ainsi dire, le berceau de la révolution présente, comme elle avait été celui d’une révolution au xvi° siècle ; et aujourd’hui comme .
alors, les troubles religieux ont amené les troubles politiques.
En effet, le foyer des mouvements politiques de l’Europe était dans la Belgique, parce que c’était à l’occasion de ces belles provinces que la contradiction entreles grands Etats se faisait le plus sentir.
La Belgique devenait tous les jours plus française de mœurs, de langage et d’inclination, et l’on peut en dire autant de l’Allemagne cisrhénane (1). Comprise dans les limites des Gaules, elle avait fait partie de
religieux par lesquels la France attirait à elle la partie voisine de l’'AHemagne, et ils étaient alors précieux à maintenir. Aujourd’hui ces liens se rompent; la France ne souffre rien sur son territoire
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la Franee et cherchait à s’y rejoindre. Les publicistes feraient valoir ici les droits de suzerainelé, de mouvances, de possession; la nature ne connaît que des nécessités, ou desrapports naturels, et ils étaient évidents.
Mais, si la France tendait à se fortifier par l’incorporation de la Belgique, la maison d'Autriche, obéissant aussi à ce principe de conservation qui a si puissamment agi dans cette société, tendait à se fortifier aussi en détachant d’elle ces mêmes provinces, colonie territoriale qui a perdu l'Espagne et qui perdra tout possesseur éloigné; elle les offrait en échange de la Bavière et cherchait à étendre ses possessions d'Allemagne et son royaume de Hongrie. Rien ne prouve mieux combien les gouvernements sont, indépendamment des hommes, entraînés par une disposition naturelle des choses, que de voir l’empereur et l’Empire rendre eux-mêmes plus facile la séparation de la Belgique de la monarchie autrichienne, par l’inobservation de eet article du traité de Westphalie qui déclare que le cercle de Bourgogne est et demeure membre de l'Empire; et de voir qu’en même temps que Joseph II s’agrandissait en Pologne, il faisait tout ce qu’il fallait pour livrer à la France les Pays-Bas, “’est-à-dire qu'il en démolissait les forteresseset qu'il en indisposait les peuples ; car, quoique lintention de la maison d'Autriche ne fût pas de céder les Pays-Bas à sa rivale, les Pays-Bas, quand l'Autriche s’en détachait, ne pouvaient naturellement appartenir qu’à la France,
Mais ni l'Autriche ni la France n'étaient d'accord là-dessus avec leurs alliés ; et ici surtout se faisaient sentir la faiblesse et la contradiction du système des cabinets. L’Angleterre et la Hollande, ennemies de la France, voulaient forcer l'Autriche à garder les Pays-Bas, dont, pour leur propre intérêt, elles lui rendaient la possession onéreuse et la défense impossible ; et la Prusse, alliée de la France, ne voulait pas que la France les occupât, et même elle empêchait Joseph II de conclure avec le duc äes Beux- Ponts, héritier éventuel de la Bavière, l’échange dont nous avons parlé.
Un intérêt semblable, si ce n’était encore un intérêt commun, formait donc, même à leur insu, un point de contact entre la France et l’Autriche, et les disposait à s’unir. Elles
qui appartienne à l'Allemagne, comme elle ne veut rien conserver sur le territoire allemand. Tout est fini de ce côté pour l’une et pour l'autre, et ces