‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 115 sur 454 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

A MADAME AGNÈS NIETO.

Lettre de condoléance sur l'emprisonnement de son mari. — La sainte l'exhorte à la patience , d reconnaître les desseins de Dieu sur elle, et à penser à l'éternité.

La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, Madame, et vous donne la patience dont vous avez besoin pour soutenir courageusement l'affliction qu'il a plu au Seigneur de vous envoyer. Je la ressens cette aiîliction bien vivement, quelque persuadée que je sois que les malheurs et les disgrâces de cette vie sont des biens inestimables, dont Dieu favorise les personnes qu'il aime d'un amour de préférence ; car c'est le moyen que la divine Sagesse a choisi pour les réveiller de leur assoupissement, pour leur faire mépriser les faux biens de ce monde, et pour qu'elles aspirent avec ardeur à ces vrais biens qui nous attendent dans la céleste patrie.

Il s'est élevé cette année tant de tempêtes et tant de persécutions contre des personnes innocentes, que j'ai été d'abord sensiblement touchée de l'emprisonnement de M. votre mari. Mais ayant appris depuis que son affaire est la même que celle de M. le duc d'Albe, je m'en suis en quelque sorte consolée, dans la confiance qu'elle n'aura pas de mauvaises suites, et que bientôt il sera eu liberté. Permettez-moi, Madame, de lui dire combien je l'honore, et de le prier de considérer souvent qu'il viendra un jour où il ne voudrait pas changer ses fers pour toutes les chaînes d'or qu'il y a dans le monde. Je prie Dieu de lui Jour

ner une santé parfaite ; elle lui fera soutenir plus tranquillement l'ennui de sa captivité.

Comptez, s'il vous plaît, Madame, qu'on ne peut prendre plus de part que moi à tout ce qui vous regarde, et que je recevrai toujours le contre-coup de ce qui vous arrivera. J'ai un très-grand soin de vous recommander l'un et l'autre à Notre-Seignenr, quoique j'aie bien moins de compassion devons, .Madame, que île M. votre mari; persuadée que Dieu vous a donné une vertu à l'épreuve des plus durs événements. Plaise à sa divine majesté de vous conserver et de vous combler d'autant de grâces et de bénédictions que vous en souhaite celle qui est, avec bien de rattachement, votre indigne servante.

Thérèse de Jésus.

Ce k février 1579.

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