II' EXCLAMATION
Comme l'âme qui aime beaucoup Dieu se trouve partagée entre le dé ir de jouir de lui , el l'obligation d'aider te prochain.
Je considère souvent, mon Sauveur, que, si l'âme peut se consoler en quelque sorte de vivre sans vous , c'est dans la retraite et la solitude, parce qu'alors elle se délasse et se repose dans celui qui est son véritable repos : quoique alors même , s'il arrive qu'elle ne jouisse pas de vous avec une entière liberté, elle sente souvent redoubler sa peine; mais quand elle considère qu'elle souffre encore bien davantage lorsqu'elle est obligée de traiter avec les créatures, cette peine se change en délices.
Mais d'où vient, mon Dieu, qu'une âme qui ne veut pointavoir d'autre contentement
même. La traduction du P. Cyprien , qne nous venons de citer, nous a paru à bien des égards trèsestimahle : nous nous en sommes servis pour éclaiicir, dans cei opuscule et le suivant , quelques eudroits de la traduction de M. d'Andilli, qui nous paraissaient obscurs et louches.
ESPK1T DE SAINTE THERESE - PAUT. V. OPUSCULES.
ZZS
que celui de vous contenter, vous quitte souvent pour aller servir ses frères, comme si elle se lassait de jouir dans vous d'un si saint repos? 0 amour tout-puissant de mon Dieu, que vos effets sont différents de ceux que produit l'amour du monde 1 Celui-ci ne veut point de compagnie, parce qu'il lui semble qu'elle le sépare de la personne qu'il aime; mais le vôtre, ô mon Dieu 1 s'augmente, au contraire, plus il voit augmenter le nombre de ceux qui vous aiment, et sent diminuer sa joie lorsqu'il considère que tout le monde ne jouit pas d'un si grand bonheur.
C'est pour cette raison , 6 mon bien suprême 1 qu'au milieu des plus grandes consolations qu'on reçoit avec vous, l'âme s'afflige lorsqu'elle se représente le grand nombre de ceux qui les méprisent , et qui en seront privés éternellement: ainsi elle cherche des moyens d'engager ses frères à participer à son bonheur, et s'en prive avec joie lorsqu'elle espère de pouvoir le procurer aux autres.
Mais, ô mon Père céleste 1 ne vaudrait-il pas mieux remettre ces désirs à un autre temps où l'âme se trouvât moins consolée de vos faveurs, et qu'elle s'employât alors tout entière à jouir de vous ? Jésus mon Sauveur, que l'amour que vous portez aux enfants des hommes est admirable, puisque le plus grand service qu'on puisse vous rendre est de vous abandonner pour procurer leurs avantages ! et c'est sans doute par ce moyen que nous vous possédons plus pleinement. Il est vrai que notre volonté goûte alors moins de douceurs ; mais notre âme se réjouit de la satisfaction qu'elle vous donne ; elle sait que tous les contentements que nous recevons ici-bas , ceux môme qui semblent procéder de vous, n'ont rien d'assuré s'ils ne sont accompagnés de la charité que nous devons avoir pour notre prochain. Quiconque ne l'aime pas, ne vous aime pas , ô mon Rédempteur ! puisque vous avez fait voir, par l'effusion de tout votre sang, l'excès de l'amour que vous portez aux enfants d'Adam.
IIP EXCLAMATION.
Sentiments d'une âme pénitente dans la vue de ses péchés et de la miséricorde de Uteu.
Quand je considère, ô mon Dieu ! la gloire que vous avez préparée à ceux qui accomplissent votre sainte volonté jusqu'à la fin, avec quels travaux et quelles douleurs votre Fils nous l'a méritée ; quand je considère combien nous étions indignes d'une si grande faveur, et combien il est juste que nous ne payions pas d'une extrême ingratitude l'amour extrême qu'il nous a porté, et dont il nous a donné des preuves qui lui ont coulé la vie; quand je considère, dis-je, toutes ces choses, mon âme se trouve saisie de la plus sensible affliction. O mon Rédempteur! est-il possible que toutcela s'efface de l'esprit des hommes, et qu'après avoir perdu le souvenir de tant de giâces , ils aient encore la
hardiesse de vous oirenser? Est-il possible qu'ils s'oublient ainsi eux-mêmes , et qu'au milieu de notre oubli pour vous, vous vous souveniez encore de nous? Est-il possible que vous ayant porté un coup mortel par notre chute , vous ne laissiez pas de nous tendre la main pour nous relever, et nous tirer ainsi de cette mortelle frénésie, afin que nous vous priions de nous guérir? Bénissons à jamais un si bon Maître ; publions sans cesse la grandeur de sa miséricorde, et donnons à la tendresse de sa compassion pour nous les louanges éternelles qu'elle mérite.
O mon âme, bénissez à jamais un si grand Dieu ! Comment peut-il se faire que l'on s'oppose à ses volontés ? et quel sera le châtiment de ceux qui seront ingrats envers lui, puisque la grandeur de leur supplice sera proportionnée à celle de ses faveurs et de ses grâces ? O mon Dieu, ne permettezpas un si grand malheur ! O enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur endurci ? jusqu'à quand opposerezvous votre dureté à la tendresse incomparable de Jésus ? Croyons-nous donc que notre malice en le combattant demeurera victorieuse? Ne savons-nous pas que la vie de l'homme passe en un moment, qu'elle se sèche et qu'elle tombe comme la Heur de l'herbe des champs, et que le Fils de la Vierge doit venir prononcer ce terrible arrût dont l'effet sera immuable? O Dieu tout-puissant, puisque vous devez être notre juge, soit que nous le voulions ou que nous ne le voulions pas, comment ne considérons-nous point combien il nous importe de vous contenter, afin que vous nous soyez favorable en ce dernier jour? Mais, hélas 1 qui ne voudrait pas se soumettre à l'arrêt d'un juge infiniment juste ? Oh ! que bienheureuses seront les âmes qui seront en état de se réjouir avec vous, lorsque tout le monde tremblera devant vous 1
O mon Seigneur et mon Dieul quand une Ame considère que vous l'avez relevée de sa chute ; qu'elle voit clairement que , pour acquérir un faux plaisir qui passe comme un éclair, elle s'était misérablement perdue: que, dans la juste contiance que. vous allez au-devant de ceux qui vous cherchent, et et que vous tendez la main à tous ceux qui implorent votre secours, elle est déterminée à vous contenter en tout ; quand une âme , dis-je , est en cet état , comment ne meurtelle pas autant de fois qu'il lui vient à la |1ensée qu'elle a perdu un aussi grand bien qu'est celui de l'innocence de son baptême? Ah lia meilleure vie qu'elle puisse mener alors, est de mourir à toute heure par la douleur qu'excite l'amertume de ses regrets. Oui, mon Dieu ! l'âme qui vous aime avec tendresse peut-elle supporter une si juste et si vive douleur?
Mais, que dis-je? comment m'égaré-je dans ces pensées? ai-je oublié la grandeur de votre bonté et de votre miséricorde? aije oublié que vous êtes venu dans le monde t>our sauver les pécheurs, que vous nous
avez rachetés à si haut prix , que vous avez payé tous nos taux plaisirs par les cruels tourments dont vous avez été accablé? Vous avez souffert que vos yeux sacrés aient été couverts d'un voile pour ôter le voile des yeux de mon cœur, que votre tête adorable ait été couronnée d'épines pour me guérir de la vanité de mes pensées. O mon Seigneur, mon Seigneur! tout cela n'est qu'un surcroît d'affliction pour ceux qui vous aiment. La seule chose qui me console , c'est que plus ma malice sera connue, plus votre miséricorde sera éternellement louée. Enfin, je ne sais si ma douleur ne durera pas autant que ma vie , et jusqu'à ce moment , où , sortant de ce monde pour vous contempler dans votre gloire, je serai délivrée de tous les maux qui accompagnent cette vie mortelle.