‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 133 sur 454 · PREMIÈRE EXCLAMATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXCLAMATION

Plaintes de l'Ame qui se voit séparée de Dieu durant celle vie.

O ma vie, ma vie! comment pouvez-vous subsister séparée «le votre véritable vie! A quoi vous occupez-vous dans une si grande solitude? Que pouvez-vous faire lorsque tout ce que vous faites est si défectueux et si imparfait? O mon âme! qui peut vous consoler, evpo>ée comme vous êtes, sur une mer si pleine d'orages et de tempêtes? Je ne saurais, sans m'affliger, considérer quelle je suis; et je suis encore plus affligée d'avoir vécu si longtemps sans en être affligée. O Seigneur, que vos voies sont douces ! mais qui peut y marcher sans crainte? Je crains de ne pas vous servir; et lorsque je travaille pour votre service , je ne trouve rien qui me satisfasse, parce que je ne saurais rien faire qui soit capable de payer la moindre partie de ce que je vous dois. 11 me semble que je voudrais m'y employer tout entière; et quand je considère quelle est ma misère, je vois que je ne puis rien faire de bon, si vous-même ne me le faites faire.

(9) C'est le tilre de l'ouvrage dans l'espagnol, et celui que lui donne le P. Cyprien de la Nativité, dans la traduction française des Œuvres de sainte Thérèse, publiée en 1U5U, et imprimée à Paris, chez Unie. Ce titre nous a paru plus convenable que celui de Méditations après la communion, einployé par M. d'Andilli; et sûrement le lecteur en jugera de

O mon Dieu et ma miséricorde ! que feraije donc pour ne pas détruire ce que vous faites de grand dans mon âme? Toutes vos œuvres sont saintes, sont justes, sont d'un prix inestimable, et accompagnées d'une sagesse merveilleuse, parce que vous êtes, ô mon Dieu! la sagesse même. Mais je sens dans moi, que si mon entendement s'occupe à les considérer, ma volonté se plaint de ce que, trop faible pour pouvoir s'élever jusqu'à vos grandeurs incompréhensibles, il la détourne par ses pensées, et qu'il interrompt ainsi les mouvements et l'application de son amour; car elle voudrait sans cesse jouir de vous , quoiqu'elle ne le puisse pas, étant, comme elle l'est, renfermée dans la prison si pénible de cette vie mortelle où tout la détourne de cette parfaite jouissance. Mais, quelque mécontente que soit ma volonté de mon entendement, il est vrai néanmoins qu'il l'aide d'abord à vous aimer, en lui représentant jusqu'à un certain point l'élévation de voti e su|»rême majesté, danslaquelle, comme un contraire se voit mieux par son contraire, je reconnais plus clairement la profondeur de mon infinie bassesse.

Mais pourquoi, mon Dieu, dis-je ceci? A qui est-ce que je me plains? qui m'écoute sinon vous, ô mon Père et mon Créateur? quel besoin ai-je de parler pour vous faire savoir toutes mes peines, puisque je vois si clairement que vous êtes dans mon cœur? C'est ainsi que je m'égare, et que je me perds dans mes pensées. Hélas! mon Dieu, qui m'assurera que je ne suis point séparée de vous? O vie incertaine et si peu assurée dans la chose du monde la plus importante, qui pourra vous désirer, puisque le seul

avantage que l'on peut tirer de vous, qui

est de contenter Dieu en toutes choses, est toujours douteux, et accompagné de tant de périls?

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