‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 143 sur 454 · XIII' EXCLAMATION · texte numérisé non relu

XIII' EXCLAMATION

Du bonheur des suints dans le ciel, et de l'impatience des hommes, qui aiment mieux jouir pour un moment des faux biens de celle vie, que d'attendre les véritables et les éternels.

O saintes âmes qui jouissez déjà dans le le ciel d'une parfaite félicité sans aucune crainte de la perdre, et qui. êtes sans cesse occupées à louer mon Dieu, que votre condition est heureuse ! que c'est avec une grande raison que vous n'interrompez jamais vos louanges et vos actions de grâces ! et que je vous porte envie d'être libres et exemptes comme vous l'êtes de la douleur que je ressens en voyant la multitude des offenses qui se commettent aujourd'hui contre mon Dieu, l'ingratitude des hommes, et ce profond assoupissement qui ne leur permet pas la moindre réflexion sur ce grand nombre d'âmes que le diable entraîne tous les jours dans les enfers ! O bienheureuses et célestes âmes, qui jouissez des délices du paradis, ayez compassion de noire misère, et intercédez pour nous envers Dieu, afin qu'il nous donne quelque part à votre bonheur; qu'il répande dans nos esprits un rayon de celte vive lumière dont vous êtes toutes remplies, et qu'il nous donne quelque sentiment de ces récompenses inconcevables préparées à ceux qui combattent courageusement pour lui durant le sommeil si court de cette malheureuse vie. O âmes toutes brûlantes d'amour! obtenez-nous la grâce île bien comprendre quelle est la joie que vous donnent la connaissance et la certitude de l'éternité de votre joie.

O mon Sauveur, quelle est notre misère ! Il semble que nous n'ignorons pas ces vérités, et même nous les croyons; mais nous sommes si peu accoutumés à les considérer,

elles sont si étrangères à notre esprit, qu'en effet ni nous ne les connaissons, ni ne voulons les connaître.

O esprits intéressés et passionnés pour vos plaisirs 1 est-il possible que, pour ne vouloir pas attendre un peu de temps, afin d'en posséder de si grands, pour ne vouloir pas attendre un an, pour ne vouloir pas attendre un jour, pour ne vouloir pas attendre une heure, et pour ne vouloir pas attendre peut-être un moment, vous perdiez tous ces plaisirs pour jouir d'une misérable satisfaction, parce que vous la voyez et qu'elle est présente? O mon Dieu, mon Dieu , que nous avons peu de confiance en vous, de vous refuser ainsi un peu de temps 1 et que vous avez, au contraire, de confiance en nous! car quelles richesses inestimables ne nous avez-vous pas confiées en nous donnant votre propre Fils ; en nous donnant trente-trois ans de sa vie qu'il a passée dans des travaux incroyables; en nous donnant sa mort cruelle et sanglante, et en nous donnant tout ce que je viens de dire, si longtemps avant que nous fussions nés , sans en être détourné par la connaissance que vous aviez que nous ne garderions pas fidèlement ce trésor inestimable; mais vous n'avez fias voulu, ô le plus doux de tous les pères 1 qu'il tînt à vous qu'en le faisant profiter, nous [lussions nous enrichir pour jamais.

Quant à vous, ô Ames bienheureuses, qui avez si bien employé ces riches talents que vous en avez acquis un héritage de délices éternelles, apprenez-nous à les faire profiter a votre exemple : assistez-nous; et, puisque vous êtes si proches de la lontaine céleste, tirez-en de l'eau pour nous qui mouron» de soif sur la terre.

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