‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 151 sur 454 · PART. V. OPUSCULES · texte numérisé non relu

PART. V. OPUSCULES

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Oh ! qu'il me reste encore une longue carrière ! Oue cet exil est dur qui m'arrête en ces lieux 1

Que le séjour est ennuyeux, Qui retient dans les fers mon âme prisonnière, Attendant que la mort vienne me secourir!

Mais ignorant l'beure dernière, Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

la vie est a mon goût d'une arr.ertume extrême; Est-ce vivre, Seigneur, que de vivre sans vous?

Si l'amour que je sens est doux, I.e terme de l'attente, hélas! n'est pas de même. Ce faix rude et pesant m'empêche de courir,

Et, toujours loin de ce que j'aime , Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

Je fonde sur la mort toute mon espérance. L'arrêt qui limita le compte de nos jours,

Sitôt qu'il en tranche le cours, D'un meilleur avenir nous donne l'assurance. Mort, dont le coup propice exempte de périr,

Hàte-loi pour ma délivrance.

Je me meurs txe regret de ne pouvoir mourir.

Fol amour des mortels, trop dangereuse vie,

Un autre amour plus noble et plus puissant que toi,

Armé de courage et de foi, Pour mieux me faire vivre, à mourir me convie ; Ta perte est le salut où je dois recourir;

Que ne ni'es-lu bientôt raviel Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

la vie habite au ciel, heureux qui l'y peut suivre; Faisons pour la trouver un généreux effort;

Ici la vie est une mort , Dont la mort cependant à la lin nous délivre; Approche, douce mort, qu'on ne peut Irop chérir :

Dans l'ardeur de mourir pour vivre.

Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

Vie humaine, trésor qu'à tout autre on préfère, Si mon Dieu vit en moi, si je vis en mou Dieu,

Craindrai-je de te dire adieu?

Et la mort à ce prix me sera t-elle amère? C'est un bien qu'elle seule a droit de m'acquérir;

Pourquoi faut-il qu'elle diffère?

Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

Absenlc de mon Dieu, je languis triste et sombre, Qu'est ce que je puis voir où je ne le vois pas!

Ma \ ie est un affreux trépas :

Mon jour est une nuit et nia lumière une ombre; La sourie de mes maux sans lui ne peut tarir;

Lasse d'en voir croître le nombre, Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

Le poisson, qui se meurt sorti du sein de l'onde, Trouve au moins dans sa mort la lin de son lournient.

Mourir est un contentement A qui traîne une vie en supplices féconde. Trop sûre que le temps ne sert qu'à les aigrir,

Vive ensemble et morte en ce monde', Je me meurs de regret de ne pouvoir mowir.

En vain pour soulager les transports de mon âme, Je vous cherche, Seigneur, sur vos sacrés autels;

Invisible aux jeux des mortels, Vous suspendez ma joie, et redoublez ma flamme. Ce n'est qu'après la mort qu'on peut \ous découvrir.

Viens donc, ô mort que je réclame !

Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

Vous le savez, mon Dieu, lorsque je vous possède, A peine, puis-je, hélas! un moment vous garder,

Qu'au plaisir de vous posséder La crainte de \ous perdre aussitôt ne succède. Il n'est que le trépas qui m'en puisse guérir.

Mourons, c'est l'unique remède.

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir:

Mettez fin, mon Sauveur, à ma longue agonie;

Sans vous je ne puis vivre, et je meurs pour vous voir;

Ne relardez plus mon espoir, Rompez, brisez les fers d'une àme assez punie 11 est temps qu'à mes cris le ciel se laisse ouvrir.

lîrùlant de m'y voir réunie, Je me meurs de regrel de ne pouvoir mourir.

Mais non, je dois, Seigneur, pour apaiser votre ire, De ma vivante mort prolonger les douleurs.

Je dois, les yeux baignés de pleurs, Expier mes forfaits par un juste marlj r e. Ab ! quand si •ivement pourrai-je m'allendrir,

Qu'il soit enfin vrai de \ousdire :

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

DE LA MONXOÏE.

CHRISTIANISME DE BACON

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