CONTRADICTIONS APPARENTES DANS LES SENTI- MENTS DUN CHRÉTIEN
The Characters of a bicvcling Christian, in paradoxes and seeming Contradictions , t. m, p. 50V.
1° Un chrétien croit être précieux, aux yeux de Dieu, tandis qu'à ses propres yeux, il est méprisable. Il n'ose se juslifier dans des choses où sa concience ne lui reproche rien (1 Cor. , IV, 4 ), et il croit que des actions où Dieu peut lui reprocher bien des fautes , servent à sa justification ; il croit en même temps qu'il n'est pas, et de peines qu'il ne mérite, et de biens que Dieu ne lui destine ; il est souvent dans le chagrin et toujours dans la joie ; il laisse de temps en temps échapper des plaintes, et il rend continuellement des actions de grâces ; il a les sentiments les plus humbles et les prétentions les plus hautes ; il est toujours satisfait , et cependant il demande sans cesse.
2° 11 est riche dans la pauvreté, et pauvre au milieu di's richesses ; il n'a fait aucune convention avec Dieu, et néanmoins il prétend à un grand salaire ; la perte de la vie est pour lui un gain , et en perdant sa vie, il croit qu'il la sauve (Matth., XVI, 25).
3J 11 ne vit pas pour lui, et cependant il est, de tous les hommes, celui qui pourvoit le plus sagement à ses intérêts; il renonce souvent à lui-même, et pourtant personne ne l'aime aussi véritablement qu'il s'aime luimême ; il est l'homme à qui on fait le plus d'injures, et à qui on rend le plus d'honneurs. qui éprouve le plus de peines et qui goûte le plus de consolations.
i" Plus ses ennemis lui font d'injustices, plus ils lui procureront d'avantages ; plus il
(1) On voit dans le /Jacommiiî (p. 209) une Hlre d'un théologien anglais sur cette confession. Le docteur Rawley, après la mort du chancelier, dont il était le chapelain et l'ami, avait engagé le docteur Roger Mavuwaring à lire cetie confession de foi et à lui en dire son sentiment. Celui-ci (it, sur cinq ou six articles, des observations très-courtes et très-modestes, qui l'ont la matière de la lettre. Nous ne les avons pas jugées assez importantes et assez bien fondées pour mériter une traduction et des éclaircissements. L'auteur, plein de vénération pour Bacon, et qui appelle sa confession de foi une pièce également pieuse et profonde , déclare en finissant, que, dans sus observations, il a plutôt faii la fonction d'un écolier que celle d'un examinateur et d'un critique.
(2) Nous prions de consulter dans le discours préliminaire ce que nous avons dit sur cet article.
se détache des choses de ce monde, plus il eu tire de profit.
5° 11 est le plus sobre des hommes, et il mène la vie la plus délicieuse ; il prête et donne avec la plus grande générosité, et cependant il est le plus grand des usuriers ; il est complaisant à l'égard de tous les hommes, et souvent tous les hommes le trouveraient inflexible ; il est le meilleur des fils, le meilleur des maris, le meilleur des frères, le meilleur des amis, et cependant il hait son père, sa mère , ses frères et ses sœurs [Matth., XXXVII, 38).
G" Il sait que s'il plaît aux hommes, il na peut être le serviteur du Christ (Gai., I, 10 ), et cependant, pour l'amour du Christ, il s'efforce en tout de plaire à tous les hommes ; il aime et fait partout régner la paix , et cependant il se bat sans cesse, et ne se réconcilie jamais avec son ennemi.
7 II croit pire qu'un infidèle celui qui ne se met point en peine des siens ( I Tint. , V, 8 ) : et cependant il vit et meurt sans se mettre en peine de lui-même ; il regarde tous les hommes comme ses supérieurs, et cependant il maintient avec fermeté son autorité sur les hommes ; il traite avec sévérité ses enfants, parce qu'il les aime ; et parce qu'il aime aussi ses ennemis, il les traite avec bonté.
8' Il se regarde comme un roi, quelque abjecte que soit sa condition ; et d'un autre côté, quelque élevée que sa condition puisse être, il ne se croit pas digne de servir le plus pauvre des saints.
9° 11 est souvent dans les fers et toujours en liberté ; quelquefois serviteur des autres, et toujours affranchi de loule servitude.
10° Il croit que Dieu a commandé à tout homme qui lui fait du bien, de le lui faire, et cependant il est le plus reconnaissant de tous les hommes à l'égard de ceux qui lui font quelque bien; il sacrifierait volontiers sa vie pour sauver l'âme de son ennemi , et il no voudrait pas s'exposer à commettre un seul péché pour sauver la vie de celui qui aurait sauvé la sienne.
11" S'il a fait un serment dont l'observation tourne à son préjudice, il n'en est pas moins fidèle à l'observer; mais il ne se croirait jamais engagé par un serment à faire la faute la plus légère.
12" Il croit que Jésus-Christ n'a besoin d'aucune de ses œuvres, et cependant il se persuade qu'il soulage Jésus-Christ dans toutes les œuvres de charité qu'il exerce; il sait qu'il ne peut rien faire de lui-même, et cependant il travaille de toutes ses forces pour opérer son propre salut: il fait profession de ne pouvoir rien, et il fait avec autant de vérité profession de pouvoir tout.
13" La parole de Dieu le fait trembler, et cependant elle est à son goût plus douce qu'un rayon de miel, et à ses yeux, plus précieuse r/ue des milliers d'or et d'argent {Ps. CXVIII).
14" Il confesse qu'il ne sera sauvé ni par la vertu, ni en considération de ses bonnes œuvres , et cependant il multiplie autant qu'il peut ses bonnes œuvres.
CHRISTIAMSME DE BACON.
15" Il reconnaît que la providence de Dieu conduit toutes les affaires de ce monde, et néanmoins il est aussi soigneux dans la conduite de ses propres affaires, que si leur succès était uniquement entre ses mains.
16J II croit que Dieu exauce ses prières, lors même qu'il n'obtient pas ce qu'il lui demande ; et s'il arrive des événements qu'il avait prié Dieu de ne point permettre, il lui en rend des actions de grâces.
17° Il est souvent retenu captif sous la loi du péché (Rom., VU, 23), et cependant le péché ne domine pas sur lui (Rom., VI, 14) ; il ne fait riert contre sa volonté, et cependant il fait ce qu'il ne veut pas (Rom., VII, 19).
18" Il est en même temps un serpent et une colombe, un agneau et un lion, un roseau et tin cèdre; il est quelquefois si troublé dans sa foi, qu'il croit qu'il n'y a rien de vrai dans la religion ; et cependant s'il le croyait véritablement ainsi, il n'éprouverait aucun trouble : comme Abraham, il espère contre toute espérance; et quoiqu'il ne puisse résistera la logique et aux raisonnements du Sauveur, il espère l'emporter, comme cette femme cananéenne de l'Evangile (Matth., XV), avec la rhétorique et la force de l'importunité.
19" Il croit le meurtre de soi-même un péché très-odieux; cependant il travaille sans cesse à crucifier sa chair et à faire mourir ses membres (Col., III, 5) ; il comparaît avec confiance devant le trône de Dieu, et sa confiance n'est point affaiblie en se rappelant en même temps les outrages qu'il a faits à Dieu.
20° Lemonde le regarde quelquefois comme un saint, quand Dieu ne voit en lui qu'un hypocrite; et au contraire, le monde le regarde quelquefois comme un hypocrite, lorsque Dieu le reconnaît pour un saint.
21° Son avocat et sa caution doit être son juge : la partie mortelle de lui-même deviendra immortelle : ce qui avait été semé dans l'ignominie et la corruption, se lèvera glorieux et incorruptible; enfin une créature finie possédera un bonheur infini. Gloire à fi>ieu.