PRIÈRE COMPOSÉE PAR BACON
A prayer or psalm made ht/ the lord Bacon, t. iv,;;. 487(1).
0 mon Dieu, mon très-aimable Seigneur 1
(I) Pour mieux sentir la beauté de celte prière, il est bon de savoir que Bacon la composa dans le temps de sa disgrâce ; le célèbre Addisson en était enchaîné.
i C'est avec un extrême plaisir, dit- il, que j'ai
< trouvé, parmi les ouvrage, de ce grand homme, i une prière de sa propit composition qui, par la
< noblesse des pensées et la force de l'expression , « respire une piété plus angélique qu'humaine. Le € plus grand défaut de Bacon semble avoir été l'ex-
< ces de cette venu qui couvre une multitude de péi cliés (la charité), elle le porta à avoir trop d'in- « diligence pour ses domestiques qui en abusèrent « au point, qu'il se vit enlever les dignités et les ri>-
< chesses que son mérite extraordinaire avait accu-
< inulées sur sa tète; mais, dans cette prière, on i voit qu'au temps où il se prosternait devant le Dieii
O vous, qui, dès mon enfance, avez été pour moi le père le plus tendre ! O mon Créateur, mon Sauveur, mon consolateur! Vous sondez, ô Seigneur! les profondeurs des cœurs, et vous en pénétrez tous les secrets; vous connaissez la droiture des uns et l'hypocrisie des autres ; vous pesez dans la balance les pensées et les actions des hommes; vous mesurez au cordeau leurs intentions : la vanité de leurs motifs et l'obliquité de leurs voies ne peuvent échapper à vos regards I
O Seigneur! rappelez-vous de quelle manière votre serviteur a marché devant vous ; rappelez-vous quel a été le premier objet de mes recherches, et le principal but dans toutes mes intentions! J'ai constamment aimé vos assemblées : j'ai gémi sur les divisions de votre Eglise ; la beauté de votre sanctuaire a fait mes délices : je vous ai sans cesse demandé dans mes prières, que cette vigne que votre main droite a plantée au milieu de nous, reçût toujours la rosée du matin et du soir, et pût étendre ses branches jusqu'aux fleuves et jusqu'aux mers (Ps. LXX1X). L'état malheureux de l'opprimé et les besoins du pauvre m'ont toujours vivement affecté ; l'inhumanité, la dureté n'ont jamais habité dans mon cœur. J'ai procuré le bien de tous les hommes, sans aucune distinction de pauvres et de riches ; si quelques-uns d'eux m'ont traité en ennemi, je ne m'en suis point souvenu, et le soleil ne s'est presque jamais couché sur le déplaisir que m'aurait donné leur conduite ; semblable à une colombe, j'ai toujours été sans malice : vos créatures ont été mes livres ordinaires, mais vos Ecritures l'ont été bien davantage; je vous ai cherché dans les cours, dans les jardins et dans les champs, et je vous ai trou\é dans vos temples.
J'ai péché mille fois ; dix mille fois j'ai transgressé votre loi; cependant votre grâce ne m'a jamais abandonné; par le secours de celte grâce, mon cœur, comme le feu sacré, n'a pas cessé de brûler sur votre autel.
O Seigneur ! ô vous, qui êtes mon protecteur et ma force dès ma plus tendre jeunesse, vous avez toujours été près de ma personne dans toutes mes voies; et votre compassion paternelle, vos châtiments toujours mêlés de consolations, mille et mille traits de la Prorvidence la plus attentive , ne m'ont jamais permis de douter de votre présence. Vos faveurs ont été pour moi bien abondantes ; mais vos corrections ne l'ont pas été moins. Ainsi, ô mon Dieu! vous vous êtes sans cesse occupé de moi ; chaque faveur que je recevais du monde était pour moi l'annonce d'un trait dont vous deviez bientôt percer mon cœur : plus je montais aux yeux des hommes,
« des miséricordes, et s'humiliait sous les afflictions i dont il était accablé, il se soutenait par le sentii ment intérieur de son intégrité, par sa piété, par i sou zèle et son amour pour le genre humain : ce i qui lui donne, d^ns l'esprit des hommes qui pen- < sent, une grandeur bien plus réelle que celle dont i les hommes l'avaient dépouillé. > Tatter ou le Unbillard, (t. iv, n. 207).
Dlus ie descendais et j'étais humilié à vos ^eux Aujourd'hui que je m'occupais plus que jamais d'assurer ma tranquillité et de mélever aux honneurs, votre main s'est appesantie sur moi ; et, toujours dirigée par celte sage tendresse que vous m'avez témoignée dès les premiers instants de ma vie, elle m'a humilié en me. retenant encore dans votre école paternelle , et en m'y traitant comme un enfant légitime qu'on corrige parce
qu'on l'aime.
Je reconnais et j'adore la justice de vos jugements rigoureux surmoi, jugements qu'ont provoqués mes péchés plus nombreux que le sable de la mer, et pourtant incomparablement moins nombreux' que vos miséricordes ; qu'est-ceeffectivementquelessablcsdelamer?
Qu'est-ce que la terre et les cieux, comparés à votre miséricorde infinie? Mais, outre mes innombrables péchés, je confesse devant vous que je suis comptable à votre justice des talents que vous avez bien voulu me confier. Je ne les ai point, il est vrai, cachés, à l'exemple du serviteur paresseux de l'Evangile ; mais je ne les ai point fait valoir aussi avantageusement que je pouvais, et je devais le faire : je les ai même dépensés en choses qui me convenaient le moins ; en sorte que je peux dire avec vérité : mon âme a été pour moi une étrangère dans le cours de mon pèlerinage (Ps. CXIX, 6). 0 Seigneur! ayez pitié de moi pour l'amour de votre Fils, mon Sauveur; recevez-moi dès à présent dans votre sein, ou, si vous prolongez mon pèlerinage sur la terre, daignez m'accompagner et me